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Procés des jihadistes: Conditionnés? Infiltrés?   
27/06/2007

A la première journée du procès trois prévenus «Al Mouthena», «Souheib» et «Hammam» ont été entendus par la cour criminelle de Nouakchott. Ils ont nié en bloc les accusations formulées contre eux dans les procès verbaux de police déclarant que leurs aveux ont été obtenus sous la torture.



Les avocats de la défense ont dénoncé les tortures  demandant  l’annulation pure et simple du procès et la libération des prévenus. Des attitudes qui rappellent bien, celles des prévenus et de la défense, lors du procès de OuadNaga en février 2005, quand les prévenus avaient nié, (ce qu’ils reconnaîtront après l’amnistie de septembre 2005) et quand les avocats avaient focalisé leurs interventions sur les vices de procédure et la torture.

A la deuxième journée du procès (26 juin) et pendant que la cour interrogeait un accusé (Ould Khawmany), une échange plutôt acerbe a opposé le substitut du Procureur de la République (représentant du ministère public) à Me Ahmed Ould Yousouf, bâtonnier de l’ordre des avocats qui a accusé la cour d’adjoindre une nouvelle accusation de «participation à un regroupement armé» (au prévenu Ould Khawany) alors qu’il n’était accusé que de falsification de documents administratifs, de faux et d’usage de faux. Le bâtonnier a lancé à l’endroit de la cour : «Ce qui vous faites est le prolongement de la fabrication des preuves». Le substitut du procureur lui demande de retirer cette accusation car lui a-t-il dit vous nous accusez en pleine audience si c’était à l’extérieur, je saurais comment réagir. Le bâtonnier lui repondit : « Si tu sors dehors, je te ferais entendre pire» et d’ajouter : «Tu n’es rien du tout» (Athrak chi).Le président de la cour intervient et ordonne au bâtonnier de retirer ses propos. Le bâtonnier refuse. Il est expulsé. Les avocats se retirent pour exprimer leur solidarité avec le bâtonnier. La cour désigne d’office deux avocats pour défendre les détenus. Des pourparlers sont menés entre la défense et la cour, sans sucés : le bâtonnier refuse de s’excuser. A la reprise de l’audience après le tohu bohu, les avocats désignés par la cour demandent le report du procès au lundi 3 juillet pour leur permettre disent-ils, d’étudier le dossier . La cour accède à leur demande.

                                Conditionnés ? infiltrés?
Le procès de 14 jihadistes mauritaniens (11 au début auxquels 3 nouveaux prévenus sont venus s’ajouter) a débuté le 25 juin devant la cour criminelle de Nouakchott.
Conditionnés par la contexte de 2003 tant sur la plan national qu’international, infiltrés par les services de renseignement, les jeunes jihadistes avaient quitté leur pays, abandonné leur famille et enfants pour se lancer dans le Jihad . L’école la plus proche n’étant autre que celle du GSPC algérien ils y sont allés pour la plupart, estimant que c’était le chemin qui pouvait les mener vers l’Irak ou l’Afghanistan deux pays musulmans, occupés par les «coalisés».
Déçus, certains d’entre eux sont revenus en mars 2005 et se feront cueillir dés leur entrée en territoire mauritanien : c’est le groupe d’ Ahmed Ould Hine jugé au mois de mai 2007 après deux années de détention.
En juin 2005, les mauritaniens restés dans les deux katibas du GSPC : celle de «Tareq Ibn Ziyad » dirigée par Moctar Belmoctar alias Bellouar et la Katiba des «Moulethemines» (les enturbannés) n’ont pas été –selon leurs dires- informés des préparatifs de l’attaque de Lemgheiti que quelques jours auparavant. Ils y prennent part et font éviter -disent-ils- aux mauritaniens faits prisonniers, la colère des algériens qui malgré l’effet de surprise, ont perdu ce jour là, 5 hommes dans la bataille. Un sixième tué n’était autre qu’un mauritanien répondant au nom de Ahmedou Bamba. Quinze jours après l’attaque de Lemgheiti «Al Moutehena» débarque à Nouakchott depuis lors il fera plusieurs navettes entre la Nouakchott et les camps de l’organisation au Mali.
D’autres mauritaniens y sont restés jusqu’à ce jour et n’envisagent même pas le retour dans leur pays. C’est le cas d’El Hadj Ould Abdel Kader (Youssouf l’afgan), El Hassen Ould Khlil (Jouleibib), Sall Ousmane (Hassan), Sidina Ould Khatari (Abou Zeineb) qui est présenté comme étant un kamikaze potentiel. Jusqu’en début 2006 et par petites vagues les jeunes jihadistes ont continué à se rendre dans les camps du GSPC empruntant à cet effet plusieurs chemins, par air et par terre, lesquels, débouchent tous, sur le village malien d’El Khalil, situé au nord de Gao.


