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Interview avec le Capitaine Sid’Ahmed Ould Sidha : «Je ne suis qu’un officier de l’Armée loin de tout autre titre, ou appartenance»   
22/10/2007

D’on ne sait où, le Capitaine Sid’Ahmed Ould Sidha a accepté de répondre à nos questions. Dans cette interview, la seconde après celle accordée au «Calame» au mois d’août dernier, il a esquivé des questions -comme s’il se sentait encore astreint au droit de réserve qui incombe aux officiers- acceptant néanmoins de répondre parfois, sans détours, à bien d’autres. Où est-il ? Qu’est ce qui l’a fait partir ? Compte-t-il revenir ? Qu’avait-il écrit dans sa lettre adressée au Président de la République relative à la situation de l’Armée ? Serait-il un potentiel «Saleh Ould Hanenna de l’Adrar» ? Qu’en est-il des menaces dont il aurait fait l’objet ? Lisez-le. Vous aurez les réponses !



Tahalil Hebdo: Où êtes vous mon capitaine, si ce n’est pas très indiscret ?

Sid’Ahmed Ould Sidha : En réalité je suis pratiquement en déplacement continu, mais le plus important est que je ne suis pas sur le territoire national et je n’ai pas demandé ou obtenu l’asile politique en France ou en tout autre pays, je continu á voyager avec un passeport mauritanien.

Tahalil Hebdo : Quand avez-vous quitté la Mauritanie, comptez-vous revenir?

SAOS En quittant la Mauritanie le 02 Août 2007 j’avais l’idée de revenir et je continu sur la même ligne. Alors, la date de mon retour dépend de plusieurs facteurs, et j’espère qu’il soit dans le plus bref délai et dans des conditions meilleures tout en versant vers l’intérêt du pays.

 

Tahalil Hebdo : Quels échos recevez-vous du pays?

SAOS : Je suis de très près ce qui se passe en Mauritanie et ce sur les plans Politique, Economique et Social. Mais pour être sincère avec vous je suis plus ce qui se passe dans les casernes car c’est de là que mon action a commencé et c’est l’état des casernes qui me préoccupe le plus.

Tahalil Hebdo : Etes vous toujours en service ou avez-vous été radié de l’armée suite à votre lettre adressée au président de la République et perçue semble-t-il comme une violation du devoir de réserve et passible à cet effet, d’un tribunal militaire.

SAOS : Jusqu’á présent je jouis de l’honneur de figurer sur les listes du contrôle des effectifs de l’armée nationale. Cependant un dossier de plainte avait été préparé pour son transfert á la justice avant d’être bloqué pour des raisons que j’ignore á présent.

Tahalil Hebdo : Parlons de cette lettre. C’était quand? Que contenait-elle? Avez-vous la certitude que le Président l’avait reçu?

SAOS : La publication de la lettre fut le 03 Août 2007, son contenu est principalement, comme l’indique son titre, la situation de l’armée nationale.
Sans aucun doute cette lettre est arrivée á sa destination bien que ceci n’est pas l’objectif principal, sinon que des mesures au niveau des enjeux soient prises.
Un mois après la publication de la dite lettre, son Excellence Monsieur le Président s’est réuni avec un groupe d’officiers supérieurs des différents corps, durant cette réunion il y eu essentiellement plusieurs promesses de mise en vigueur des textes législatifs organisants les forces armées et de l’amélioration des conditions de vie des frères d’armes. En plus de cela il a été évoqué un sujet qui me parait plus important et intéressant á traiter avec délicatesse, c’est celui de la possibilité d’envoi d’unités de combat de notre armée dans le cadre de la force africaine présente au Darfour. On a des observateurs depuis quelque temps, mais il y a une différence entre observateurs et unités de combats et je reviendrai sur ce sujet prochainement.
D’autre part et sur le plan des textes législatifs la seule chose qu’on a vu c’est le décret Nº 152-2007/PR, relatif á l’organisation de la Présidence de la République en date du 30 Août 2007 lequel dans le TITRE IV touche l’état major particulier du Président de la République. Dans l’article 17 de ce décret on assiste á une suppression des prérogatives du chef d’état major de l’Armée et du ministre de la Défense, en faveur du chef d’état major particulier du Président de la République, sans pour autant annulé les textes déjà existants. Enfin le dernier mouvement d’officiers, origine du limogeage de l’ex chef d’état major, et qui tente de faire de Nouakchott une forteresse au service d’un bras de l’armée.
Donc en résumé je pense sincèrement que la lettre est arrivée á sa destination, sauf que malheureusement et pour le moment on continu sur les vieilles méthodes et le risque s’aggrave du jour au jour. 

