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Téléphonomania : Les mauritaniens sont-ils devenus fous du portable ?   
13/11/2007

Pour un peuple dont le besoin de communiquer ne s’est jamais démenti, rien ne pouvait mieux lui arriver que la téléphonie mobile. Jusqu’ au boom du téléphone portable survenu en Mauritanie début 2000, l’acte de téléphoner n’était pas aisé pour les mauritaniens. Mais, depuis cette date, une véritable fièvre de la téléphonomania s’est emparée de toutes les populations au point que l’on se demande si l’on n’est pas devenu tous fous de ce gadget.



Tout comme la mère du regretté Driss Chraïbi qui ne cessait de s’émerveiller devant les appareils, fruits des inventions de son temps, un mauritanien qui reviendrait d’un ermitage prolongé serait tout aussi ébahi de découvrir le nouveau hobby de ses compatriotes : un petit appareil sans fil que l’on range sans problème dans la poche et qui donne le pouvoir magique de parler à tout moment, et partout où l’on va, à qui l’on veut, pourvu seulement que l’on dispose du numéro du correspondant un d’unités d’appels. L’explosion de la téléphonie mobile est sans conteste l’un des événements qui ont le plus marqué les esprits ces vingt dernières années. Jamais une invention humaine n’a connu autant de succès et une aussi grande démocratisation.
Le phénomène est certes ainsi à l’échelle mondiale, mais, vu sous l’angle strictement mauritanien, on a bien du mal parfois à expliquer cette fureur et ce goût immodéré d’appeler un correspondant. Les raisons du succès de la téléphonie mobile chez nous sont peut-être à chercher dans le système de fonctionnement de la société mauritanienne. En effet, le peuple mauritanien étant en perpétuelle quête de nouvelles, il va sans dire qu’il trouve dans le téléphone portable un prolongement permettant de recueillir les potins et de diffuser les commérages. C’est pour cela que depuis une huitaine d’année, nous avons fini par nous habituer à des situations souvent surréalistes : un homme planté au beau milieu de la rue criant à tue-tête dans un téléphone en ignorant dangereusement les voitures qui le cernent. De plus, nul ne s’étonne plus de découvrir au détour d’une rue une personne accroupie dans la poussière chuchotant des paroles inaudibles. Ce n’est plus le fait du fou du coin, il s’agit simplement d’un homme en communication. D’autre part, lorsque dans le bus ou dans l’assemblée d’ une réunion, vous voyez une personne tressaillir subitement, dites-vous que ce n’est pas un épileptique, cet individu vient très certainement de percevoir un appel téléphonique émis par le vibreur de son portable. Finalement, on s’accommode de tout et ces différentes expressions que l’on ne pouvait lire il y a quelques années sont parfaitement entrées dans univers. A côté de cet engouement sans précédant des mauritaniens pour une invention importée, une chose est frappante : C’est le penchant prononcé des abonnés pour les appels téléphoniques. Si une partie de la population opte pour des appels utiles, la grande majorité des mauritaniens usent de leurs portables pour des appels tout à fait futiles du genre « Comme tu n’appelles pas, je t’appelle pour te dire bonjour ! » C’est une manifestation des habitudes intrinsèques de la société qui s’exprime ici. En effet, prendre des nouvelles des proches est un trait culturel bien de chez nous dont le pragmatisme aurait bien du mal à en venir à bout. C’est certainement ce qui explique la boulimie qui pousse certains à acheter des cartes de recharge à un rythme tel qu’une grande partie du budget y passe. Ainsi, certains préfèrent recharger leurs portable plutôt que de…manger ! Par ailleurs, la téléphone mania a poussé certains à ne vivre que pour le gadget, ainsi, de fortes sommes sont dépensées pour l’obtention du modèle dernier cri. S’ils en font l’acquisition c’est pour quelques semaines seulement, le temps que de nouveaux spécimens arrivent sur le marché, alors, il s’agit alors d’aller à la « bourse » des portables et de s’offrir un tout nouveau contre le « vieux » que l’on détenait sur soi moyennant une somme d’argent complémentaire. D’autre part, on pourrait écrire des livres entiers sur les avantages de la téléphonie mobile, il n’en reste pas moins un outil qui a radicalement contribué à la vulgarisation de la légèreté des mœurs et des us mauritaniens. Les relations coupables entre hommes et femmes qui étaient difficiles voire impossibles se règlent désormais par un simple coup de fil. En définitive, l’o peut prédire que téléphone portable a de beaux jours devant lui en Mauritanie, en même temps, il n’a pas encore fini de faire des vagues. C’est ce qui est arrivé au troisième opérateur du pays qui s’est lancé dans l’arène en misant sur la carte du mimétisme. Mais jusqu’à preuve du contraire, il n’a pas encore vu le bout du tunnel.
Biri N’Diaye


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