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Interview de Mohamed Ould Maouloud, président de l'UFP   
03/04/2006

Cette interview a été réalisée en août 2002 avec le président de l’UFP, Dr Mohamed Ould Maouloud qui s’est exprimé sur les sujets de l’époque : le blocage politique , les améliorations apportées au processus électoral, la situation économique, la présidentielle de 2003 et sur d’autres enjeux.



Pensez-vous que l’appel lancé par votre parti en 1998, à l’endroit de l’ensemble de la classe politique en faveur d’un compromis national ait été suffisamment entendu?

Mohamed Ould Maouloud : Bien sûr que trois années constituent aux yeux de l’observateur une période peut être importante. 

Mais dans la vie d’une jeune démocratie encore en transition, c’est une période somme toute courte pour que les acteurs se reconnaissent, se définissent, pour que chacun marque ses frontières pour que les ponts s’établissent. Nous sommes dans une phase d’évolution politique de notre pays où les démarcations sont nécessaires, où les repères sont à mettre en place. Par conséquent, il est très difficile d’avoir des résultats politiques très rapides sur une initiative politique importante qu’on prend. Ceci dit, nous estimons que notre appel a été relativement entendu par certains acteurs et ignoré par d’autres.
Attitudes tout à fait compréhensibles. Chacun a ses raisons. Globalement, l’idée du dialogue, l’idée de la nécessité d’un compromis entre les acteurs politiques mauritaniens comme seule alternative face au blocage qui existe et qui est en rapport avec des litiges politiques très anciens, avec des contentieux politiques très lourds, Eh bien, cette idée de dialogue et de compromis national a somme toute beaucoup progressée dans les esprits, vous pouvez vous même le constater. Il n’existe pas d’acteurs politiques sur le terrain qui rejette l’idée de dialogue ou qui ne voit pas son opportunité. L’élément le plus notable à ce propos c’est que deux acteurs très influents sur le jeu politique national ont pu se rencontrer et concrétiser l’approche du dialogue. Je parle du pouvoir qui est l’élément déterminant dans l’évolution politique du pays actuellement, et l’UFP qui est un parti politique qui a son influence, et son rôle au niveau de l’opposition, et qui a sa vision des choses. Nous sommes arrivés à des progrès intéressants qui se sont traduits par des élections transparentes pour la première fois dans l’histoire de notre jeune démocratie, et qui ont fait renaître l’espoir au sein de notre peuple, sur l’avenir de l’évolution politique de notre pays.

Est-ce que ce n’est pas peu, ces améliorations du système électoral?
MOM
: Ecoutez! Ce n’est pas peu, parce que la revendication principale de l’opposition depuis 1992, était la transparence. C’est vrai que l’UFP particulièrement, a une approche du compromis plus large.

Quelle est cette approche?
MOM :
A ma connaissance, nous sommes le seul parti qui donne pour objet au dialogue- non seulement le fait d’aboutir à une concertation et une concrétisation effective de mesures de transparence qui ramènent à la confiance entre acteurs politiques- mais nous pensons aussi que le compromis à rechercher par le dialogue doit être un compromis plus large qui englobe des questions vitales pour le pays .Les grands problèmes sociaux qui secouent le pays, tels que la fracture sociale, les disparités liées à une polarisation de la pauvreté et de la richesse et liées aussi à l’absence de mécanismes de redistribution, qui fassent profiter tous les citoyens des progrès économiques pourtant proclamés par le pouvoir et qui se chiffrent chaque année, à un rythme de croissance de plus de 4%, alors que le pouvoir d’achat des citoyens se dégrade sans cesse. Même dans les secteurs où il y a eu des améliorations elles sont relativement fragiles et touchent des populations limitées. Le problème de la pauvreté nous le posons comme étant un enjeu majeur, parce que la cohésion sociale et par conséquent la stabilité politique en dépend. Nous avons également soulevé le problème de l’Etat de droit comme autre élément essentiel pour édifier un contexte démocratique viable. Cet Etat de droit devient impérieux pour rassurer non seulement les citoyens qui font face à des difficultés majeures et à une insécurité par rapport à leur avenir immédiat, pour leur dire que l’Etat est là, qu’il y a un cadre juridique défendu, qu’il y a des normes, des règles, et que quelqu’un peut arriver à trouver des solutions à ces problèmes, en tout cas qu’il est protégé dans sa personne et dans ses biens par un Etat fondé sur les droits et qui respecte les droits. (...) Tous ces problèmes nous les avons posé dans notre plate-forme remise depuis 1999 au Président de la République parce que pour nous, ce sont des questions qui doivent être concernées par le dialogue. Je peux dire que sur la transparence il y a eu un progrès qui doit être consolidé et élargi pour renforcer la démocratie. Sur les autres chapitres, le pouvoir a, sa politique, par rapport à laquelle nous émettons opposition et réserves . (...)

