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Bêtise…   
03/10/2014

"Il craque"... c’est le moins que l’on puisse dire de moi ce soir. Comme elle est énervante, cette salope qui me trahit. Et ce n’est pas la première fois qu’elle me joue un sale tour. Mais celui là est pire. Un abandon terrible, comme ne m’a jamais fait créature ou objet de son espèce.



J’avoue toutefois que ma responsabilité y est entière. Elle n’est en réalité pour rien, cette petite machine bien docile, dans ce qui m’arrive ce soir. J’en dispose à ma guise. Pourquoi alors l’accabler à tord ? Injuste.
 
Manifestement, je constate que je dois avoir le don de la connerie. Il serait même inné chez moi; ses formes d’expression rivalisent jalousement, jalonnant ma vie au quotidien. Elles m’accompagnent partout où je vais, se plaçant au plus près, guettant la moindre occasion pour me foutre dans la merde, pour me jeter dans des situations insoutenables, m’empêchant de disposer, comme je le voudrais, de ma personne, de ma mémoire, de mon sens de discernement. Une force redoutable me les dispute : celle de la bêtise.
 
Malgré que j’en suis conscient, grâce aux expériences accumulées des décennies durant, elle colle à moi, cette bêtise, davantage plus déterminée, plus incisive. Je dirais même que le temps coule en sa faveur, son efficacité augmentant proportionnellement à mon âge. 
Opportuniste, il lui suffit que ma vigilance baisse un tout petit peu la garde, et voilà qu’elle engage rapidement et discrètement son arme favorite : réveiller l’oubli qui dort en moi. Oublier a un pouvoir de nuisance redoutable.  Même un acte anodin, une négligence mineure, qui en découle, se paie parfois très... très cher.
 
Je ne m’étalerai pas trop sur les méfaits de l’oubli, sur ses conséquences fâcheuses. Ils constituent une évidence connue de tout le monde, comme  une vérité de La Palice. Malgré ça, on y tombe toujours.
Et moi, cet après midi, je m’y suis enfoncé profondément, en égarant mon appareil téléphonique.
Avec cette perte, s’envolent adresses, messageries, album photo, horloge… tout ce qu’emmagasine la mémoire d’un appareil téléphonique mobile. Un fichier tenant lieu d’un trésor précieux pour moi : une base de données essentielle qui fonde mes relations sociales. Pour le moment, tout est est parti.
 
Quelle grosse perte !! Un drame personnel qui me met en rage contre moi-même.
 
Ca fait quelques heures que j’ai perdu tout contact avec ce compagnon précieux, avec mon téléphone, mon capital inestimable. Mais je m’en suis rendu compte il y’a une demie heure environ, avant que je commence l’écriture de ces lignes.
Depuis, il me semble que le temps n’avance plus, que le monde stagne. Ce temps arrêté, à l’image de mon environnement perdu emporté dans la mémoire du téléphone, me pèse lourd. J’ai comme impression que cet arrêt temporel, se conjuguant avec celui de l’espace, me lance en fait un grand défi. Je l’entends, comme il me soufflait, sur un ton dur, des informations peu réjouissantes à l’oreille :
- « pour le moment, dis adieux à tes liens avec l’extérieur, avec ta famille, avec tes amis, avec les autres. Tu dois tout recommencer à zéro. Et encore pas tout de suite : il faut que tu attendes un certain délai, le weekend oblige ».
 
 Oh ! Que c’est méchant tout ça, pour moi qui n’ai pas d’autres choix !! Je suis de fait astreint à me soumettre au diktat de ma connerie, de l’oubli, de ma confiance aveugle en ce petit appareil qui m’a pris quasiment tout, dès lors que je lui ai confié ma mémoire.
 
Voilà l’une des conséquences terribles de la dépendance vis-à-vis de la technologie, notamment des NTIC. Je viens d’en faire les frais, comme tous les gens qui l’ont vecu avec amertume. Et Dieu sait qu’ils sont de plus en plus nombreux!
 
Il s’agit aujourd’hui d’un phénomène sociétal qui doit nous alerter: Les NTIC est une invention magnifique, qui a profondément changé notre mode de fonctionnement à tous les niveaux: tant collectifs qu’individuels. Il faut cependant que l’on l’on s’entoure de précautions en conséquence.
En effet, si l’on n’y prend pas garde, le jour où elles vous font défaut, vous êtes cuit.
 
Parler de ce risque me donne en ce moment un peu de plaisir. En dégager des conclusions générales, y voir une certaine moralité, puis la partager, me soulage d’une certaine manière.
 
Une maigre consolation, tout de même !!
 
 
 Beijing, septembre, 2014
El Boukhary Mohamed Mouemel


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