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Sous l’effet Nebghouha : Est-ce la fin des écoles privées ?   
11/10/2007

La rentrée scolaire s’est effectuée le lundi 1er octobre. C’est incontestablement une année scolaire inédite qui se dessine. En effet, dans un ministère où la compétitivité semble être désormais le maître mot, les cadres se mettent au pas. Madame la ministre a donné un coup de pied dans la fourmilière et les choses bougent. Toutefois, cet élan rénovateur ne fait pas que des heureux, car jetant un voile de pessimisme sur les établissements privés dont le fonctionnement connaît des restrictions inquiétantes. Assiste-t-on à la renaissance de l’école publique mauritanienne ?



De mémoire de mauritanien, jamais une rentrée scolaire n’a suscité autant d’intérêt. Contrairement aux années précédentes où les enseignants traînaient des pieds pour regagner écoles, lycées et collèges, cette année a vu le personnel enseignant répondre massivement présent au premier jour de la rentrée. Il faut dire que l’effet Nebghouha est passé par là. En effet, pendant toutes les vacances scolaires et même à quelques jours de l’ouverture des classes, il se disait que pour la première fois, les cours démarreront au premier jour de la rentrée et qu’il n’est pas question de perte de temps. Cela a bien eu lieu. Des changements, on en a observé également dans les attitudes du personnel administratif des établissements publics où l’on note une diligence rarement vue à l’entame de l’année scolaire. Un grand nombre de directeurs des études, de surveillants généraux ainsi qu’une pléthore de surveillants est à pied d’œuvre pour assurer la confection des emplois de temps des professeurs et instituteurs mais aussi la prise en charge de l’inscription des nouveaux pensionnaires.

La compétitivité décuple du zèle insoupçonné.
Toute cette frénésie inhabituelle intrigue un tout petit peu mais elle trouve son explication dans les nouvelles dispositions prises par Madame la Ministre qui, après avoir ouvert les postes de DREN et IDEN à la compétition, entend pourvoir les postes de chefs d’établissements aux mêmes applications. C’est dans cette perspective que certains responsables affichent un zèle jusque là méconnu dans leur milieu de l’éducation. Ce chantier gigantesque qui mise de plus en plus sur la compétence au détriment du favoritisme vient comme une lueur d’espoir pour les fonctionnaires modèles et bien évidemment, sonne le glas des non méritants qui se sont toujours vus placés aux premières loges. En effet, il existe dans le corps enseignant un très grand nombre d’éléments pétris de compétences, d’expériences à qui des postes de responsabilités reviennent de droit mais qui s’étaient vus mis aux oubliettes parce que n’ayant pas de bras tentaculaires ou tout simplement n’ayant pas acceptés d’adhérer du temps du parti Etat qu’était le PRDS. Il semble au regard de ce qui se passe depuis l’avènement de Nebghouha que le temps de la compétitivité s’est installé au MEN.

Ecoles publiques ou privées ?
Toutefois, cette nouvelle donne bien qu’étant louable à tout point de vue charrie des dommages qui risquent de ne pas être que collatéraux. En effet, dans une note de service parvenue dans les établissements privés à quelques jours des ouvertures, le MEN notifie que les chefs d’établissements employant des professeurs du public doivent désormais se plier à une nouvelle réglementation : les profs du premier cycle ne doivent plus dispenser plus de 8 heures de cours, les profs du second cycle, 12 heures. De plus, les responsables sont tenus de faire appliquer cette nouvelle disposition sous peine de voir leurs établissements simplement fermés. Cette mesure est certainement indiquée pour encourager les professeurs à s’acquitter de leur devoir dans les établissements publics sauf qu’elle a été prise sans mesures d’accompagnement. Il est vrai que les enseignants ont été formés pour servir d’abord dans les écoles de l’Etat, mais la réalité étant ce qu’elle est, personne ne peut s’en sortir sans toucher du privé. En outre, vu que cela existe depuis très longtemps, les concernés auront beaucoup de mal à combler le «manque à gagner». Il est vrai aussi que les indemnités de craie ont été ramenées de 5.000 Um à 15.000 Um mais l’on ne sait pas si elles seront incluses mensuellement dans le bulletin de salaire ou si elles seront perçues comme les années précédentes globalement en fin d’année. Dans tous les cas, tout en appréciant le geste, l’on peut noter que ça ne pèse pas bien lourd devant les fortes sommes que les enseignants perçoivent dans leurs cours privés. Par ailleurs, il faut que l’on soit d’accord sur le fait que les élèves qui fréquentent les établissements privés ont tout autant besoin que leurs camarades du public d’un enseignement de qualité. Par conséquent, il urge de mettre en place une stratégie où chacun y trouvera son compte. Cela passe par une motivation conséquente des enseignants du public et la formation sérieuse d’enseignants destinés au seul service du privé et non du personnel sous qualifié dont souvent, on ne connaît même pas le cursus. Il faut prier pour que l’école privée ne meurt pas et elle ne saura pas le faire du reste tant il reste vrai que dans tous les pays du monde, des familles ont toujours envoyé et continuent d’envoyer leurs enfants dans des écoles privées. Cela tient de la famille ! En même temps, la renaissance de l’école publique mauritanienne fait rêver car ce n’est pas de gaîté de cœur que la majorité des mauritaniens résidents dans les grandes villes envoient leurs enfants dans le privé. C’est parce qu’ils n’ont pas le choix. Alors, donnons-nous les moyens de réussir le pari de l’excellence pour le bien de tous les apprenants de notre pays.
Biri N’Diaye


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