Est-ce qu’au niveau de l’opposition et de l’opinion, il n’y a pas ce sentiment dominant, assimilable à un préjugé, par lequel, l’administration de façon générale, ne fait rien de bon?
MOM:
Nous sommes dans une situation où psychologiquement l’ensemble de l’élite politique a quelque part quelque chose à se reprocher, et d’autre part, elle se sent impuissante à réaliser ses aspirations. C’est une situation où il y a une tendance à l’auto flagellation. Ceci n’est pas spécifique à la Mauritanie. Dans tous les pays du tiers monde, les gens ont tendance à s’auto flageller. Nous ne sommes rien. Nous ne valons rien, rien n’est bon, rien n’est fait, sauf lorsqu’on parle de soi-même, ou de son propre rôle, ou de son propre parti on trouve des circonstances atténuantes.
Cette insatisfaction malgré tout, est un facteur positif lorsqu’elle nous pousse à nous améliorer, à chercher des solutions. Et pour parler de l’administration, l’administration est malade mais ce n’est pas le seul malade de notre pays, la santé est malade, la justice est malade, l’opposition est malade, le parti au pouvoir est malade , la presse dont vous êtes est- malade .Reconnaissons donc que l’administration n’est pas le seul malade. L’important est qu’il y ait la volonté de trouver des solutions. C’est-à-dire de faire un bon diagnostic et qu’il y ait une volonté politique de changer les choses. Nous devons avoir l’objectivité de faire le bon diagnostic. Raisonnablement donc, ne chargeons pas les administrateurs de tous les torts, il y a de bons administrateurs et nous l’avons nous même constaté. Même par rapport aux questions politiques qui sont très sensibles, comme les questions électorales nous avons eu le plaisir de constater qu’il y a des administrateurs qui sont très corrects et qui veulent faire leur travail convenablement ,qui résistent aux pressions. Tout le problème c’est que cette volonté politique pour la pousser vers le sens de l’amélioration doit s’affirmer et se répéter pour que le changement de l’administration soit réel, non pas seulement dans le processus électoral, mais dans la gestion de la vie des citoyens, que les administrateurs cessent de faire l’opacité sur la gestion de la chose publique, cessent de gérer les choses comme s’ils étaient tout seuls, comme si c’était une affaire d’empire personnel, cessent de céder aux pressions des lobbies locaux, des intérêts particuliers et affirment l’autorité de l’Etat et le droit. Ce faisant, ils auront affirmé leur autorité et ont relevé le prestige moral de l’Etat. Et je crois que c’est dans l’intérêt de tout le monde. Je vous donne un exemple, je sais qu’il n’est pas systématique, mais qu’il est dans toutes les bouches. Le pays est confronté à la plus grande catastrophe des deux dernières décennies. Cette terrible sécheresse qui se poursuit. L’ Etat a fait des efforts, il a envoyé des vivres pour les citoyens, des fourrages pour les animaux, mais la façon dont ça a été distribué est absolument incroyable. Il y a eu l’opacité, le détournement clair et les éleveurs n’en ont que peu bénéficié. Peut-être que les quantités étaient négligeables. Mais s’il y avait une transparence et une participation des principaux concernés : les associations d’éleveurs, les conseillers municipaux, tout le monde, dans la gestion de ce qui existe, la distribution allait s’effectuer correctement même si c’était des quantités minimes. Mais aujourd’hui, on peut considérer que les autorités administratives en ont profité pour en faire des usages autre que l’intérêt des éleveurs. (...)

