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La premiere Interview exclusive de Djibril Ould Abdellahi dit Cimper   
01/02/2006

C’était en 2000 à Kiffa, quand j’avais interviewé Djibril Ould Abdellahi  ce sortant des académies militaires de SAUMUR (blindés) et BOURGES, un colonel de l’Armée au cursus bien garni ; commandant de la 6ème région militaire, membre des deux comités (CMRN et CMSN), ministre de l’Equipement, chef d’état-Major...




...trois fois ministre de l’Intérieur dont l’une sous Ould  Haïdalla.
Mais Djibril Ould Abdellahi s’est retrouvé brusquement éjecté du sérail en 1990 et même interné à Ouadane à la veille de la promulgation de la Constitution de 1991.  Homme, affable et énergique il sort timidement de sa réserve: il n’a pas voulu malheureusement être trop expansif. Jugez-en !

M. le ministre, de votre étiquetage par l’opinion et les médias internationaux comme n°2 et homme fort du régime, vous êtes subitement devenu en 1990 un citoyen ordinaire. Comment cela s’est-il passé ? Comment la confiance s’est-elle transformée en défiance ?

Djibril Ould Abdellahi : Bien. Je voudrais  d’abord préciser que depuis 10 ans, j’ai quitté les affaires et c’est la première fois, je crois, que j’accepte de répondre aux questions des journalistes et je voudrais dire d’abord que moi, je faisais partie d’un système militaire, et il s’est trouvé peut être par le fait du hasard que j’étais l’officier le moins  gradé et donc par la force des choses j’étais appelé à remplir les fonctions de second. A mon avis, la fonction de second est toujours une fonction fusible. Après avoir pendant des années, axé la politique du pays sur un certain nombre d’orientations, il était question à un moment donné de changer de cap et il est tout à fait normal que ceux qui matérialisaient cette orientation en font les frais dès lors qu’elle n’est plus à l’ordre du jour.


 10 ans de mutisme, pas de déclaration à la presse, pas de participation effective à l’action politique hormis l’éphémère épisode de 1992, pourquoi ce silence ?

Djibril Ould Abdellahi : Je l’explique par ma volonté de ne plus participer à cet ensemble d’activités dont vous parlez. Il ne m’est pas permis à moi d’aller ailleurs que dans le système dans lequel j’ai été formé et du moment que la porte de la famille m’a été fermée, j’ai préféré me caser dans mon coin.

Si nous revenons en arrière, surtout les crises de la fin des années 80, acceptez-vous et assumez vos responsabilités de partisan des méthodes extrémistes et expéditives ?

Djibril Ould Abdellahi : Pas du tout ! Je ne suis pas partisan des méthodes expéditives mais, je demeure partisan d’une société où chacun a des droits mais où chacun a aussi des devoirs. Toute société a besoin d’organisation, de loi, d’institutions, de discipline. Une société qui ne se base pas sur cet ensemble de considérations est vouée à l’anarchie et au désordre .

 En dix ans, beaucoup de choses se sont passées, est-ce que vous jugez que le pays a fait un bond en avant ?

Djibril Ould Abdellahi : Je vous dirais très sincèrement qu’ici (Kiffa) on est un peu isolé qu’on ne trouve pas de journaux, pas de lectures, que l’information ne circule pas. Mais je pense que sur certains points du chemin a été parcouru et sur d’autres beaucoup reste à faire.
En fait, quand on n’a pas les rênes des choses, quand on n’est pas dans le circuit on ne peut pas apprécier les choses à leur juste valeur.

Vous semblez vous complaire dans cette retraite anticipée : ni votre âge, ni votre profil ne doivent vous pousser dans ce sens ?

Djibril Ould Abdellahi : Je vous ai déjà un peu répondu, dans ma famille on m’a fermé la porte, ailleurs, je ne m’y retrouve pas.

Récemment, une loi relative à la réforme du système éducatif a été votée au Parlement. Que vous inspire-t-elle ? Surtout que l’on sait que vous étiez mêlé à la réforme de 1979.
Djibril Ould Abdellahi :
Là, je répondrais très généralement parce que je n’ai pas le texte de la réforme donc je ne peux pas répondre en ce qui concerne les détails mais je pense que la Mauritanie est un pays à faible densité humaine et que sa composante humaine est d’une capacité extraordinaire et qu’il ne faut pas l’enfermer dans une seule langue…

 Pourquoi l’avoir donc fait en 1979 ?

Djibril Ould Abdellahi : Les impératifs de l’époque le dictaient !

La scène politique nationale est partagée entre le désintéressement et la tribalisation excessive, que pensez-vous de cette situation ?

