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Rancœurs au Hodh Charghi   
03/04/2006

C’était en mai 2002. J’avais été invité avec des journalistes pour  accompagner une délégation du Commissariat aux Droits de l’Homme à la Lutte contre  la Pauvreté et à l’Insertion dans des moughataas du Hodh Charghi. J’avais recueilli à l’époque    des réactions assez significatives. Morceaux choisis.



À Nema


Baba ould Salek, ex-officier
"Je n’ai adhéré que récemment au PRDS , parce que j’ai toujours été contre l’applaudissement aveugle.  Au Hodh, nous sommes une grande circonscription électorale marquée par la pauvreté et l’analphabétisme, un réservoir électoral qu’il ne faut pas pousser au désespoir ".

Hamoudi Ould Hbib


"J’en ai marre de l’hypocrisie ambiante,  pour vivre aujourd’hui, il faut être hypocrite , moi tout ce que je souhaite c’est d’être transporté en Palestine afin de mourir avec les Palestiniens, et être au moins, un martyr. "

Ahmedou Ould Ely Mahmoud, Directeur des études au lycée


" Dites à Maouaya que tout ce qu’il a dit n’a pas été fait "

Mohamed cheikh Ould Belkheir, SG Fédération des Bouchers


"...Ce sont les riches qui se présentent au premier rang, quand l’Etat veut aider les pauvres".

A Walata


El Vadl Ould Mohamed Vadel , Directeur du collège


"...Beaucoup de collégiens de walata interrompent leur scolarité par défaut de bourses. Les enfants qui viennent des écoles rurales ne peuvent sans bourses, continuer les cours en l’absence de leurs familles. "

Timbedra


Mahfoudh


"Si rien n’est fait pour nous, ainsi que pour le bétail, vous risquez de ne pas nous retrouver vivants aux élections de 2003 "

A ADEL BEGROU


Sebrou
"Je m’appelle Sebrou Benou Mahmoud (ENNE MAWI). Je suis agriculteur; Nous ne connaissons que l’agriculture, notre économie c’est l’agriculture (Lehrithé). Il y’a des agriculteurs ici qui veulent construire leur pays avec l’agriculture, nous sommes des  passionnés des travaux agricoles. Nous voulons de l’aide dans notre spécialité. 
Nous avons besoin de houes, des vivres, de grillage, d’eau, de semences. Nous voulons que nos champs soient mis en défense. Notre terre est fertile nous sommes ici depuis 40 ans, nous produisons des pommes de terre, des tomates, des carottes à Voudra, Mzaïmide, Jrana, Rag et à Adel begrou. Il y’a les hommes qui travaillent. Le bétail nous embête, nous voulons du grillage.
Je suis Sebrou de Abdel Begrou, on m’appelle aussi Khembil. En plus de l’agriculture je m’occupe des pauvres et des malades c’est moi qui creuse les tombes et les gens d’Abdel Begrou savent que je suis devenu vieux et aveugle et que je dois aujourd’hui être aidé. Si nous sommes appuyés il y aura beaucoup de mil et de maïs dans ce village frontalier. Nous sommes des hommes et fils d’hommes. Nous sommes l’association de l’économie agricole et ne connaissons que l’agriculture".
 
Sid’Ahmed Ould Egueya


"A la tête d’une caravane familiale Sid’Ahmed nomadisait de Jweireh (sud Néma) vers Sag aux environs d’Abdel Begrou.
Le spectacle qu’offrait sa caravane renvoie immédiatement au mode de vie préhistorique des mauritaniens et prouve qu’il continue de subsister en dépit des avions et des NTIC.
Apres avoir difficilement accepté de se faire photographier avec l’ appareil qui émerveillait ses enfants, il me demande si nous avions des médicaments avec nous, avant de justifier son déplacement par le manque des pâturages:" il n’ y a plus un seul "oud" de paille, il nous faut partir plus au sud" dit-il.
A la question de savoir si ses enfants vont à l’école, il répond: "Oui ils apprennent le coran! c’est suffisant non?"

Ahmedna Ould Taleb Abderrahmane, éleveur


"L’eau ici est salée et rare à Abdel Begrou,  le baril est vendu à 500 ou 600 UM on nous dit qu’il y’a un problème dans la réalisation des sondages.
L’affluence du bétail et des personnes ont été négatifs sur la quantité d’eau existante.
Les gens sont obligés de partir au Mali où les liens sont étroits entre les populations en dehors même des relations entre les Etats, sans compter que l’argent joue un rôle important.
On ne sait pas comment on va résoudre le problème d’eau. Les citernes sont en panne.
On ne peut nous séparer du Mali, Néma c’est loin, c’est vers Nara que nos malades sont évacués. La-bas il y a l’eau des robinets en abondance.
Nous sommes partagés entre le désespoir et l’espoir. 70 familles sont déjà parties au Mali.
Les produits de premiers nécessité coûtent excessivement chers"

A FASSALA
Gaga
"Nous souffrons essentiellement de contrôle douanier. Le riz et le mil sont à notre portée au Mali à coté, mais on ne peut les acheter. Nous sommes loin de la capitale. Le dispensaire n’est pas équipé, notre infirmier va être affecté. Nous sommes contre.
Nous avons besoin d’argent, les maladies psychiques dues à la pauvreté sont beaucoup plus graves que les maladies physiques."


 HASSI ZRIBA
Hamoud Ould MKhaitir
C’est  autour d’un puits de 75 m de profondeur pour abreuver leurs animaux venant  de 70 km  que  j’ai rencontré un groupe de chameliers dont l’un m’a fait la déclaration suivante.
"Nous sommes assoiffés. Il y’a du bétail qui n’a pas bu depuis hier. Nous ne pouvons pas émigrer au sud (Mali) parce que ce n’est pas bon pour le bétail qui va s’y habituer, nous avons aussi peur des pays étrangers. En cas de problèmes nous voulons que notre bétail crève ici. Nous ne pouvons pas creuser des puits parce que nous sommes des démunis.
Pourquoi ne pas changer d’activités? lui ai-je demandé. Réponse:  "Nous ne sommes pas capables de faire d’autres boulots, nous sommes nés éleveurs c’est notre économie. Nous sommes des millions ici nous nous approvisionnons en eau potable à Bassiknou parce que l’eau de ce puits n’est pas potable. Regardez !"

Et le chamelier de montrer une eau noirâtre que j’avais personnellement pris pour du Gaz-oil.

BASSIKNOU
Mohamed Ould Aheimed


"Les gens sont partis au Mali pour chercher de quoi manger. Nous avons besoin d’être aidés, nos fils ne servent à rien, ceux qui nous sont utiles ne sont pas nommés, tandis que ceux inutiles le sont, ils sont comme le lait de l’ânesse (Elben lehmare) qui ne profite qu’à son ânon.
Ce que je dis est vrai. Depuis toujours je n’ai jamais profité de quoi que çe soit. Lors des élections passées le Wali m’a dit l’essentiel est que le PRDS passe, j’ai fait le nécessaire, je suis parti à Néma et je n’ai pu le rencontrer.
Les gens sont là en train d’attendre qu’on finance un projet pour qu’ils le détournent, après avoir éteint les lumières. Les voitures de l’Etat sont utilisées pour transporter "Amersal".
Le président Maaouya  (wakhiart bih) est un homme de paix, mais il n’y a pas d’hommes avec lui, ils sont là pour détourner et faire des troupeaux... Wa aleikoum salam ».

Propos recueillis par IOMS


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