Facebook
Parallèles… en amour*   
03/10/2014

 «( …)  Qu’il est beau, riche et généreux, ce  je t’aime. Je t’aime, Hindou. Répète-le pour moi, toi à ton tour, à ton réveil. Chante-moi : je t’aime ».
Par ces mots, il termine son message, lui rappelant la réciprocité des sentiments d’amour, du contrat, à la fois, moral et affectif, qui les lie.



Puis, aussitôt qu’il publie la lettre sur sa page facebook, « Monsieur x » fut gagné à son tour par le sommeil qui le terrassa subitement. Il n’aura même pas eu le temps de réaliser que ça fait plus d’un quart d’heure qu’il a fait la prière de Al Vajr quelques minutes après l’appel du muezzin, qu’une nouvelle  journée de travail va commencer pour lui dans moins de trois heures ; comme il n’a pas eu le temps de parler à son épouse.
 L’épuisement se lisait sur son corps allongé sur le tapis à côté de son ordinateur.
« Les nuits blanches, ça, se paye cher ! », se disait Hindou souvent, quand elle le voyait couché de la sorte, quasiment à même le sol.
 
Quant à elle, presque au même moment, elle se lève et procède à son programme matinal habituel.
Elle constate que son mari dort profondément, comme c’est devenu de coutume à cette heure-ci durant les deux derniers ramadans. Le voir dans cet état lui fait songer que leurs chemins sont séparés par ce sommeil qui les prend en alternance depuis que « Monsieur x » est devenu un inconditionnel de Facebook, depuis plus d’une année.
 
Elle reste cependant certaine d’une chose : cela n’entame en rien leur amour. Une très grande consolation pour elle, elle dont l’amertume est de plus en plus perceptible à cause de l’addiction de « son homme » à internet. Elle se refuse à une image qui la hante depuis, celle qui lui fait croire que leur couple fonctionne suivant le principe mathématique des parallèles. « Ces lignes qui sont dans la même direction mais qui ne se rencontrent jamais », se rappelait-elle de ses cours de géométrie quand elle était au secondaire.
 
Souvenirs de collégienne bien lointains, mais que ressuscite curiusement en elle cette sensation étrange de lignes parallèles qui s’appliquent bizarrement à la vie de son couple, à son foyer, aujourd’hui, à l’ère de facebook.
 
Elle venait de comprendre que, dans le contexte des NTIC,  l’amour, comme tout lien social, prend, d’autres formes, d’autres couleurs… très différentes de celles que sa mère et sa grand-mère lui avaient inculquées. Elle sait désormais qu’il s’agit d’une nouvelle donne à intégrer dans ses rapports à tout : à son mari, à sidi, l’ainé de ses deux enfants qui vient de boucler ses neuf ans, et qui ne se sépare presque jamais de sa tablette informatique, à Raja, qui, malgré ses quatre ans, y baigne avec les programmes et sites ludiques auxquels son père l’initie, aux autres, à la vie... 
Mais Hindou ne sait pas trop comment s’y prendre. Elle se sent un peu agacé, genée, face à cet environnement numérique quelle trouve parfois vraiment envahissant.
 
En effet, la complexité de la question la préoccupe : comment gérer et vivre cet amour, vrai, fort et sincère, qui la lie au siens, alors que son couple fonctionne comme des parallèles ? Comment devrait-elle se conduire, agir… dans un monde où le rapport à la vie, aux choses, aux autres… est de plus en plus virtuel ?
 
Ne voulant pas trop se perdre dans  ce genre de questions auxquelles elle n’a pas encore de réponses,  elle vaque à ses tâches ménagères. Une routine, une évasion… dans le monde du concret, qui lui fait oublier par moment ces soucis surréalistes qui lui cassent la tête. Elle s’efforce de mettre ses interrogations « entre parenthèses », en suspens, et s’en va s’occuper de Sidi et de Raja : leur petit déjeuner, leur préparation pour aller à l’école...
 
Elle joue bien son rôle de mère au foyer, Hindou. Et ce n’est pas l’intrusion, forte et agressive, d’internet chez elle, dans son entourage, qui va l’en empêcher. Elle n’oublie toutefois pas la gêne qu’engendre l’omniprésence de cet intrus, très accapareur du temps et des gens.
Comme le « web » se joue des frontières et obstacles, elle sait qu’elle doit s’y accommoder. « Mais comment », se demande-t-elle sans cesse ? Une question à suivre…
 
El Boukhary Mohamd Mouemel
Août 2014
 
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
*  suite du texte « je t’aime... » :( https://www.facebook.com/notes/el-boukhary-mohamed-mouemel/je-taime/1546590468902117).


Toute reprise totale où partielle de cet article doit inclure la source : www.journaltahalil.com
Réagir à cet article
Pseudo
E-mail
Commentaire
Entrer le code
La rédaction de Tahalil vous demande d'éviter tout abus de langage en vue de maintenir le sérieux et de garantir la crédibilité de vos interventions dans cette rubrique. Les commentaires des visiteurs ne reflètent pas nécessairement le point de vue de Tahalil et de ses journalistes.
Les commentaires insultants ou diffamatoires seront censurés.

TAHALIL 2006-2020 Tous droits reservés