Les responsables ne font  rien sans la complicité des citoyens.
MOM: C’est mauvais pour tout le monde. C’est mauvais pour le fondement de l’Etat et de la Nation et c’est même mauvais pour le pouvoir en place. Car nous reconnaissons tous que l’on ne peut construire un Etat ou une nation sur l’arbitraire et l’injustice puisque l’injustice entraîne toujours des réactions pour la corriger. Ces réactions peuvent prendre toutes les perspectives parfois destructives. Et cela menace le pouvoir en place et tout pouvoir en général. Je dois dire sur ce plan là, dans notre façon de voir l’avenir de la Mauritanie, qu’il est très important que nous ayons tous la volonté de construire un Etat fort. C’est ce qui permettra au pays de survivre à cette zone de tempêtes et d’instabilité où se trouve le monde. Et qu’est-ce qu’un Etat fort?
Ce n’est pas un Etat coercitif, ce n’est pas un Etat répressif, ce n’est pas un Etat policier. C’est plutôt un Etat qui arrive à être juste, et à matérialiser le pluralisme. Puisque le fondement de la stabilité, c’est de reconnaître la différence des intérêts et de les gérer . Un Etat a peut-être une tradition d’alignement sur des intérêts particuliers, mais en tenant compte de l’évolution actuelle du pays, il faut savoir que les travailleurs ont aussi des intérêts comme les hommes d’affaires. Malheureusement, on constate que les intérêts des travailleurs ne sont pas pris en considération dans la politique de l’Etat, les syndicats n’ont pas de place dans la politique sociale de l’Etat, ils ne sont pas associés aux restructurations des sociétés d’Etat, et aux programmes de lutte contre la pauvreté, les revendication qu’ils posent depuis bon nombre d’années par rapport à l’ITS ne trouvent pas un cadre de discussions quelconque. Il y a un manque de dialogue social. Par contre, ce que demande le patronat se retrouve souvent dans des décisions ministérielles. A l’UFP, nous pensons qu’il faudrait faire un bon arbitrage et un bon compromis entre les intérêts de toutes les parties, parce que nous sommes dans une phase de transition et que nous avons d’ailleurs besoin de quelque chose de plus important : un contrat social. Toute proportion gardée, ce contrat nous mettrait dans le sillage d’exemples qui ont fait leurs preuves tels que les pays de Sud-Est Asiatique qui sont sortis de la pauvreté, et l’Allemagne à la sortie de la guerre. Un contrat social entre les travailleurs, le patronat, et l’Etat pour gérer les contradictions, pour que chacun se sacrifie pour le progrès économique, mais en même temps que chacun en tire bénéficie, et non pas que les travailleurs seuls, subissent les poids de la crise.

Un contrat social n’exige-t-il pas au préalable une sorte de plan Marshall?
MOM
: Je crois que nous avons déjà ce plan Marshall !Ce cadre stratégique de lutte contre la pauvreté, cet éponge ment d’une partie de la dette extérieure mettent dans l’escarcelle de notre trésor énormément d’argent. Aujourd’hui, le pays a un atout majeur et c’est peut-être là, l’une des réalisations les plus importantes du gouvernement actuel, que d’avoir réussi à se tirer d’affaire par rapport à l’endettement extérieur et de disponibiliser des ressources financières importantes. Mais le problème, c’est que s’il continue dans l’ornière suivie par le pays depuis longtemps nous risquons de nous retrouver toujours dans une situation défavorable et que l’éponge ment de la dette ne serve pas à grande chose, sinon à enrichir davantage certains milieux deja riches. Il y aura une amélioration de la situation au niveau de certains secteurs de la population, mais le mécanisme de création de la pauvreté va continuer à fonctionner et nous nous retrouverons au bout de quelques années avec le remord d’avoir raté encore une opportunité historique. A l’heure actuelle et plus que jamais, nous devons nous dire... Il est temps de faire un compromis national pour asseoir notre démocratie, pour l’approfondir, pour l’enraciner et pour éviter à notre pays tout dérapage et pour donner à la compétition tout l’élan dans le respect de la dignité et de l’indépendance nationale. (...)