 

Tahalil Hebdo : Seriez-vous un potentiel «Saleh Ould Hanenna de l’Adrar»?

SAOS: Je ne suis qu’un officier de l’armée nationale loin de tout autre titre ou appartenance sauf celle d’être fier d’être un citoyen mauritanien.

Tahalil Hebdo : Qu’est ce qui vous fait dire dans votre lettre du 28 août que les services de renseignements veulent vous discrétiser et orienter votre action vers une direction politico-tribale?

SAOS : Les consignes données par ces organes vont dans ce sens, il s’agit de donner des explications du genre il est de telle ou telle tribu ou il est de telle idéologie. En portant cette action á un terrain politique ou tribal laisse les véritables visées loin de tout soupçon. J’aurai aimé qu’ils prouvent le contraire de ce que j’ai mentionné dans cette lettre.

Tahalil Hebdo : De quel pays frontalier sont venus ces militaires dans le cadre d’un marché d’habillement et qui selon vous, ont pris les tailles individuelles de tout le personnel de la Marine Nationale et se sont envolés chez eux avec ?

SAOS : Je pense que ce qui nous intéresse réellement de cette affaire est la partie Mauritanienne, la véracité des faits, pourquoi et comment ? L’identité du pays frontalier ne change pas grand-chose, alors je me réserve le droit de ne pas citer le nom de ce pays tout en vous présentant toutes mes excuses. 

 

Tahalil Hebdo : Pourquoi il y a eu cette mutinerie dont vous aviez parlé au sein d’une unité de la III eme région militaire en juin 2007 ? Et comment avait-elle été maîtrisée ?

SAOS : Comme déjà dit, ce sont les mauvaises conditions de vie de nos hommes et particulièrement des unités avancées. Cette unité est l’une des plus importantes vu sa position sur le terrain, mais c’est sa position qui donne aux sans consciences une opportunité de mettre en pratique leurs mauvaises habitudes. Dans ce genre de situations certains poussent leurs pratiques au delà des limites et c’est á ce moment là que les hommes de cette unité on décidé de mettre fin á cette souffrance.
Après l’intervention du commandant de la région á l’époque
lequel, bien sûr, jetait toutes la responsabilité sur le dos du commandant d’unité tout en promettant le relèvement de ce dernier, sa sanction et l’amélioration des conditions de vie, bref toutes les promesses afin de résoudre le problème, la situation a été en fin contrôlée après quelques heures.
Le plus important qu’on puisse retenir de cette histoire, c’est l’événement assez rare, ses causes, l’absence de mesures prises á l’égard des responsables et c’est le coté le plus important. Il est á signaler l’importance de cette unité et des unités en situations similaires genre Lemgheity, cette dernière qui a connu une attaque des plus tragiques et sur laquelle je reviendrai aussi prochainement. 

Tahalil Hebdo : Vous avez dit que vous avez été menacé par ceux qui disent qu’ils vous ont localisé. Qu’est ce qui les empêche à votre avis, d’aller vous chercher ?

SAOS : Éventuellement je ne suis pas réellement á leur portée d’une part, d’autre part je saurai probablement ce qui se prépare en ce sens avant son exécution. A mon avis le but principal de cet acte était mon intimidation, et que tout autres agissement dans un sens plus musclé change les données et ouvre d’autres portes qui ne profitent á personne.

 

Tahalil Hebdo : Vous avez déclaré privilégier la langue de la raison à celle des armes. Vous est-il arrivé d’envisager la langue des armes?

SAOS : Chacun d’entre nous est préparé d’une manière ou d’une autre de transformer ses idées en un message compréhensible. Cette forme dépend essentiellement de sa culture, de son entourage, de son éducation et surtout des ses objectifs.
Pour un journaliste le plus normal est qu’il écrive un article pour transmettre ses opinions, alors qu’en général pour un militaire c’est la langue des armes qui saute en premier lieu á son esprit, sauf que le plus difficile, dans un cas ou un autre, est de choisir le moyen le plus efficace et le plus approprié á chaque situation. A mon avis la situation de notre pays ne supporte pas une aventure á grand risque pour sa stabilité, sans que ceci sert de protection préalable pour que certains continuent á détruire ce pays.
Propos recueillis par IOM


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