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Interview avec Hamahou Allah Ould Salem: «Ce sont nos positions qui nous engagent et non le dénigrement dont nous sommes victimes»   
06/08/2007

Professeur d’Histoire à l’Université de Nouakchott, auteur de nouvelles théories historiques, président du «Forum démocratique» Hamahou Allah Ould Salem incarne la génération montante du nationalisme arabe mauritanien. Il estime que la Mauritanie amorce aujourd’hui un tournant dangereux de son histoire, de nature dit-il à secouer les fondements même, de l’Etat mauritanien. Nous l’avons rencontré pour vous. Nous publions ici la première partie de l’entretien…



Tahalil Hebdo : On constate ces derniers temps et surtout après le discours présidentiel du 29 juin, qu’il y a eu énormément de colloques et de forums. Certains estiment qu’il s’agit de groupes nationalistes arabes, inquiets par la perspective du retour des déportés. D’autres , vous taxent de chauvins. Que leur répondez-vous ?

Hamahou Allah Ould Salem : Il y a eu le colloque organisé par le parti Sawab dirigé par le Docteur Abdessalam Ould Horma. J’étais présent, il y avait aussi des parlementaires et des hommes politiques non membres de ce parti. Il n y a rien eu de chauvin ou de raciste dans ce colloque. Personne ne s’est opposé au retour des déportés. Seulement, certains internautes ont falsifié dans leurs postings sur le site CRIDEM, les propos du président du parti Sawab. Nous souhaitons à l’avenir qu’on s’en tienne uniquement, à ce qui a été réellement dit.

Tahalil Hebdo : Pensez-vous que le retour des réfugiés mauritaniens du Sénégal constitue un danger ?
HAOS:
Les Mauritaniens dont la nationalité est prouvée sont les bienvenus chez eux. Seulement, la Mauritanie a des problèmes avec l’état civil et une administration corrompue. Les circonstances dans lesquelles des Mauritaniens et des Sénégalais avaient été déportés ne sont pas claires. Nous pensons que le retour des déportés dans ces conditions, surtout que les cachets d’état civil mauritanien se falsifient partout, en particulier en Côte-d’Ivoire ,que le problème ce n’est pas le retour des déportés, mais ce qui va accompagner cela. Ceci est dangereux pour l’Etat mauritanien parce que les vagues d’immigration africaine peuvent affluer ici y compris les 800.000 sénégalais présents chez nous, qui ont peut être acquis notre nationalité.

Tahalil Hebdo : Vous ne manifestez pas les mêmes craintes devant les vagues d’immigration, en provenance du Nord, notamment, du Maroc, du Sahara, du sud de l’Algérie et du Nord du Mali?
HAOS :
On ne peut pas dire qu’il y a une immigration qui vienne du Nord. Ceux qui viennent du Nord ont ici, des familles connues, ont leurs terres et leurs parents ici. Nul ne peut refuser la même chose à un immigré venant du Sud et ayant lui aussi, des racines ici. Et puis votre approche est erronée. Même, l’Europe se plaint de l’immigration en provenance du Sud.

Tahalil Hebdo : On dit que le «Forum démocratique » dont vous êtes président, avait demandé aux réfugiés de ne pas revenir, qu’ils pourraient mourir de faim et que le règlement du problème des réfugiés sans celui des «Moussafarines» est inéquitable? Est-ce vrai ?
HAOS :
Ce n’est pas vrai. C’est de la surenchère. Nous avons dit, et nous nous sommes basés sur les discours du président de la République et son premier Ministre relatifs à la situation actuelle du pays et au manque de moyens qu’il faut les recenser d’abord, ensuite mobiliser les ressources qui permettent leur réintégration et ce, pour un climat adéquat pour le retour des citoyens mauritaniens. En ce qui concerne les «Moussafarines» du Sénégal, j’ai entendu dernièrement que certains partis politiques et des partis proches de nos frères négros-mauritaniens, ont convenu sur un lien commun entre les réfugiés Mauritaniens au Sénégal et les «Moussafarines» du Sénégal. On ne peut pas dissocier ces deux problèmes issus d’une crise entre deux Etats Surtout que les «Moussafarines» du Sénégal sont au nombre de 500.000, selon les dires même de Abdou Diouf. L’Etat Sénégalais a avoué détenir 90 milliards de Fcfa dans ses banques pour les Mauritaniens et pour l’Etat Mauritanien. Le non remboursement de ces montants relève du vol et de l’arnaque
Tahalil Hebdo : Quelle est votre réaction, par rapport au discours prononcé le 29 juillet par le président de la République?
HAOS :
Ce n’est pas un secret que de le dire à votre respectable journal. Avec un groupe, je prépare une lettre ouverte au président de la République. Cette lettre va être signée par des milliers de personnes d’horizons diverses. Cette correspondance précise au président de la République que son discours a rendu l’Etat Mauritanien responsable des problèmes humanitaires. Les Flam ont commencé à publier que le président de la République a reconnu le passif humanitaire et que les Mauritaniens sont responsables de ce qui est arrivé d’une façon générale. Ils ont commencé à porter préjudice à l’Institution militaire et peuvent maintenant la poursuivre devant les tribunaux internationaux. C’est un danger pour la Mauritanie. Dans notre correspondance, dont copie sera remise à votre journal, nous allons demander au président de la République de nous fournir des explications sur ce discours afin de mettre fin aux interprétations des Flam.

Tahalil Hebdo : Voulez-vous que le président de la République ait vis-à-vis de certaines questions, des positions similaires à celles de la France notamment pour son passé colonial en Algérie ou celles de la Turquie, dans l’affaire arménienne ?

HAOS : Ah ! si nous étions si nous comme la Turquie ou la France ! Du moins dans la défense des constantes de l’Etat National Ce que nous demandons du président de la République c’est la concertation préalable avec les Mauritaniens. Et de ne pas faire endosser une lourde responsabilité à l’Etat et au peuple mauritanien. Il fallait dire que l’Etat Mauritanien était prêt à traiter toutes les conséquences réelles d’un certain passé.
A cette occasion, nous refusons catégoriquement le retour des réfugiés du Sénégal, si ce dossier va ouvrir le problème de délimitation des frontières avec le Sénégal ou bien l’implication dans les affaires internes de la Mauritanie de l’Etat Sénégalais. Récemment le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi a été reçu à Dakar en présence de plusieurs généraux de l’armée sénégalaise. Très curieux !

 

Tahalil Hebdo : La frange arabe en Mauritanie est l’objet de certaines critiques sur certains sites web, la montrant comme raciste. Quelles est votre réaction?
HAOS :
Premièrement, nous pensons que le fait de nous montrer de racistes est une insulte Ce sont nos propos et nos positions qui nous engagement et non le dénigrement dont nous sommes victimes

Tahalil Hebdo : On dit que vous êtes des apôtres de l’arabisation. Etes-vous satisfait de l’arabisation dans ce pays ?
HAOS:
Votre question est très intéressante. L’arabisation est en recul depuis l’élection du nouveau président de la République que nous respectons. Le président élu a juré sur la Constitution qui stipule dans son article 6 que l’Arabe est la langue officielle. Pourtant la Banque Centrale de Mauritanie dans sa présélection pour le recrutement refuse tous les diplômes arabes. Le juge entre nous, c’est la Constitution. L’arabe est la langue du officielle. Les autres langues comme le Pulaar, le Soninké et Wolof doivent être enseignées et vulgarisées.
(A suivre)
Propos recueillis par IOM


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