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Mise au point : Par Hamahou Allah Ould Salem   
15/08/2007

Dans un entretien publié par le journal Tahalil Hebdo et qui a été relayé par le site CRIDEM , j’ai abordé avec bâtons rompus mais aussi, il est vrai, quelque peu pointus, un éventail de thèmes qui fâchent.



Traduire c’est Trahir
Je comprends les réactions, parfois, violentes des lecteurs qui ont été choqués par la virulence de certains propos que j’ai tenus ou qui m’ont été attribués et je dois, d’emblée, reconnaître, qu’à la relecture de cette interview, je ne me suis pas retrouvé dans certaines formulations qui ont complètement déformé la nature exacte du message véhiculé.
Sur ce point, je tiens, en particulier , à signaler qu’en aucun moment je n’ai soutenu l’idée qu’une fonction publique , si élevée soit elle , doit être l’apanage d’une communauté déterminée. Le rappel relatif à la présence d’un ministre négro africain au département de l’intérieur à la veille des douloureux événements de 1989 n’est nullement dirigé contre le principe fondamental de l’égalité entre les citoyens, indépendamment de leur race ou de leur ethnie, dans l’accès aux emplois publics. De ce point de vue, je n’ai, contrairement à ce qui a pu ressortir d’une traduction imparfaite, aucune susceptibilité à l’égard de la nomination de l’actuel ministre de l’intérieur dont le cursus administratif correspond, parfaitement, à la fonction concernée.
De même, en parlant du journal la Tribune, je me suis contenté d’évoquer une vive discussion qui m’avait, il y’a quelques mois, opposé à deux journalistes, dont l’un se réclame du dit journal, qui m’avaient, sur le ton de l’arrogance, reproché mes idées. Il n’y’ avait,de ma part,aucune intention de s’attaquer à tout un journal qui, malgré des opinions divergentes avec les miennes, constitue, à mes yeux, un valeureux instrument pour la libre expression.
Pour l’essentiel, j’ai voulu contribuer, à ma manière, avec mes sentiments et avec mes appréhensions, au contradictoire et vital débat d’idées sans lequel notre pays ne saurait avancer.
Dans ce cadre, j’exprime mes vifs regrets pour le manque de compréhension qui sépare, à cause d’un obstacle d’ordre linguistique, des élites qui sont, logiquement, unies par un destin commun.
Il va de soi que de l’usage, dans le débat en cours, de l’une des deux langues de formation (l’Arabe pour les uns, le Français pour les autres) dépend le tempérament, le style et même le fond de la pensée de tous ceux qui s’efforcent, aujourd’hui, de s’exprimer sur des questions bien difficiles . En ce qui me concerne, j’ai bien l’impression de faire, malgré la précieuse traduction de certains amis, figure d’un illustre incompris chez certains de mes frères francophones qui n’ont pas la possibilité de lire mes écrits en arabe.
Je déplore, néanmoins, la cynique exploitation de cette incompréhension structurelle par ceux qui ne veulent pas, forcement, du bien pour notre pays, par ceux qui ne veulent pas que des solutions soient trouvées pour les problèmes évoqués ou par tous ceux qui tirent des avantages d’ un immobilisme désuet.
Je saisis cette occasion pour dire à ceux qui cherchent à me confiner dans le rôle d’une star du racisme et qui me présentent comme étant le péril des générations, que depuis quelques années, j’assure un cours universitaire consacré à la guerre sainte et aux mouvements de reforme en Afrique de l’Ouest dans lequel j’enseigne la singularité du rôle des Foulbé ainsi que celui de leurs vénérés dirigeants tels que : Al Hadj Omar, Ahmed Lebou, Ousmane Fodié, dans la propagation de l’Islam et dans la résistance à la conquête européenne. Le motif principal qui m’a conduit à la conception de ce cours est d’affirmer, d’une part, l’incontournable vérité qui tient à la place centrale des Hal Poular dans la civilisation musulmane ainsi que dans la promotion de la culture arabe et d’autre part, l’inexistence d’un conflit racial qui opposerait, fatalement, les Arabes et les Négro Africains.

