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Téranga en mode chinois   
03/10/2014

Le monde est petit… mais pas la Chine. Quelle folle de journée ! S’y alternent marcher…métro… regarder à gauche et à droite… communiquer sans souvent parler…  Une journée synonyme de se laisser conduire par le plaisir de voir, de sentir, d’écouter…



 Pékin. Que de couleurs et d’odeurs, à la fois manifestes et insaisissables, dans ce pays !
 
D’un marché à l’autre, du resto au café, de la grande surface aux marchands de rue… ma curiosité est maitresse aujourd’hui. Absolument. Je lui donne libre cours. Immense.
Aiguisée,  elle ne lésine pas sur les astuces pour s’exprimer. Elle me stimule totalement, mettant en œuvre mon corps, mes sens, mes organes…
Le tout, intérieur comme morphologie, se meut en moi, sans cesse remué.
Ma façon de me faire comprendre, d’aborder les gens et/ou de réagir : je communique en engageant le corps à défaut de connaître la langue du pays. Et ça marche très bien, grâce surtout à mes interlocuteurs manifestement très bien entrainés à ce genre de techniques d’expression.
 
Une belle occasion pour moi de développer ce qui semble devenir ici un art particulier fondé sur l’expression au moyen de la communication par le corps : l’art de ’’ gesticuler’’ pour repérer, l’art de mimer pour identifier et pour marchander… l’art de capter des sourires à n’en plus finir, de les décoder pour saisir les messages qu’ils portent…  et l’art de répondre par autant de sourires ou même par plus…
 
Je signale que les sourires et réponses que l’on vous envoie ou renvoie ici sont d’un air parfois un peu moqueur mais toujours gentils, enveloppés d’amabilité comme s’ils dégageaient l’amour. Et je pense en effet que son emprunte y est, en douceur.
En tout cas, moi, ces sourires me donnent la sensation bizarre que je suis dans une vraie école de politesse, où l’apprentissage se fait sur le tas. Une école de charmeurs discrets, qui m’impacte agréablement. Eh oui : charmeur, j’ai le sentiment que je le deviens d’une certaine façon ; c’est-à-dire peu à peu et sans le vouloir franchement.
 
 C’est dingue tout ça : amusant, joyeux, captivant... Une ambiance festive qui vous emporte. Vous finissez par vous y perdre au sens propre du mot…
Et quand on ’’paume’’ ses repères géographiques, elle devient parfois moins drôle, la promenade. Là, je peux témoigner. Un témoignage qui finit quand même bien, par une rencontre avec des gens magnifiques.
 
J’avais pourtant sur moi une belle carte de la ville et un bon plan du métro (v. photo). Mais à quoi me serviraient-ils, si leur écriture est trop petite parfois, notamment la station qui est ma destination ? A rien, du moment que je venais de me rendre compte que j’ai perdu le papier sur lequel j’ai noté les noms de stations illisibles sur la carte du métro.
 
Et ça m’énerve, ce genre de mauvaise découverte à la dernière minute. Encore un équipement qui n’est pas au rendez vous. Un matériel qui vous trahit, ça, Dieu sait que j’en ai connu dans ma vie, notamment dans ma carrière professionnelle !
 Mais ce n’était pas du tout le cas aujourd’hui: ils ne souffrent d’aucune défectuosité, mes outils d’orientation. Ils sont même très bons. Mes hôtes vont me le démonter façon pratique, irréfutable et, surtout, inoubliable.
 
En effet, j’ai fini par m’adresser à un jeune couple de Chinois qui s’est avéré d’une gentillesse et d’une disponibilité qui m’ont profondément touché. Non pas seulement, il a lu sans difficultés les cartes et plans, dont je suis muni, me permettant ainsi de retrouver facilement mes repères dans la ville, mais la jeune dame et son compagnon se sont en plus entraidés pour trouver de bonnes ressources dans la communication gestuelle afin d’établir un dialogue très amical avec moi, transcendant de la sorte les barrières linguistiques qui nous séparent. Forts et, manifestement, amusés par ce type dialogue particulier établi entre nous, ils ont en outre tenu à m’accompagner jusqu’à Tuangiehu, la station métro où je me rendais...
 