Djibril Ould Abdellahi : Je pense que la tribu était un système d’organisation traditionnel et archaïque qui n’est pas propre à la Mauritanie. Tous les pays du monde étaient tribalisés à un certain moment. Si certains ont atteint le sommet de l’organisation c’est parce qu’ils ont constaté que ce système était néfaste et antagoniste avec la notion d’Etat pilier de l’opération de construction nationale. Le combat à mon sens pour la classe politique est la nécessité de la détribalisation et de l’enracinement des valeurs républicaines. La tribu est antagoniste avec l’état ainsi que le modèle politique démocratique que nous avons adopté. Aujourd’hui quand on observe les syndicats, les partis politiques ils sont presque des coquilles vidés à part le parti qui est jugé être celui de l’Etat et là non plus ce n’est pas le militantisme et la conviction qui sont à l’ordre du jour, référez-vous en ce sens aux dernières élections municipales et à la campagne d’autocritique qui s’en est suivie.

Début 1999, des médias étrangers relayés par des hommes politiques locaux ont évoqué l’enfouissement de déchets nucléaires israéliens chez nous…

Djibril Ould Abdellahi : Ecoutez, quand j’ai entendu cela pour la première fois, je suis tombé des nues parce que je peux mettre ma main dans le feu que le président Maouawiya n’acceptera jamais l’enfouissement de déchets nucléaires en Mauritanie pour la simple raison que du temps où j’étais aux affaires, ce problème a été posé et s’est heurté à un refus catégorique. En l’espace de neuf ans, je pense que rien n’a changé.
D’autant plus qu’il s’agit d’un problème extrêmement dangereux mêmes les états producteurs de l’énergie et des déchets nucléaires cherchent à s’en débarrasser parce qu’ils ne maîtrisent pas leur impact environnemental comment voulez-vous que d’autres puissent songer à le faire ?

Au niveau local, malgré le vide politique constaté à Kiffa et en dépit du fait que vous pouvez jouer un rôle clé, vous ne semblez pas enclin à le faire ?

Djibril Ould Abdellahi : Je n’essaie pas de combler le vide que vous constatez parce que pour faire de la politique, il faut faire partie d’un appareil et c’est à cet appareil politique de choisir ses responsables ce n’est pas à moi de chercher à jouer ce rôle, je ne suis pas partisan de cette approche.
C’est à l’appareil de choisir des hommes de consensus capables de mener à bien leur mission.
Je ne cours pas derrière les tremplins et personne ne m’a jamais demandé de faire quoique ce soit.

La situation globale du pays est-elle pour vous satisfaisante ?

Djibril Ould Abdellahi : D’une manière générale, je dirais que la Mauritanie ne se porte pas plus mal que d’autres pays de la région. En réalité, les problèmes essentiels auxquels nous sommes confrontés sont d’ordres économiques et financiers. Nous avons quitté le système du parti unique et le système militaire. Nous sommes aujourd’hui une démocratie. Je constate que nous sommes dans un pays tranquille, nous n’avons pas de problèmes cuisants. L’Etat essaie de remplir correctement sa mission, les partis politiques essaient de jouer leurs rôles. Je souhaiterai les voir construits sur des bases plus saines. Nous avons franchi du chemin par rapport à ce qu’on a connu avant.
Une chose me gêne, j’ai l’impression que les Mauritaniens après un premier élan fracassant envers les partis commencent à se désintéresser et je pense que la classe politique doit pouvoir réfléchir à ce problème.
 Sur le plan économique, je voudrais préciser que le pays n’a pas d’issue en dehors des voies engagées avec la Banque mondiale mais je souhaiterai que tous ceux qui sont en charge de ce dossier se battent un peu plus pour arracher des conditions plus avantageuses car les politiques de rigueur se reflètent très durement sur les populations. Nous n’avons heureusement pas connu de pénuries mais les prix sont montés en flèche ce qui est normal dès lors qu’on a adopté la libéralisation du marché où l’offre et la demande deviennent maîtres du jeu. Il y a une frange de la population qui est très fragile et dont les moyens sont limités ce qui justifie des mesures d’accompagnement tenant compte de la dimension sociale des ajustements structurels.
La création d’un commissariat de lutte contre la pauvreté est significative en ce sens, mais il faut qu’on coupe le temps mis aux études et agir, pour créer des emplois, créer des revenus et réaliser des infrastructures sinon la population ne pourrait supporter indéfiniment le renchérissement des denrées de première nécessité.
Sur le plan social, nous avons la paix sociale, depuis des années nous luttons contre l’analphabétisme. Les résultats sont probants et je pense qu’avec la réforme du système éducatif, l’espace culturel s’améliorera en qualité.

Les récentes élections municipales (1999) ont démontré le peu d’engouement pour les opérations de vote. D’ailleurs, le président Ould Taya  a ordonné la reprise des élections à Nouakchott. Cette situation dénote-t-elle l’absence d’idéaux pour le mauritanien ?

Djibril Ould Abdellahi : Ecoutez, je vais revenir un peu en arrière. Je suis celui qui s’est retrouvé au ministère de l’Intérieur au moment où les communes ont été créées et je suis très déçu de voir où cela a pu mener.
Propos recueillis par Isselmou Ould Moustapha S. (IOMS)



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