Provoquer le Débat
Cela dit, je n’ai pas à présenter des excuses ni à un gouvernement ni à un quelconque groupe ethnique mauritanien car je suis dans mon rôle qui consiste à provoquer le débat. Dans cette perspective, je n’ai fait qu’exprimer une certaine conviction laquelle pourrait être contredite par une pensée similaire. A la différence de ceux qui sont guidés par un rigide esprit partisan, je me fonde, essentiellement, sur des termes de référence conceptuels et culturels qui sont, par nature, bien discutables.
Mon objectif est, avant tout, de susciter une discussion intellectuelle, politique et conceptuelle sur les problématiques contemporaines de L’Etat mauritanien et, en premier lieu, sur celles qui concernent la question des réfugiés et autres rapatriés.
Dans un contexte qui me parait, particulièrement, troublé j’ai exprimé, à titre personnel, des craintes légitimes liées au désordre qui marque l’organisation de l’état civil et à la régression de l’usage de la langue arabe au niveau de l’Administration mais cela ne signifie, nullement, que je cherche à alimenter la discorde ou à offenser, qu’à Dieu ne plaise, les Mauritaniens d’origine négro africaine. Il importe, d’ailleurs, de faire savoir, à ce sujet, que je ne suis pas de ceux qui trouvent un plaisir dans la haine de l’autre lequel se trouve, en définitive, être un compatriote qui partage avec moi, en toute fierté, l’appartenance à la même communauté de destin.
Mon discours, parfois volontairement acerbe, est destiné à une certaine élite négro africaine francophile qui croit pouvoir construire des intérêts, légitimes ou non, sur les cendres de l’arabité majoritaire.
Majorité et minorité.
La plupart des pays du monde font face à la diversité ethnique laquelle implique une difficile gestion des rapports entre des majorités et des minorités. C’est une réalité socio politique que l’on ne saurait, sous peine de soumettre la vie publique à la complaisance voire à l’hypocrisie, feindre d’ignorer. Il reste entendu que la citoyenneté constitue la finalité de l’Etat, son fondement même et, naturellement, le critère qui détermine les droits et les obligations des citoyens.
Je suis, cependant, convaincu qu’il n’y’ a pas de lien entre l’Histoire (le Passé) et l’Etat national (le présent). De ce fait, il y’a, en vertu des valeurs citoyennes, une égalité absolue entre les citoyens quelque soient leur origines. L’acquisition de la nationalité mauritanienne, si récente soit elle, confère aux nouveaux venus des droits similaires à ceux des autochtones.
C’est pour cette raison que j’estime que la protection de l’Etat civil doit faire l’objet d’un consensus national, il s’agit d’une exigence liée à l’existence du pays et à ses intérêts nationaux. Ceux qui ont des susceptibilités vis-à-vis du discours qui porte sur une telle exigence ne représentent qu’eux même, et, dans tous les cas, se trompent.
Au centre de la gestion de la diversité ethnique, se trouve un problème culturel irrésolu. Ce problème qui est une conséquence de la naissance de l’Etat national doit, au plus vite, faire l’objet du plus large consensus possible.
Dans sa dimension linguistique, cette question a été, jusqu’à présent, traitée par les pouvoirs publics avec improvisation et amateurisme. Il est temps de trouver une solution fondée sur la transparence qui consacrerait de manière définitive, l’adoption d’une langue de travail en tenant comptes des spécificités culturelles et en poursuivant le but ultime de la cohésion nationale. D’ores et déjà, il faut trouver le moyen de sortir du labyrinthe dans lequel le conflit entre Arabisants et Francisants nous a enfoncés.

