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L’insurrection des Bani Ghaniyya (IIIeme partie) : (1185 -1222)    
04/04/2007

Bien que le lien entre Yahya «l’ancêtre des Alaouites» évoqué par l’érudit Sidi Abdullah Ibnou Al Hadj Ibrahim et Yahya Ibnou Ghaniyya Al Massouffi dont parle Ibnou Khaldoun n’a pas été, suffisamment, établi, il est permis de remarquer que le point commun entre les deux récits précédemment cités se trouve dans une histoire mal éclaircie qui porte sur l’exil, durant quelques années, d’un certain Yahya qui s’est réfugié dans le Sahara.
Il est, en tout cas, établi que cette histoire qui se déroule dans un contexte marqué par le début de l’effondrement de l’Etat Almoravide du Nord, coïncide avec le déplacement en 518 de l’Hégire (vers 1126 ap.JC) des tribus Idwa Ali de la cité almoravide par excellence de Tablbalet qui fut leur territoire d’origine vers les oasis du Touat.



Même si «l’ancêtre des Alaouites» en question n’est pas, précisément, Yahya Ibnou Ghaniyya, le rebelle des îles Baléares, il se peut que les récits évoqués concernent, en fait, le petit fils de celui-ci connu sous le nom de Ali Ibnou Ghaniyya qui fut tué en 584 de l’hégire (1188 ap.JC) . Mais il faudrait, plutôt, voir dans ces récits, une allusion à un autre petit fils du rebelle des îles Baléares.
En effet, Ali, censé être l’ancêtre des Alaouites, avait un frère qui portait le même nom que Yahya Ibnou Ghaniyya et qui s’est distingué, lui aussi, par la forte résistance qu’il a livrée, jusqu’à 619 de l’hégire (vers 1222 ap.JC) aux Almohades.
Il convient de souligner que cette dernière date est assez proche de celle de la fondation par les tribus Idawa Ali de l’actuelle cité de Chinguitt et correspond à la période de la décadence de l’ancienne cité Abbeir qui fut abandonnée par les mêmes tribus.
Cela dit, il ne faudrait pas confondre le noyau des Alaouites (Ida wali) venus de Tablbalet et les autres groupements alliés «venant» d’autres tribus et qui ont, avec le temps, porté le nom de la tribu «d’origine».
Les Ida wali font remonter leur filiation à Ali Al bilbaly, un chérif de Telemçan (Algérie) qui appartient à la lignée de Souleymane Ibnou Abdullah Al Kamil et dont les fils ont émigré vers le Touat avant de se déplacer en direction de l’actuel territoire mauritanien, en compagnie d’autres groupements toua tiens comme les Aghlal (Bakrites) et les Ndagh choumma. Ces derniers se sont dirigés, chez les Tandgha, vers le littoral atlantique.
Toujours est-il que le mythe de Ibnou Ghaniyya se trouve au cœur de la mémoire des fondateurs de la vieille cité de Abbeir et il est, en tout cas, bien établi que des personnages historiques liés à ce mythe ont été au centre des événements qui avaient conduit à la décadence de cette cité.
Il reste que pour l’histoire, l’intérêt des récits relatifs au mythe de Yahya Ibnou Ghaniyya s’identifie aux échos de la résistance que les Almoravides avaient opposé aux Almohades dans l’actuel Sahara mauritanien.
Dans la mémoire locale les traces des Bani Ghaniyya se limitent à un nom similaire porté par une famille appartenant à la tribu des actuels Ideychilli et qui s’appelle Ahel Gannaya. Une curieuse coïncidence, quand on sait que cette tribu conserve une importante accumulation de l’histoire et des filiations des Almoravides ainsi que de celles des tribus Lemtouna post almoravides.
A la résistance que les Bani Ghaniyya ont opposée aux Almohades dans le désert et qui devait avoir un rôle fondateur dans l’émergence des anciennes cités de la Mauritanie actuelle, il conviendrait d’ajouter l’impact des migrations en provenance du Nord que la mémoire saharienne conserve en tant que faits intimement liés à la chute des Almoravides et aux conséquences de la politique de discrimination adoptée par le nouveau pouvoir Almohade.
En effet, cette politique dirigée contre de nombreuses tribus a abouti à un exode massif vers le Sahara. Ainsi de nombreuses personnes ou des groupements d’origine arabe qui étaient des alliés du régime Almoravide déchu, ont fui vers l’actuel territoire mauritanien pour échapper au climat de guerre et de discorde.
C’est à cette époque que l’on fait remonter l’arrivée des certaines éminentes personnalités à l’instar des deux disciples du cadi Ayyad de Ceuta ( m. 544 de l’hégire -1146 ap.JC) il s’agit respectivement de Abdel Moumin Ben Saleh , le fondateur de la cité de Tichitt en 536 de l’hégire ( 1141 ap.JC) et de Al hadj Ousmane Al Ansary (ancêtre d’une branche des actuels Idawa Al hadj) et fondateur, à la même date, de la cité de Ouadane .
C’est, aussi, à la même époque que les Tajakanet fondèrent la célèbre cité de Tinigui et il est, en tout cas, remarquable que les principales anciennes cités de la Mauritanie actuelle, ont vu le jour dans ce contexte marqué par la décadence Almoravide et ont été, en quelque sorte, le produit de l’immigration forcée qui a suivi la chute du régime Almoravide.
A ce sujet, l’illustre historien Mohamed Saleh Ibnou Abdel Wahab Annassiry (m. 1271 de l’hégire- 1854 ap.JC) rapporte que la plupart des dites cités ont été fondées, exclusivement, par les Zawiyas des Massouffa. Mais cette affirmation, digne de confiance, n’empêche pas de croire à la thèse d’une fondation qui s’est effectuée en plusieurs phases et dont le noyau a été le fait des groupements Masouffa. C’est, d’ailleurs, ce qui résulte des traditions conservées par les tribus qui avaient fondé ces cités. Ainsi le récit des Idawa Al hadj, par exemple, distingue entre les descendants de Al Hadj et ceux des anciennes tribus autochtones : Tevrella, Tamkouna etc.
De toute manière, l’ensemble des récits locaux et «externes» ainsi que la déduction résultant des comparaisons contemporaines, conduisent à penser à l’ambiguïté de la situation au Sahara qui a suivi la chute des Almoravides et qui avait annoncé ce qu’on peut appeler le Second temps des Sanhadja.
(Fin)
Hamahou Allah Ould Salem
Professeur à l’Université de Nouakchott, Lauréat du prix Chinghuit 2006
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Bientôt une nouvelle série intitulée : Le second temps des Sanhaja


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