Aussitôt arrivés là-bas, nous nous séparâmes alors que je sentais de l’émotion… Un certain regret. Je me demandais en effet si j’aurais la chance de les revoir. Une perspective d’une nouvelle rencontre entre nous que je voulais sérieusement, mais sans le leur dire. Mais hélas, j’ai senti après notre séparation que c’était un souhait plus qu’un projet à envisager réellement, constatant que je n’ai pas pris correctement leurs coordonnées. Et il était trop tard pour corriger l’erreur.
 
Puis, reprenant ma route, marchant seul, assez fier de ma journée, je n’arrivais pas à évacuer les circonstances qui m’ont permis de rencontrer ce beau couple et de l’aborder. Ces deux jeunes, qui ont l’air amoureux et heureux, illuminaient toute cette journée que revoyais défiler joyeusement devant moi. Quels beaux souvenirs !!
Mais subitement, l’amertume surgit quand j’arrive à l’instant où j’ai découvert mon incapacité à lire le plan du métro.
 
 Je constate de nouveau ce que je savais déjà depuis bonne lurette :   La responsabilité incombe à mes rétines qui sont trop érodées aujourd’hui par le temps. Ils ont besoin d’un important renfort technique, mes yeux. Et je vais tout de suite m’y mettre, sans tarder, me dis-je.
En plus des outils cartographiques que je possède déjà, je vais m’équiper de lentilles de grossissement.
Telle est ma décision pour le moment pour répondre à la faiblesse de ma vision fatiguée par ce temps qui me joue de plus en plus de mauvais tours.
 
Serait-elle suffisante, cette mesure, face à cet irréductible ? J’en doute... mais que voulez-vous !
Terribles sont en effet les dégâts que fait le temps sur nous ! Et autant, lui, il avance, ceux-ci se développent dangereusement.
Seulement, l’expérience personnelle et la vie en général nous indiquent que nous trouverons toujours un moyen à lui opposer, plus ou moins efficacement, selon les cas.
Dans le mien d’aujourd’hui, le moyen était énorme: cette ’’téranga’’ à la chinoise, qui m’a accompagné pendant tout le voyage.
 Eh oui, détrompons nous ! Elle n’est pas exclusivement africaine, l’hospitalité, même si les wolofs se l’approprient en la cachetant de marqueur linguistique devenu assez célèbre dans une bonne partie de l’Afrique subsaharienne : ’’téranga’’.
 
Cette hospitalité qui, parfois, ne dit pas son nom comme ici, dans mon pays hôte, est pourtant là, dans l’Empire du milieu, forte, omniprésente, et avec des formes très authentiques, à mon sens. Elle est dans cet immense trésor de qualités humaines et de données civilisationnelles et culturelles que cette grande nation développe depuis la nuit des temps. Ces qualités et données se lisent dans le comportement des gens, dans leur regard attachant, dans leurs gestes simples et loyaux, dans leurs beaux sourires, dans leur façon attentive d’écouter… Elles apparaissent dans leurs grandes qualités professionnelles, dans la disponibilité de vos interlocuteurs, leur sérieux au travail et leur sens élevé de la politesse, de l’ordre et de la discipline…
 
Vue sous cet angle cette forme de ’’téranga’’ en mode chinois, est certainement un élément d’analyse fondamental qui nous aide à comprendre comment ce pays fascine, passionne, émerveille… mais aussi comment il suscite jalousie et envie… dérange parfois…
Elle n’est cependant qu’un élément parmi tant d’autres facteurs d’explication.
 Lesquels, me diriez-vous ? Je vous réponds :’’ Kham’’ (je ne saurais répondre), comme on dit encore en  wolof.
 
 
Beijing, septembre 2014
 El Boukhary Mohamed Mouemel


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