Arabisants et Francisants.
J’ai été présenté comme étant une figure montante du nationalisme arabe. Cette louable qualité ne me gêne pas, outre mesure. Mais elle a l’inconvénient d’être imprécise. En réalité, je suis plutôt un Arabisant patriote, je me réclame de la mouvance des intellectuels arabisants qui s’accrochent, avec fierté, à la culture arabo islamique. 
Dans cette filiation spirituelle, je me fonde sur des convictions d’ordre national qui prennent en considération les valeurs de la Démocratie, du Dialogue et du respect de celui qui pense autrement. En effet, je respecte l’autre, quelque soit sa pensée, sa nationalité et même sa religion parce que je suis contre l’anathématisation (Takfir), l’accusation de traîtrise ( Takhouin) et la calomnie ( Al Issa’ a ).
Je dois souligner que dans mon combat pour l’arabité, je n’éprouve aucun scrupule de défendre la langue arabe qui est ma langue maternelle et qui est, constitutionnellement et en vertu des droits de la majorité, la langue officielle de mon pays.
Dans le même ordre d’idées, je m’intéresse avec une ferveur patriotique assumée à l’histoire des Maures (Tarikh Al Bidhane) qui correspond à la genèse de ma communauté d’origine et je respecte ceux des intellectuels négro africains qui s’attachent à l’histoire de leurs communautés et à leurs spécificités culturelles. Je pense, cependant, que toutes ces opinions libres qui relèvent d’un intéressant débat culturel doivent répondre aux exigences de l’honnêteté intellectuelle et aux valeurs morales de l’humanisme.
Il est temps que nos frères intellectuels négro africains sachent que la défense acharnée de la langue arabe n’est, nullement destinée à violer leurs droits. Cette défense légitime équivaut, plutôt, à un refus de la domination de la langue française dont la connaissance échappe à la quasi-totalité des négro africains mauritaniens.
Ces intellectuels doivent, en outre, afficher clairement leur position vis-à-vis de la question de la langue arabe aussi bien en ce qui concerne l’officialisation qu’en ce qui concerne l’enseignement de cette langue. .
A ce sujet, je pense qu’il serait, néanmoins, injuste de faire porter aux Négro africains, la responsabilité de l’état de précarité dans lequel se trouve la langue arabe. Cet état est, plutôt, dù à l’inconsistance des Arabes (Peuples et gouvernements) qui n’ont pas réussi, dans le contexte de la modernité, à donner à leur langue les moyens d’une compétitivité.
Notre amie la France.
Il appartient à l’Etat d’assurer les conditions d’une telle compétitivité. Et il serait, quelque part, injuste de reprocher à la France de mener une politique active en faveur de la francophonie. Mais je ne peux pas admettre qu’on me reproche de m’opposer à une domination de la langue française au détriment de la langue arabe. Le combat des intellectuels arabisants vise, justement, à mettre en garde contre cette emprise culturelle à laquelle s’attache une minorité d’intellectuels francophiles soucieux de préserver leurs intérêts.
Je dirai même que cette domination serait incompatible avec les intérêts nationaux de la Mauritanie.
Je ne fais pas, cependant, porter à la France, la responsabilité des problèmes contemporains de notre pays. C’est à nous et, notamment, à nos gouvernements de défendre nos intérêts. Mais je constate, tout simplement, que la France qui est le premier partenaire économique et qui est aussi un pays ami, a eu, lors du conflit avec le Sénégal, à adopter des positions qui ne sont pas favorables à la Mauritanie. Je ne cherche pas à mettre en cause l’amitié avec ces deux pays mais je me dois de rappeler que dans le conflit précité, les Mauritaniens d’origine arabe ont été victime d’un carnage et d’un pillage systématiques dans lesquels des extrémistes sectaires ont joué un rôle prépondérant et dont on ne parle pas suffisamment.
J’estime que le préjudice national que notre pays à subi aux plans humain et matériel devrait fait l’objet d’un élan de solidarité qui dépasse les frontières ethniques et dans ce cadre, je pense qu’il est du devoir de nos frères intellectuels négro africains de se solidariser avec leurs concitoyens qui ont été tués, pillés et expulsés du Sénégal.
Cette solidarité n’exclut, nullement, la défense des droits des Mauritaniens négro africains qui ont souffert des conséquences tragiques de ce conflit et qui méritent toute la compassion nationale. C’est au prix de cette cohésion qu’il faudrait susciter par un débat franc et sans la moindre complaisance que notre pays pourrait affronter les périls qui menacent sa sécurité stratégique.
Périls en la demeure.
Il y’a bien lieu de fonder le débat sur un devoir de vérité car nous savons que la complaisance et les faux semblants nous conduisent à des compromis précaires dictés par le souci des uns et des autres de tirer un profit immédiat des rapports des forces circonstanciels.
A cet effet, il faudrait que les intellectuels sortent des sentiers bâtis. Il faudrait, notamment, qu’ils abordent, en toute transparence, les périls qui menacent la démocratie laquelle ne doit pas rester prisonnière du système informel des quotas sectaires.
Il serait regrettable que nous nous contenterions d’une représentation archaïque imposée par des considérations tribales et ethniques. Il serait, également, dangereux de ne pas trouver, dans cet indispensable débat, les moyens d’éviter un effondrement du système éducatif qui souffre d’une dualité ambiguë pouvant affecter, considérablement, l’appareil administratif de l’Etat.
En outre, il faut bien que le débat prenne en charge les graves déséquilibres sociologiques, aiguisés par des revendications identitaires de toute sorte qui entravent l’ancrage des valeurs de citoyenneté.

Hamahou Allah Ould Salem

 


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