Ne pensez pas qu’en dépit du blocage politique dont vous faites part, que le pays a tout de même fait un bond en avant, sur le plan des infrastructures ?
MOM
: Ecoutez, s’il n’y avait pas des progrès, ç’aurait été la mort. Le débat entre les acteurs politiques ne doit pas avoir pour référence le vœu de  plancher chaque fois qu’il y a besoin d’évaluer ce qu’il faut faire, ce qu’on doit faire. Le débat doit porter effectivement un diagnostic objectif mais également un objectif accessible et qui soit de nature à nous sortir de la situation... Or le fait d’avoir des ressources financières importantes à un moment donné n’a jamais été décisif pour métamorphoser, la situation économique d’un pays. Nous avons eu des périodes antérieures où la pression sur l’Etat était beaucoup plus faible, la demande en investissements, la demande publique était très limitée et par conséquent, la pression sur l’Etat était faible et pourtant l’Etat arrivait pas à s’en sortir. Rappelez-vous la politique de pêche, ... et les espoirs immenses qu’elle avait suscités , rappelez-vous même la période d’exploitation minière dans les années70 . Rappelez-vous les financements immenses obtenus par le pays dans les années 70, les bailleurs arabes, les chinois... C’est-à-dire que lorsque la critique est faite sur la bonne gestion et les atouts économiques disponibles, il ne s’agit pas d’en déduire que la critique est nihiliste , qu’on ne reconnaît pas qu’il y a quelque chose, non. C’est qu’en réalité, il s’agit de savoir bien les employer. Même si on se met à distribue r les financements, comme ça laissera des traces, c’est toujours quelque chose de positif. Ce qu’on demande à un gouvernement, c’est de bien gérer, c’est de faire une politique qui atteint les objectifs fixés.
Quels sont nos objectifs? C’est de sortir de la pauvreté, nous n’en sortirons pas si nous ne modifions pas le mode de gestion de la chose publique, nous n’en sortirons pas si nous ne maîtrisons pas nos contradictions internes et notamment les tensions sociales. Tout cela se tient et même de façon plus globale cela a des rapports avec notre politique sous-régionale et même notre politique étrangère. Tout cela se tient, nous sommes dans un monde où toutes les questions se croisent. Nos objectifs qui sont de sortir de la pauvreté pour ne pas dire du sous-développement ne peuvent pas être atteints si la chose publique n’est pas gérée différemment. Parce que tant cet argent peut se retrouver dans des comptes à Las Palmas ou dans d’autres banques européennes tant qu’il n y a pas de contexte de droit et de stabilité tant que l’Etat n’inspire pas confiance. Les investisseurs nationaux vont continuer pour certains à placer leurs capitaux à l’étranger ou trouver plus fructueux de les mettre à l’abri face à une situation d’instabilité politique possible. Cela n’aboutira pas à l’objectif recherché si les investisseurs étrangers ne sont pas sûrs que les conditions de stabilité sont réalisées et qu’il est possible de faire des profits dans notre pays.

