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L’Esclavage : Une épine à extirper du pied de la démocratie mauritanienne naissante   
15/08/2007

Vendredi 29 juin 2007, le Président de la République, Monsieur Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi fit une adresse à la Nation relative aux violations des Droits de l’Homme dans notre pays, parmi lesquelles la tare de l’esclavage. Le Président s’est engagé à éradiquer ce fléau social qui perdure depuis des siècles dans notre société.



Autant nous apprécions ces nobles intentions et déclarations, qui constituent par ailleurs un début de réalisation d’une promesse électorale, autant nous pensons que pour mettre ne route un tel chantier dans notre pays, la vigilance est de rigueur, eu égard aux pseudo-tentatives initiées par les régimes post-indépendance et, qui se sont malheureusement toutes soldées par des échecs retentissants. C’est en tant que citoyen victime de ce fléau que j’ose avancer quelques idées en guise de modeste contribution au débat sur cette sempiternelle question de l’esclavage.
Aujourd’hui, nous avons la chance d’avoir un Président élu qui incarne la volonté populaire et qui, à notre humble connaissance, n’a pas de passé négatif sur la question. Ce Président a inscrit l’éradication de l’esclavage dans son programme électoral.
Nous avons aussi la chance d’avoir un Président de l’Assemblée dont la vie s’est confondue avec un combat anti-esclavagiste sans répit.
Nous avons un Premier Ministre qui, lors de sa déclaration de politique générale, le 31 mai dernier devant l’Assemblée Nationale, a déclaré que la solution de l’esclavage sera une des priorités de son gouvernement.
Pour concrétiser cette priorité, le gouvernement entend soumettre au Parlement un projet de loi pour criminaliser les pratiques esclavagistes. Nous comptons apprécier dans un prochain document les termes de cette loi. Considérons pour le moment l’étape adoption de la loi comme solution au problème.

Qu’est-ce qu’une loi ?
C’est un texte qui, en principe décrit le phénomène mis en cause et propose des sanctions pénales pour réprimer les pratiques réprouvées.
Il n’est pas difficile de rédiger des lois. On en rédige chaque jour de part le monde des pages et des pages de lois.
Le problème réside dans la suite qu’on leur donne, à savoir leur traduction dans la réalité. La Mauritanie ne manque pas de lois qui caractérisent l’esclavage. On peut citer dans ce cadre :

la Constitution du 20 mai 1961

la circulaire du ministre de la justice et de l’intérieur du 16 mai 1966

la circulaire N°08/MJ du 5/12/1969

Ordonnance N°81.234 du 9 novembre 1981

Note de service N°050-2/so du 27/04/1983

Constitution de 1991

Loi N°2003-05 de juillet 2003 portant répression de la traite des personnes ;

Loi 2005-015 portant code du Travail, etc.

… en passant par les textes et conventions internationaux que la Mauritanie a ratifiés. Quarante sept ans après l’indépendance, rien, absolument rien n’a changé pour les Mauritaniens encore soumis aux pratiques abjectes et moyenâgeuses de l’esclavage.
Plusieurs raisons peuvent nous aider à comprendre pourquoi le tintamarre juridique cité plus haut n’a servi à rien.
La première raison est que les concepteurs des lois prétendument abolitionnistes appartiennent pour la plupart aux classes privilégiées de notre société, lesquelles ont toujours participé à l’exercice du pouvoir politique. Ce n’est donc pas contre elles que l’esclavage s’exerçait.
Comment voulez-vous que des hommes veuillent éliminer des pratiques dont ils ne souffraient pas ? Bien au contraire ! Certains représentants de ces classes ou des proches parents étaient impliqués de près ou de loin dans le système esclavagiste et en tiraient des intérêts moraux ou matériels.
Alors pourquoi dénoncer les pratiques dont on savait qu’elles étaient inséparables du système idéologique et économique qui était l’essence même de leur existence ?
Cette attitude est à mettre au compte de la démagogie, arme redoutable qui, alliée à la violence, a permis d’annihiler la volonté et les aspirations naturelles des hommes à la liberté.
La deuxième raison est que les éléments dits « progressistes » dans les régimes politiques post-Indépendance ne possédaient pas la volonté nécessaire pour secouer le système esclavagiste.
Ayant adopté aux yeux du monde un système politique « moderne » et ne pouvant en aucun cas inquiéter les esclavagistes, ils ont opté pour la négation d’un phénomène pourtant criant.
Pour les besoins de la cause, ils ont recruté des éléments dévoyés, issus des classes serviles, et dont le rôle est de « convaincre » leurs semblables que l’égalité est acquise et que les séquelles disparaîtront grâce à des programmes sociaux et à des promotions. L’on sait maintenant que ces bonnes intentions ne furent qu’un leurre et que les lois votées et les textes ratifiés furent aussitôt oubliés.
La responsabilité de la non application de la législation en faveur de l’égalité des citoyens incombe entièrement aux régimes politiques qui se sont succédés depuis l’indépendance à nos jours. Ces régimes se sont attelés à faire perpétuer la discrimination entre les citoyens, s’arrogeant ainsi la faculté d’exclure un nombre important de ces derniers de tout droit.
Aujourd’hui, le Parlement se prépare à voter une nouvelle loi incriminant l’esclavage. Il appartient à tout le monde d’œuvrer pour que l’éradication effective des pratiques esclavagistes puisse enfin commencer. Cette éradication ne sera possible que sous les conditions suivantes :

le gouvernement doit montrer toute sa détermination à aller jusqu’au bout du processus et ce, quelque soit l’ampleur des sacrifices ;

la loi elle-même doit qualifier avec la plus grande précision l’esclavage et les pratiques semblables. A ce titre, elle a intérêt à s’inspirer des circulaires de 1966 et 1969 ci-dessus référenciées, tout comme nous avons intérêt à faire une enquête sérieuse pour caractériser et décrire rigoureusement les formes actuelles de l’esclavage, et ceci enfin que des formes assimilables à l’esclavage ne nous échappent pas. Il est vain de concevoir des lois entre quatre murs sans avoir pris la précaution d’étudier à fond le phénomène concerné.

la loi doit incriminer et réprimer sévèrement toutes les formes d’esclavage et pratiques similaires.

L’adoption de la loi doit être suivie par une campagne nationale de sensibilisation : à la radio, à la télévision, dans la presse écrite, meetings, réunions etc. ;

Une enquête nationale menée par les milieux indépendants et des milieux intéressés (esclaves, descendants d’esclaves, Ongs, etc.) et qui vise à recenser différentes catégories de personnes encore esclaves ou qui subissent des formes similaires. Cette enquête ne doit pas exclure les grandes villes.

Le règlement en faveur des victimes de tous les cas d’esclavage avéré qui sont pendants devant les juridictions.

Créer un secrétariat à la réinsertion dont le rôle est d’encadrer et d’éduquer les esclaves libérés.

Enfin, les autorités locales doivent procéder sans retard et sans hésitation à la libération effective, c’est-à-dire soustraire les citoyens de la sujétion idéologique et de la dépendance économique par rapport à leurs anciens maîtres ou tuteurs.

Bah Ould Rabah


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