                                          Qui sont-ils ?


«Al Mouthena», le voyageur
Né en 1972, père de 6 enfants, niveau Bac DA. Entre 1995 et 1999 il fait des petits métiers (cabine téléphonique, imprimerie). Fin 1999, il part en Arabie Saoudite. Fin 2000, retour en Mauritanie.
Après les attentats du 11 septembre 2001 Mohamed Lemine Sahraoui alias «Maouwiya» (un sahraoui du Polisario, recruteur principal du GSPC en Mauritanie, mort en avril 2006 à Gardaya sous les bombardements de l’armée de l’air Algérienne) l’appelle, pour l’envoyer en Afghanistan. «Al Mouthena» part avec Abou El Hareth, Brahim Sahraoui pour l’Afghanistan en passant par Damas et Ankara puis Zahidane en Iran à la frontière Afghane. La police iranienne les ramène à Téhéran et les expulse. Il regagne la Mauritanie via la Tunisie début 2002.
Deuxième voyage
De retour en 2002, il est re-contacté par Mohamed Lemine Sahraoui qui l’expédie avec un groupe de jeunes dans une Hilux vers Bassiknou puis au nord du Mali et du Niger où il rencontre «Abderrazak le para». Pas d’allégeance et retour en Mauritanie tous les 6 mois tels étaient les termes du contrat. «Al Mouthena» obtient 15000 Euros pour l’achat de matériel informatique. Il revient en Mauritanie à une date non indiquée. Il reste longtemps en au pays, renvoie une partie du matériel informatique avec Ahmed Ould Hine et garde le reste de l’argent pour son propre commerce. Il n’est pas le seul à avoir «dribblé» le GSPC. Un autre mauritanien «Abou Oubeida» qui a ramené en Mauritanie le jeune blessé Idriss Ben Amar fils d’un des dirigeants du GSPC avait obtenu pour une telle mission 10 000 Euros . Il avait fait de même sans soigner le gosse et sans le ramener. «Al Mouthena » saute sur l’occasion pour se racheter.
Troisième voyage
En mars 2005 deux mois avant l’attaque de Lemgheiti, «A Mouthena» embarque le jeune blessé Idriss Ben Amar jusqu’à Zouerate puis vers le hameau d’El Khalil situé à des centaines de kilomètres en territoire malien. Juin 2005, il participe à l’attaque menée par 39 hommes dont 27 algériens et 5 mauritaniens. Le capitaine Ould El Kory apprent-on de des sources de l’enquête était à court de munitions quand il a été fait prisonnier avant d’être froidement, abattu par un algérien. Retour en Mauritanie d’A Mouthenna et El Haj Ould Abdel Kader Alias Youssouf un vétéran de l’Afghanistan 15 jours après l’attaque (19 juin 2005). Les services de sécurité mauritaniens qui se targuaient d’une grand efficacité n’y verront que du feu..
Quatriéme voyage
Fin 2005, mission accueillir à Dakar et acheminer dans les camps du GSPC des jihadistes marocains vers Gao et El Khalil où ils sont accueillis par Bellaouar. Retour en Mauritanie début 2006.
Cinquiéme voyage
Début 2006. Mission : acheminer deux marocains dont «Adghiri»de Dakar à Bamako. « Al Mouthena » revenu à Nouakchott
Sixiéme voyage
Cette fois, «Al Mouthena» brouille les pistes. Il emprunte l’axe Kaédi –Selibaby- Khayes- Bamako- Gao- El Khalil. Retour en Mauritanie le 27 mai 2006 après s’être vu chargé par le GSPC d’une mission à Nouakchott avec El Haj Ould Abdel Kader. Une mission de prise d’otages de préférence scandinaves ou d’ attaque d’un fourgon de convoi de fonds. 

SOUHEIB, le dur à cuire
Né en 1973 marin résident en Espagne à Barcelone. Il a été à Stockholm en 2003. En Mars 2005, il accompagne «JOULEIBIB» à Bassiknou puis Tombouctou puis El Khalil . SOUHEIB intègre la «Katiba des Moulethemines». Il y reste entre Avril et août 2005. Il a participé à Lemgheiti. Un dur à cuir. Selon l’enquête, il dit ne rien regretter. De Lemgheiti il regagne l’Espagne on ne sait comment. Retour en Mauritanie en décembre 2006 après l’arrestation Adghiri au Maroc.