Votre vision économique...
MOM :
La politique qui est suivie est une politique de suivisme aux directives des bailleurs de fonds. Je dis de suivisme, je ne dis pas de partenariat, je ne dis pas de négociation, de rapports négociés... Les bailleurs de fonds dictent et nous exécutons. D’ailleurs, ce n’est pas le cas de la Mauritanie seule , c’est le cas de la plupart des pays qui sont soumis actuellement aux plans d’ajustements structurels. Notre parti est contre cette approche. Nous considérons que la politique du FMI et de la Banque mondiale a échoué partout dans le monde à cause de cette approche paternaliste et directiviste. On a besoin d’un partenariat, on a besoin de définir nous-mêmes nos objectifs, d’assumer la responsabilité de leur exécution et aux partenaires de nous donner les ressources, de nous aider et de contrôler ou de poser leurs conditions mais dans le cadre d’une stratégie que nous avons nous-mêmes définir. Il n’est pas bon d’avoir pour objectif uniquement d’avoir le financement et de se comporter par la suite de n’importe quelle manière. (...) De notre point de vue, il faudrait que la définition des stratégies soit faite par nous-mêmes et qu’il y ait des négociations réelles avec ces bailleurs de fonds et qu’une fois les accords conclus, les respecter scrupuleusement. Voilà ce que nous pensons. Or actuellement ce qu’ils nous imposent comme abandon au soutien à une industrie, qui est à l’état embryonnaire, le fait aussi qu’il nous impose de ne pas soutenir une agriculture moderne encore embryonnaire, est quelque chose qui ne répond à aucune logique économique. La concurrence sur le marché mondial n’est pas possible dans ces conditions.
Dire à nos agriculteurs, voilà, vous allez être confrontés au riz thaïlandais, au riz de ceci, au riz de cela, vous êtes dans un marché libre alors qu’ils cherchent encore à acquérir une expérience et à acquérir une méthode pour faire une bonne production, évidemment c’est les chasser de ce secteur très rapidement et c’est d’ailleurs ce qui est arrivé. Et sur ce plan là, il faut ajouter que même ceux qui nous donnent des leçons de libéralisme ne les respectent pas. Quelle est l’origine de la guerre de la banane? Quelle est l’origine de la guerre sur les OGM? Quelle est l’origine sur la guerre sur l’acier? Ce sont des mesures protectionnistes, soit de la part de l’Europe, soit de la part des Etats-Unis.
Tout le monde sait qu’ils subventionnent leurs agricultures. Donc ces puissances subventionnent leurs agricultures et nous, on nous empêche de subventionner la nôtre. Donc il y a un manque de cohérence. Et nous nous ne pouvons pas continuer à accepter ces dispositions. Au niveau de la petite industrie ou de la jeune industrie mauritanienne, c’est la même chose. Nous ne pouvons pas ne pas protéger notre industrie. Et s’il y a des choses à négocier, il faut négocier au moins des dispositions qui permettent à cette industrie de continuer à progresser. Mais on ne peut pas leur dire, allez-y c’est la concurrence !...
Le secteur de la pêche est un exemple important aussi de la mauvaise gestion des atouts du pays. Nous avons une richesse considérable mais elle est mal gérée. Aujourd’hui, elle est gérée à partir d’une préoccupation budgétaire. C’est catastrophique. Ca nous a rapporté des dizaines de milliards. Mais à condition de les employer. Cela ne mérite pas de sacrifier un secteur aussi important que la pêche, c’est-à-dire de l’exposer à ce que j’ appelle une désertification de la mer...... Nous avons une richesse qui se reproduit, la détruire pour une ressource financière qui va s’évaporer n’est pas très sage, et absolument c’est quelque chose qui est contraire à toutes les politiques aujourd’hui suivies dans un monde où justement les ressources naturelles se raréfient, surtout les ressources des océans. Nous avons à protéger notre ressource et à l’exploiter rationnellement et de ce point de vue là, nous devons au moins être au même niveau que les pays voisins.
Le Sénégal, a eu cette préoccupation dans sa négociation avec la Communauté européenne, il n’a pas accepté leurs conditions. Nous avons le Maroc qui a imposé aussi ses règles. Donc du point de vue de l’UFP, il y a une politique de pêche qui doit être aussi opérée à l’occasion de ce redéploiement économique général qui est en cours actuellement. Il n’est pas admissible de continuer à sacrifier les ressources du pays pour avoir des ressources budgétaires qui vont s’évaporer rapidement très rapidement.
Je dois dire que nous avons des ressources, des atouts très importants qui ne sont pas encore exploités notamment l’élevage et l’agriculture et que quelque chose doit être fait pour que ce secteur qui occupe l’essentiel des mauritaniens aujourd’hui soit productif à un niveau qui dépasse tout simplement la subsistance ou la reproduction avec la situation qui existe actuellement mais plutôt qui produit des richesses qui contribue au décollage économique du pays et cela est envisageable parce que vous avez par exemple pour la viande de bœuf qui s’alimente au pâturage naturel, c’est quelque chose de très rare et de très recherché. La qualité du produit biologique du produit est très recherchée.
Mais, il va falloir restructurer le secteur ou l’encourager à se restructurer pour qu’il puisse entrer dans le champ de la compétition commerciale, au moins dans les pays voisins sinon ailleurs dans le monde. Vous avez également le problème du tourisme qui est un atout certain et ça c’est un point positif qui peut être reconnu au gouvernement actuel de se préoccuper de revaloriser les potentialités touristiques du pays. Donc il s’agit aussi de mieux organiser ce secteur qui d’ailleurs dans d’autres pays a permis d’apporter des ressources très importantes mais attention, le cadre de ce tourisme doit être bien pensé et rigoureusement respecté, parce que le tourisme aussi, détruit l’environnement social, l’environnement culturel et moral s’il n’est pas bien orienté.

Apres l’Economie, abordons la politique. Pensez qu’il y a eu évolution sur ce plan?
MOM :
Il y a l’espoir. Ca veut dire qu’il y a une amélioration du système électoral. L’expression populaire a désormais droit de cité, la volonté populaire est respectée dans certaines limites c’est là quelque chose d’important et d’encourageant. Il s’agit maintenant de le consolider et de l’élargir.. C’est ce degré d’inventer les bonnes traditions, de les ancrer .... l’important n’est pas du tout d’avoir tel gouvernement ou tel autre, d’avoir tel ou tel député.
L’important est que nous apprenons entre mauritaniens à gérer les compétitions politiques d’une manière transparente, d’une manière sportive, d’une manière où nous tenons compte de l’unité nationale, d’une manière, où nous tenons compte de la préservation de la chose la plus chère, qui est la paix civile, d’une manière où nous pouvons toujours nous corriger mutuellement. Voilà le plus important. Donc à mon avis, nous prenons cette orientation. Aujourd’hui, il y a des municipalités de l’opposition ici à Nouakchott, demain il y aura d’autres municipalités d’un parti peut-être au pouvoir à Nouakchott et tout cela deviendra un jeu normal qui ne met pas en péril l’Etat qui ne met pas en péril la stabilité générale du pays mais qui d’ailleurs permet aux citoyens désormais d’être confiants dans leur rôle pour élire des institutions en fonction des opinions, en fonction de leurs aspirations. (...)


