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Education nationale : Les défis qui interpellent le nouveau Gouvernement   
03/04/2007

La réforme de 1999 a été perçue comme courageuse et historique. Elle a été une remise en cause du système éducatif adopté au début des années 80. Un système, qui a produit quelques dizaines de milliers d’idiots, ni arabisants, ni françisants. Elle devait mettre fin au bicéphalisme suicidaire de l’école mauritanienne qui formait à la longue, deux Mauritaniens, qui ne se parlent plus, ne se comprennent et ne se comprendront plus.



La reforme visait l’unification du système par la généralisation de l’enseignement bilingue, l’introduction du français dés la deuxième année du fondamental et que les disciplines scientifiques soient progressivement enseignées en français depuis la troisième année du fondamental. Le renforcement de l’enseignement du 1er cycle secondaire par l’ajout d’une année supplémentaire et de l’enseignement scientifique par l’introduction des sciences physiques et de l’informatique ainsi que le renforcement de l’enseignement de l’Anglais étaient également prévus par cette reforme ambitieuse. Le Programme National de Développement du Système Educatif (PNDSE) a été l’outil de mise en oeuvre de la reforme.Ce programme s’est attellé sans relache depuis son lancement, (sous l’oeil vigilant des bailleurs, des auditeurs et des contrôleurs) à l’amélioration de l’offre éducative, la résorption des disparités entre genres, régions et zones, les réformes institutionnelles, administratives et financières, le renforcement des capacités des moyens humains et matériel du secteur, les aménagements des infrastructures d’accueil à tous les niveaux scolaires, ainsi que de révision des programmes.

Un corps enseignant décrié
Quelques années aprés le lancement de ce programme, des évaluations nationales ont montré une faiblesse des résultats (hors réalisations physiques). Ces faiblesses étaient liées au niveau des éleves, au taux de reussite au Bac, des criteres en relation avec le manque d’ éfficacité du corps enseignant. Les spécialistes de l’Education ont soulévé à ce effet, la faible adhésion des principaux acteurs (enseignants, parents, …) dans la mise en œuvre de la réforme, la faible capacité du système éducatif à transformer les ressources mises à sa disposition en résultats ainsi que la faiblesse des ressources humaines aux niveaux centrales et régionales (la quasi-totalité des cadres de conception et de pilotage sont des enseignants). Les specialistes notent également que des effectifs importants d’enseignants sont en surplus dans des postes administratifs, au niveau du ministère de l’Education, des DREN et dans les établissements d’enseignement secondaire, alors que les écoles dans certaines wilayas sont sans enseignants. Ils ont abouti à la conclusion que les augmentations successives du budget de l’Education nationale ne se sont pas matérialisées par une amélioration sensible du service éducatif. En un mot que l’Education nationale souffre de son corps enseignant, plus que de manque de moyens.

L’Approche par Compétence, victime de l’incompétence

Méthode standard dans le voisinage Nord et Sud de la Mauritanie, l’Approche par Compétence (APC) introduite avec la reforme est une approche pédagogique, une nouvelle manière d’enseigner. Dans son essence, elle provient de l’enseignement technique où l’on apprend, en pratiquant. Avec l’APC, l’enfant devient acteur, il n’est plus un réceptacle amorphe. L’enseignant est censé se transformer en metteur en scène, il doit mesurer la compréhension de ses élèves, valider leurs compétences et créer une émulation entre eux. L’approche par compétence est fort contraignante pour les enseignants, «elle les met à nu» disent les spécialistes, parce qu’elle les oblige à connaître, à préparer leurs leçons, à mesurer les compétences de leurs élèves. Avec de la bonne volonté, de la compétence et du dévouement l’APC allait réussi, car aucun contenu pédagogique n’a été modifié. Mais le grand problème aura été le faible taux de couverture des programmes. Une récente évaluation du système éducatif mauritanien a démontré que le taux moyen de couverture des programmes par les enseignants dépasse rarement les 40 % dans une classe en Mauritanie.
Les enseignants n’enseignent plus
Dans certaines écoles, ce taux n’est que de 10 %. Pourtant nous n’avons jamais appris qu’un enseignant a été radié ou même sanctionné, pour absentéisme. A cela s’ajoute la faiblesse du niveau initial des enseignants (détectable d’ailleurs dans leurs façons d’écrire et… de corriger les épreuves) La réalité du système éducatif mauritanien est amère ! Alors que l’enseignement est un processus cumulatif, les enseignants n’enseignent plus. Si on tient compte du fait que le taux de couverture moyenne des programmes en Mauritanie est de 40 %, on a une idée des lacunes accumulées par nos enfants, qui annuellement, ne font moyennement que 40 % des programmes. D’années en années, les élèves accumulent des lacunes à hauteur de 60 %. C’est à l’entrée en sixième parce que des correcteurs des épreuves externes entrent en jeu qu’on se rend compte du désastre avec un taux de réussite avoisinant les 50 %. Ceci est dû tout simplement au fait que les élèves n’apprennent que la moitié des programmes.Et les aberrations ne s’arrêtent pas là ! En 2006, la moitié des candidats au Bac DB/ DA ont été éliminés par un sujet qu’ils n’ont pas fait au programme. A qui la faute ? A la reforme peut être?