HAMMAM, le chimiste
Ingénieur chimiste sortant d’Irak en 2002, amateur de football. S’est lié au GSPC en décembre 2005. Il a été chargé par Bellaouar d’acheter des matières explosives (nitrate d’ammonium, et peroxyde d’acétone). Il ferait partie du commando chargé d’une mission à Nouakchott. Il se fera arrêter après avoir répondu à un appel téléphonique d’un parent d’ «AlMouthena» qui était déjà arrêté .le coup de fil était un piège.

E. C, Monsieur état civil
E.C est apparemment le chargé de communication et de l’état civil. Tous les prévenus ont des cartes nationales d’identité falsifiées tirées d’un modèle trouvé su son ordinateur.

Les quatorze prévenus :
1-Taher Ould Abdel Jelil
2-Mohamed Lemine Ould Jiddou
3-Tiyeb Ould Saleck
4-Ely Cheikh Ould Ahmed Vall
5-Abdel Weddoud Ould Mohamed Salem
6-Mohamed Salem Ould Mohamed Lemine
7-Mohamed El Moustapha Ould Abdel Wahab
8-Mohamed El Moustapha Ould Abdel Kader
9-Sidi Mohamed Ould Mohamed Abderrahmane
10-Ahmed Ould Radhi
11-Sidi Ould Sidné
12-Brahim Ould Ahmed
13-Sidi Mohamed Ould Ahmed
14-Mohamed Lemine Ould Cheikhani

 

Interview express avec Me Limam Ould Cheikh (photo en illustration):

 

«La Mauritanie doit s’orienter vers la fermeture, du dossier du Salafisme fut-il jihadiste ou non jihadiste»

Tahalil Hebdo : Contrairement aux dossiers précédents la justice va examiner deux accusations gravissimes concernant deux détenus ayant participé à l’attaque de Lemgheiti. Ces accusations sont-elles sous tendues par des preuves ?
Me Limam Ould Cheikh
 : Avant de répondre à votre question, permettez-moi de faire une brève introduction. La Mauritanie doit d’une façon définitive s’orienter vers la fermeture, du dossier du Salafisme fut-il jihadiste ou non jihadiste et ce, pour plusieurs raisons.
Ce dossier, hérité de l’ancien régime, a été crée par l’appareil sécuritaire à travers des méthodes musclées et la préfabrication pour arrimer la Mauritanie, sur les options des USA.
Les pays qui ont précédé la Mauritanie dans le traitement de ce dossier avec la méthode sécuritaire, les procès et les emprisonnements ont abouti à la conclusion que c’est le dialogue, la réconciliation et le dépassement qui constituent les meilleures voies. Regardez en Algérie, il y a eu ne loi sur la réconciliation nationale et l’Egypte qui est en train de vider ses prisons des jihadistes.
En ce qui concerne votre question, je ne vois pas de différence entre les dossiers, en ce qui concerne les preuves. L’accusation provient des procès-verbaux de police, qui n’ont aucune valeur juridique parce que établis d’une façon contraire à la loi et vous savez que les prévenus ont été présentés l’année dernière devant le procureur de la République dans une situation inhumaine pire que celle qui prévalait à l’époque de Ould Taya.

TH : Selon nos informations deux des prévenus ont séjourné chez le GSPC et ont été chassés de l’organisation à l’issue d’une fronde qu’ils avaient animés. A leur retour, l’un d’eux sera arrêté et le second sera relâché mystérieusement, pourquoi ?

Me L.O.C : Vous parlez de mes clients Ahmed Ould Radhi et Mohamed Vall Ould Abdelkader, arrêtés ensemble et présentés au procureur de la République. Ahmed Ould Radhi a été déféré et le dossier de Mohamed Vall Ould Abdelkader a été classé sans suite.
Les procès-verbaux de la police, ne peuvent être une preuve pour les incriminer mais ils peuvent renforcer le principe de l’innocence. Et ici, je me joins à vous pour me demander pourquoi déférer Ahmed Ould Radhi devant le tribunal avec un procès-verbal qui l’innocente.

TH : Il y a des prévenus qui n’ont pas participé à l’attaque de Lemgheiti et qui n’ont pas été avec le GSPC, que font-ils dans cette galère ?

Me L.O.C Cette question doit être adressée au parquet. Et vous devez vous rappeler de votre première question l’accusation d’avoir participé à l’attaque de Lemgheiti n’a été avancée que contre deux prévenus et la référence c’est les procès verbaux de police qui sont tout simplement du néant.

 IOM


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