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Histoire: Le Temps des Hassanes ( 2eme partie)   
24/05/2007

L’épisode précèdent de notre série Histoire intitulée : «Le second temps des Sanhaja» devait être titrée : «Le second temps des Hassanes», une nouvelle série que nous amorçons dans notre édition N° 49 du 18 mai 2007. Vous avez ici, le deuxième épisode de cette série. Mille excuses.



A propos de l’effondrement tragique de l’Etat Abdoukel et de la guerre qui l’opposa aux Oulad Nasser, l’un des récits historiques les plus intéressants et les plus anciens est, incontestablement, celui qui a été rapporté par Cheikh Sidi Mohamed Al Kounty (m.1242 H – 1826 ap. JC).
Dans sa célèbre épître intitulée « Rissala Al ghalawiya », l’érudit fournit des renseignements fort utiles sur cette période sombre de l’histoire des Maures (Tarikh al Bidhane). Il y évoque, notamment, les raisons qui ont conduit son aïeul Sidi Mohamed Al Kenty (m. vers 840 H -1436 ap. JC) à se séparer de ses oncles maternels les Abdoukel lemtouniens dans le cadre d’une alliance avec les Oulad Nasser.
L’auteur de l’épître qui porte, lui même le nom de l’illustre ancêtre des Ken ta, décrit avec précision la généalogie de cette tribu dont les ancêtres étaient connus à Telmessan et au Touat (Algérie). Son aïeul précité fut, rapporte-t-il, le premier à se déplacer vers le Sahara : « il s’appelait Sidi Ali, il était un pole de sainteté, un grand savant, un maître à éclairer dont la guidance permet d’orienter et dont le conseil et l’avis faisaient autorité. Il fréquentait les Almoravides (Al mourabitoun) qui régnaient, en ce temps, sur un Etat au Sahara. De même, la majorité des Hassan étaient ses disciples et prenaient, chez lui, le Wird (citation de Dieu) ainsi que la Baraka ».
C’était, poursuit-il, « à l’époque du Sultan Abou Fares lequel n’accomplissait pas le moindre acte sans avoir avait consulté son maître conseiller Sidi Ali. Celui-ci a voyagé au Sahara et a épousé la fille de Mohamed ben Alouma ben Kenta ben Zorn, le chef des Abdoukel. A cette mariée qui s’appelle Ahwa il a donné le seau des ancêtres, l’illustre des illustres des successeurs Sidi Mohamed Al Kenty lequel avait grandi au milieu de ses oncles maternels, les Abdoukels issus des Sanhadja. Sidi Ali est revenu au Touat ou il mourra et fut enterré prés de ses parents après avoir formé plus de mille disciples ».
S’agissant de Sidi Mohamed Al Kenty, lui même, l’auteur précise qu’ « il est resté avec ses oncles maternels jusqu’au moment où il compléta son instruction physique et spirituelle. Il apprit le coran et excella dans tous les arts. Avant de se déplacer vers le territoire situé entre le Tiris et la Seguia Al Hamra dans lequel il résida en compagnie de ses disciples, il était, déjà, réputé saint, tous ses vœux étaient exaucés par le Seigneur des univers, ses prodiges n’ont jamais été égalés par ses successeurs, il exerçait une grande influence et jouissait d’un immense respect, il a passé tout son temps à revivifier les vertus mortes ».
Il résulte, également, de ce récit que l’ancêtre des Kenta était «un dignitaire de l’Etat almoravide» dirigé par les Lemtuna Abdoukel et qu’en même temps il jouissait d’une grande considération auprés des Hassan qui, semble-t-il, se trouvaient déjà dans le territoire des Sanhadja.
Vint enfin le moment, nous dira le narrateur, où quelque chose (d’imprécis, ndlr) s’est passé entre le saint érudit et les Abdoukel, ses oncles maternels « dont la forte autorité s’exerçait, alors, sur tout le Sahara, sur les populations qui vivaient dans ce territoire, ainsi que celles qui habitaient dans la périphérie du Soudan »
Fâché contre ses oncles, le saint s’est exilé. Il rencontra, durant cet exil, un bataillon des Oulad Nasser lesquels avaient appris que le Marabout était entré en conflit avec les Aboukel. Les guerriers des oulad Nasser se sont dit que ‘‘Si nous laissons cette occasion nous échapper, jamais nous ne pourrons vaincre les Lemtouna. Ceux-ci ont attiré le courroux de ce pole de sainteté et il établi que ceux qui énervent les saints sont condamnés à la déchéance. ».
C’était, selon l’auteur de la Rissala Alghallawiya, dans un tel état d’esprit que les Oulad Nasser convaincus de l’opportunité d’agir contre les Lemtouna avaient «invité le Saint pour lui demander de leur offrir le royaume des Abdoukel ».
Le saint Sidi Mohamed Al Kenty leur aurait, donc, accordé cette demande en ces termes : « je vous donne les clefs du Royaume des Abdoukel mais à condition que vous vous engagez à arrêter les hostilités dés que vous auriez l’assurance que les forces de l’adversaire ne sont plus en mesure de vous inquiéter. A ce stade vous devriez les soumettre à une co-tutelle qui sera léguée à notre postérité ».
Pour rassurer les Oulad Nasser lesquels après avoir donné leur engagement de respecter les scrupules du saint ne croyaient pas à leur capacité de venir à bout de l’extravagante puissance des Abdoukel, l’ancêtre des Kenta avait recommandé à ses nouveaux alliés de multiplier les razzias et les attaques surprises. «Attaquez les », avait-il dit, «j’ai demandé à Allah que leur Etat périsse et que leur protection s’affaiblisse ».
Munis de la baraka de Cheikh Sidi Mohamed Al Kenty, les Oulad Nasser ont ainsi déclenché un processus de déstabilisation qui devait rapidement aboutir à l’effondrement de l’Etat Abdoukel dont les groupements organisés ont été décimés ou dispersés. Les rescapés de ces groupements ont été, selon le chroniqueur, soumis au statut de tributaires (lahma) qui continuent, jusqu’à nos jours dira-t-il, de payer des redevances pour les Hassan, tandis que les Abdoukel issus des Zawaya (marabouts) ont conservé leur statut et ont été donc épargnés de la fureur des Oulad Nasser.
A l’issue de cette terrible guerre, les groupements et autres confédérations du Sahara se sont, nous dit l’auteur de la Rissala Al ghallawiya, rassemblés autour de la Zawiya de l’ancêtre des Kenta. Pendant ce temps, précise-t-il, « les Tajakanet résidaient à Tinigui, dans leur ksar (citée) bien bâtie (fi qasrihoum al mouchayad) avant qu’il n’entrent dans le célèbre conflit qui conduira à leur dispersion ».

Hamahou Allah ould Salem
Professeur d’histoire à l’université de Nouakchott
Lauréat du Prix Chinguitti 2006


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