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Isselmou Ould Moustapha, directeur de Tahalil: Les extrémistes exploitent les agitations au Sahel   
20/08/2013

Entre sécurité précaire en Libye, diaspora des combattants du Mali, montée du salafisme, discorde politique en Tunisie et la menace persistante des "loups solitaires", le Maghreb est face à de sérieux défis.



Magharebia a rencontré le directeur du Journal Tahalil Isselmou Ould Moustapha, spécialiste des mouvements jihadistes et du terrorisme, pour tenter de savoir ce qui constitue le principal sujet de préoccupations.

 

Magharebia : Quelle évaluation faites-vous de la situation sécuritaire actuelle au Sahel et dans le Maghreb ?

 

Isselmou Ould Moustapha : La menace au Sahel a été atténuée par l’intervention française au Mali, bien qu’elle reste non négligeable au Niger, et qu’il existe une possibilité de résurgence au Mali.
La situation au Maghreb est préoccupante, notamment dans le Jebel Chaambi en Tunisie et dans le sud libyen, où des groupes jihadistes venus du Mali ont trouvé refuge avec le soutien des salafistes de ces deux pays en transition et instables.

 

Magharebia : Le centre de gravité du terrorisme s’est-il déplacé, comme le soutiennent certains analystes, du Nord-Mali vers la Libye et la Tunisie ?

 

Ould Moustapha : L’intervention militaire française a détruit les capacités opérationnelles d’AQMI dans le Nord-Mali, où ne subsistent que quelques groupes résiduels dont le MUJAO.
Les groupes liés à al-Qaida ont fui les frappes aériennes françaises et ont trouvé refuge dans les sud tunisien et libyen. Certaines sources parlent également de leur présence au Niger, au Tchad et même au Darfour.

 

Magharebia : Que veulent réellement les mouvements touaregs ? Qu’en est-il des narcotrafiquants et des autres criminels qui prolifèrent dans l’Azaouad ?

 

Ould Moustapha : La complicité des mouvements touaregs avec les narcoterroristes n’est pas avérée. Le problème touareg est en partie un problème de cohabitation intercommunautaire entre une minorité arabo-berbère et une majorité africaine dans le cadre de l’État malien, qu’ils accusent d’être raciste et qui les accusent eux d’être des narcotrafiquants.

 

Magharebia : De votre point de vue, que peut apporter la Mauritanie à la Mission des Nations unies au Mali ?

 

Ould Moustapha : La Mauritanie peut être utile à la MINUSMA si le concept de l’intervention des troupes mauritaniennes prend en considération les exigences de la  sécurité nationale, ne dégarnit pas les frontières et ne coupe pas les militaires mauritaniens de leurs bases de soutien et de repli.

 

Magharebia : Cela fait maintenant quelque temps qu’AQMI n’a plus visé la Mauritanie. Certains ont même laissé entendre que les Touaregs pourraient être liés à cette "trève". Quel est votre avis sur la question ?

 

Ould Moustapha : C’est du blabla. Les Touaregs étaient en guerre contre AQMI, qui les avait chassés des villes du Nord-Mali. Et les Touaregs ont coopéré avec les militaires français dans leur traque d’AQMI.
Quand à cette soi-disante trêve, la Mauritanie, avec sa stratégie dynamique  et ses actions préemptives, a contraint AQMI à s’éloigner de son territoire. La fermeté a payé.

 

Magharebia : Les observateurs de la situation sécuritaire dans le sud du Sahara insistent souvent sur les liens entre terroristes et trafiquants. Qu’en est-il au juste ?

 

Ould Moustapha : Les liens entre crime organisé et terrorisme sont réels. La mission des recruteurs, qui se présentent dans les mosquées en développant un discours incendiaire sur la situation en Afghanistan, en Irak, sur Israël, est avant tout, au-delà de l’idéologie elle-même, de récolter des fonds par le biais des trafics illicites.

 

Magharebia : Qu’en est-il de la situation sécuritaire en Tunisie et en Libye ? Quel est le secret de l’activisme grandissant des groupes terroristes ?

 

Ould Moustapha : Après toutes les révolutions, le chaos s’installe. AQMI est en train de profiter des transitions tunisienne et libyenne.

 

Magharebia : Que font les autres États maghrébins pour venir en aide à ces deux pays ?  Et quel est l’état de la coopération sécuritaire entre les pays du Maghreb ?

 

Ould Moustapha : Les divergences politiques paralysaient déjà le Maghreb. Les révolutions ont fait le reste.
Le fait qu’il existe trois gouvernements islamistes au Maroc, en Tunisie et en Libye et deux gouvernements de type différents en Algérie et en Mauritanie n’augure rien de bon pour la coopération en matière de sécurité.
Au cours des quinze dernières années, l’Algérie a lutté pour se débarrasser des islamistes radicaux. Il est temps que ses voisins du Maghreb s’unissent dans leur lutte contre le terrorisme.

 

Magharebia : Après avoir été chassés du Nord-Mali, les terroristes ont-ils conservé la même capacité de nuisance ?

 

Ould Moustapha : Pas dans le nord du Mali. Mais nous avons vu qu’ils ont su conserver leur capacité de nuisance ailleurs, avec les attentats d’Agadez et d’Arlit [au Niger] en juin 2013.
Et puis il y a les autres menaces imparables : les individus auto-radicalisés, les loups solitaires et  les explosifs indétectables.

 

Propos recueillis à Nouakchott par Bakari Guèye pour Magharebia


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