On a l’impression que le regroupement côté opposition à travers les tentatives fusion a échoué. Des figures emblématiques de l’opposition ont évolué vers le sillage du parti au pouvoir…
MOM:
Je crois qu’ en général, la Mauritanie est un pays où les questions de nomadisme ne doivent pas surprendre outre mesure. Mais pour parler plus sérieusement, la scène politique se clarifie petit à petit. Je crois qu’au départ, il y avait un grande confusion, il y avait beaucoup d’amalgame. Il y avait des gens qui se sont retrouvés à l’opposition sans l’avoir souhaité et sans y avoir pensé et peut-être qu’il y a des gens qui se sont retrouvés peut-être au côté du pouvoir sans l’avoir forcément souhaité mais plus ou moins contraints par d’autres considerations... Mais plus la scène politique se clarifie et plus la vie par ses contraintes impose à chacun de dévoiler la réalité de ses positions... là où il est vraiment, où il devrait être où il saurait être... ça ne peut qu’être bon pour la démocratie. Mais à vouloir être dans un parti au pouvoir et avoir des positions contraires à ce parti ou être à l’opposition sans être réellement de cœur avec l’opposition, ça donne au jeu politique un côté de jeu d’illusion qui ne permet pas. aux acteurs politiques de jouer leur rôle et de prendre la mesure de la réalité. Donc moi je souhaite bien que les choses se clarifient.


 Depuis quand l’UFP a pu amorcer un dialogue avec le pouvoir ?
MOM :
Depuis que l’UFP a décidé de s’orienter dans ce sens et a vu son intérêt et l’intérêt du pays, le pouvoir aussi a vu son intérêt et l’intérêt du pays certainement.
Il faut dire que l’opposition et le pouvoir, s’ils sont intelligents, peuvent toujours trouver un terrain d’entente. Par contre, si on perd de vue la réalité, on peut rater des possibilités.
Je dois dire par exemple, que tout le monde au commencement de notre appel au dialogue et de la politique de compromis que nous avons préconisé à chercher à nous décourager en affirmant que c’est une perte de temps, que le pouvoir ne daignera pas répondre à notre appel, qu’il n’y aura jamais d’évolution sur le plan de la transparence, que nous créons des illusions chez les autres. La réalité ne leur a pas donné raison et il a été possible de faire progresser la démocratie au bénéfice de tout le monde. Le pouvoir a bien bénéficié de l’évolution de la transparence et nous nous en avons bénéficié au niveau de l’opposition et la démocratie mauritanienne en a profité...


Dans la perspective des élections de 2003, où se situe la préférence de l’UFP?
MOM:
La préférence de l’UFP, c’est que le pouvoir qui sorte des élections de 2003, soit un pouvoir de transition et d’unité nationale, quel que soit le gagnant. Parce que c’est ce qui est de notre point de vue correspond à une nécessité historique.

Cela veut dire M. le Président, que vous allez croiser les bras et attendre que les résultats sortent des urnes?
MOM:
Certainement pas. Probablement d’ici la fin de l’année avec la tenue de notre futur congres nous serons appelés à nous prononcer.

Et votre choix personnel ?
MOM:
Pour le moment, c’est ce que je peux dire.

Est ce que vous êtes candidat aux future élections présidentielles?
MOM
: j’ai déjà répondu plus haut à votre question.

Est ce que le dialogue se poursuit avec le pouvoir et à quand remonte votre dernière rencontre avec le président de la République?
MOM:
Oui. Le dialogue reste nécessaire. C’est notre point de vue et celui du pouvoir aussi. La dernière rencontre avec le Président de la République remonte au mois de Novembre 2001

Qui serait le favori pour les prochaines présidentielles?
MOM:
C’est celui qui engagera la Mauritanie sur la voie de la transition démocratique dans l’unité et avec le souci de construire un Etat fort parce que juste et pluraliste . Voila son profil idéal. Aux electeurs de le designer!
Propos receuillis par IOMS




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