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Société: Drôles de mendiants   
26/09/2007

La société évolue, l’homme est condamné à évoluer avec elle sans cela, il risque de se retrouver sur les carreaux. Donner l’aumône est pour un musulman un acte de foi. Il fait partie d’un des cinq piliers de l’islam. C’est pour cela que la charité prospère. Seulement, la nature du mendiant et la forme de sa demande ont connu des mutations nettes chez nous. Les histoires de mendiants revêtent parfois des réalités surprenantes.



Dans la société traditionnelle, venir au secours d’un nécessiteux est la chose la plus naturelle qui puisse être. Lorsque l’on est bien portant et que l’on dispose suffisamment de vivres, il va sans dire que l’on ne peut se sentir en paix que si l’on en rétribue au pauvre qui habite à côté. Ainsi, les restes de nourriture et les vêtements usagés leur sont cédés. Au nom de la religion et parfois suivant une simple morale, d’aucuns donnent la charité nuitamment dans le plus grand secret. Cette forme de don recommandée par l’Islam est plus efficiente en termes de récompense divine.. De plus, les récipiendaires sont presque exclusivement impotentes et très généralement d’un certain âge. Toutefois, cette vision formelle de la chose ne se vérifie pas à Nouakchott. En effet depuis plusieurs années déjà, bon nombre d’individus en ont fait un point de chute où l’on peut se faire des sous en tendant la main. Le filon de la mendicité était né ! La Mauritanie contrairement à plusieurs capitales africaines ne présentait pas le spectacle affligeant des gueux et éclopés postés aux carrefours et devant les banques. Il y en avait certes, mais, ils se tenaient à des places spécifiques telles à proximité des mosquées ou aux alentours des marchés. Ce qui s’est passé ensuite et qui est somme toute curieux, c’est que l’attitude des mendiants a subitement changé et prête souvent à des scènes cocasses.
Des mendiants très tendance.
En effet, depuis peu, l’on note qu’ils s’enhardissent de plus en plus et se mettent à quadriller tous les espaces de la cité. Aussi, voit-on à côté des feux rouges des haies de personnes de tous les âges et des deux sexes, implorer les automobilistes et les passagers pour obtenir quelques pièces d’argent. Il arrive même qu’ils s’agrippent aux véhicules pour faire craquer les plus durs. Ce qui est remarquable dans cette situation et dont on arrête pas d’en parler c’est bien l’utilisation abusive des enfants. Déjà que certains marabouts ont été reconnus coupables de se faire de l’argent sur le dos de pauvres petits êtres à qui ils exigent une somme quotidienne à rapporter, l’on voit ces derniers temps des femmes encore jeunes et fortes exposer des nourrissons au nom desquels elles demandent la charité. Le comble est que pour la plupart, ces enfants ont été «empruntés» ou loués pour susciter un élan de pitié. A cela, s’ajoute des paradoxes qui, quelques fois, tuent en nous la fibre solidaire. C’est le cas de ce mendiant à qui on tend du sucre au moment où son téléphone portable sonne. Ou de ces jeunes demoiselles trop bien habillées et même… maquillées qui se tiennent à hauteur de l’hôtel Mercure.
L’habit fait le moine !
D’autre part, il est certainement immoral de rire du malheur des autres, mais il n’en demeure pas mois vrai que les changements d’attitudes survenus dans le milieu mendiant prêtent souvent au sourire. En effet, dans le «circuit», il faut s’adapter ou mourir ! Dernièrement, un jeune non-voyant de nationalité sénégalaise ayant débarqué à Nouakchott a du se résoudre à se mettre dans la peau du mendiant mauritanien. Pendant quelques semaines, il a fait la manche au carrefour de la polyclinique. Ce qui était singulier c’est qu’il portait un pantalon et une chemise bien propres. Il tenait à la main une canne blanche pliable et portait aux yeux des lunettes noires. Durant quelques jours, il ne gagna pas grand-chose. On lui conseilla de changer de look, ce qu’il fit sans se faire prier. Résultat : il troqua ses habits contres des haillons, ôta ses lunettes pour mettre bien en évidence ses yeux éteints et tient désormais à la main un bâton. Les affaires se sont immédiatement mises à marcher. D’autre part, un unijambiste nouvellement installé au carrefour du Camp des gardes a bouleversé les habitudes des mendiants résidents. En effet, ces derniers qui étaient habitués à recevoir la charité en restant assis à leurs places ont dû se résoudre à se lever et à se faufiler entre les voitures car le nouvel arrivant gagne plus de sous en slalomant entre les véhicules à l’aide de ses béquilles. En revanche, il a du revoir de son côté son accoutrement car il s’est rapidement débarrassé du chapeau qu’il portait et de son fringuant sac à dos contre un vulgaire sac de riz qu’il porte depuis en bandoulière. Dans tous les cas, une chose est certaine, dans le milieu mendiant, on apprend des choses.

 BIRI N’DIAYE


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