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La revanche de Belmokhtar   
18/01/2013

La dissidence de l’algérien Moktar Belmokhtar, chef des preneurs d’otages en Algérie, par rapport à Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) est une histoire d’ambitions déçues, de conflits de personnes et d’intérêts, estiment des spécialistes. S’il a formé fin 2012 son groupe, la katiba des "signataires par le sang"...



 ...qui a revendiqué l’attaque du site gazier d’In amenas suivie d’une prise d’otage qui était encore en cours vendredi matin, c’est pour prouver à l’état-major d’Aqmi, dont il s’est séparé, qu’il était incontournable dans la région et qu’il pouvait agir de façon autonome, en s’affranchissant de la tutelle du mouvement dont le nom commence par "Al Qaïda".

"Paradoxalement, c’est lui qui a toujours eu les meilleurs rapports avec l’état-major central d’al qaïda, avec l’organisation fondée par Oussama Ben Laden qui l’a utilisé comme relais au sahel dès 2001" confie à l’Afp l’expert algérien Mohamed Mokaddem, auteur de "Aqmi, contrebande au nom de l’islam" et des "algériens afghans".

"En 2001, il a accueilli pendant deux mois dans la région un yéménite, envoyé spécial de Ben Laden, et s’est toujours vanté de ses contacts avec Al Qaïda, qu’il fait remonter à son engagement dans le jihad en Afghanistan, alors qu’il n’avait pas 20 ans", ajoute-t-il.

Spécialiste de la contrebande, homme du désert, doté de solides contacts (notamment familiaux via des mariages avec des membres d’importantes tribus touareg) dans tout le sahel, Belmokhtar, originaire de Ghardaïa aux portes du Sahara, ravitaille pendant des années en armes les maquis du nord de l’Algérie, grâce à des achats auprès de contrebandiers de toute la région.

Il échappe sans cesse à la capture, plusieurs fois donné pour mort pour réapparaître plus tard, forgeant sa légende.


"C’est pourquoi il n’a jamais accepté que (l’émir d’Aqmi, Abdelmalek) droukdel, qui se méfie de lui, lui préfère plusieurs autres chefs, puis en 2007 Abou Zeid pour diriger la zone 9, le sahara. pour lui, Abou Zeid n’est qu’un vulgaire contrebandier devenu jihadiste, qui n’a aucune légitimité", ajoute Mohamed Mokaddem. "il estime qu’Abou Zeid trafiquait encore de l’essence et des voitures quand il combattait au nom d’Allah en Afghanistan".

Pour le mauritanien Isselmou Ould Moustapha, spécialiste des mouvements islamistes au sahel, "Belmokhtar considère Abou Zeid comme un ignare, un chef sans charisme. il s’estime mal traité au sein d’Aqmi parce que, contrairement aux chefs jihadistes algériens depuis le début du mouvement, il vient du sud du pays et non pas du nord".

"Mais avec la prise d’otages d’in amenas, il frappe à nouveau un grand coup", ajoute-t-il. "Il place de hautes exigences, tente de sauver les islamistes en déroute au mali en exigeant l’arrêt des frappes aériennes françaises. il se comporte en chef, en leader, face à un Droukdel que l’on entend pas. Il agit et focalise l’attention du monde entier".

Selon ces deux experts, les hommes de la katiba de Belmokhtar, si aucun chiffre fiable n’existe, se comptent en dizaine plutôt qu’en centaines, avec une forte proportion de maliens et de mauritaniens.

"Ils sont peu nombreux mais très aguerris, motivés, prêts au sacrifice sur les ordres de leur chef, comme le montre ce qui se passe actuellement sur le site gazier", ajoute Isselmou Ould Moustapha. "ils savaient qu’ils n’avaient aucune chance d’en sortir vivants".

Mohamed Mokaddem ajoute que celui que l’on surnomme "le borgne" depuis qu’il a perdu un oeil (selon sa légende officielle au combat en Afghanistan) a vu se rallier à lui également la vingtaine de membres du "mouvement du sud islamique" et de son chef Tahar ben Cheneb, composé d’algériens de la région de Ouargla qui, après avoir commencé comme groupe séparatiste, s’est radicalisé et est passé à la lutte armée à partir de 2007.

(AFP) 



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