Autre aberration sur laquelle il faut s’attarder le taux de réussite en première année du collège est de 50 % en Mauritanie, mais ce qui est curieux, c’est que les 98 % de ces élèves réussissent chaque année jusqu’à la Terminale. Parvenus par on ne sait quel miracle, devant les épreuves du Bac, 90 % parmi eux, échouent. Ils échouent parc qu’ils ont accumulés durant 6 années un déficit de connaissances de 60 % par an. Ils échouent parce que parmi eux, quelques milliers réussissaient au collège et au lycée sans fournir d’efforts. Ce qui fait que nous avons chaque année 12 000 candidats au Bac alors qu’en principe on ne devait avoir que 5000 candidats au plus, par an s’il y avait la moindre rigueur dans les collèges et lycées. Dans ces conditions comment peut-on continuer à considérer le Bac comme un indicateur de la qualité de notre système éducatif ? Il y a quelques années on nous disait qu’il y a trop de bacheliers que c’est impensable ; qu’ils sont vraiment nuls et que l’on produisait des chômeurs voire des catastrophes nationales ; aujourd’hui on nous explique que c’est un désastre si nous n’avons plus assez de bacheliers admis , mais à qui la faute ? Les évaluations récentes faites sur l’enseignement secondaire montrent que celui-ci n’est pas en meilleur état que le fondamental. On ne tient plus de conseils de classe, les enseignants et l’administration ne délibèrent pas sur les décisions de passage. Des études récentes ont montré qu’il n’y avait aucun lien entre les ressources qui étaient mises à la disposition des établissements et les résultats qu’ils obtenaient. La différence elle se fait ailleurs, dans la façon de gérer les établissements, la présence effective des enseignants, le respect des horaires et la création d’un projet d’établissement qui fédère les énergies. Nos enseignants doivent se sentir plus responsables moins portés sur le lucre, nos administrateurs plus attentifs et plus rigoureux. Car gérer l’éducation c’est essentiellement gérer le temps que doit passer l’enfant devant ses enseignants.

Etats généraux disent-ils
Enfin, la dernière au catalogue des aberrations, la reforme a été mal mise en œuvre en ce qui concerne le retour au bilinguisme. On a fait comme s’il y avait des enseignants aptes à enseigner dans les deux langues, alors qu’il aurait fallu restructurer les écoles normales pour qu’elles soient capables de former de vrais bilingues aptes à être de réels vecteurs du bilinguisme. On nous explique depuis quelques temps que les états généraux vont tout régler mais que l’on regarde autour de nous. Tous les pays africains ont eu leurs états généraux et l’école africaine est toujours en mauvais état. Il faut que l’éducation soit d’abord et avant tout l’affaire de tous et en premier lieu des parents. Ils doivent veiller à ce qu’apprennent leurs enfants à l’école ; ils doivent être conscients que les enseignants, les directeurs, le ministre sont comptables devant eux parce qu’ils sont la société. Ils ne peuvent et ne doivent plus se taire devant des absences répétées des enseignants, l’incompétence des directeurs. Sinon les états généraux seront juste une foire d’empoignes. Messieurs on ne demande pas la lune. Juste une chose : ENSEIGNER d’OCTOBRE à JUIN et les problèmes seront réglés. Qu’on cesse de nous parler d’APC , des salaires, de réforme……Enseignez SVP !

Isselmou Ould Moustapha


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