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Perspective alimentaire: 8,9 milliards d’humains à nourrir en 2050   
14/03/2007

Cette estimation de l’ONU est en baisse de 400 millions par rapport à ses prévisions antérieures. Motifs : la propagation du sida et d’une diminution anticipée des naissances dans le tiers-monde. Cette perspective apparaît sous un nouvel angle avec l’alarme des agronomes du monde entier qui s’inquiètent de la possibilité de nourrir autant de bouches, avec de nos jours plus de 2 milliards d’humains mal nourris et 843 millions «affamés»…



Augmenter les surfaces cultivées- Les terres arables représentent aujourd’hui 1,5 milliard d’hectares. Ce chiffre pourrait être presque doublé, selon l’étude prospective "World agriculture : towards 2030/2050" menée par la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture). S’appuyant sur des images satellitaires, l’étude estime à 2,8 milliards d’hectares l’ensemble des terres utilisables, avec notamment des terres disponibles en Afrique et en Amérique du Sud. Mais d’autres agronomes soulignent l’excès d’optimisme de cette thèse, en expliquant que les terres apparemment vides sont déjà utilisées en jachères par rotation longue des cultures, et que de ce point de vue, un seuil est déjà atteint.
Deuxième piste pour répondre au défi démographique, faire progresser les rendements moyens des surfaces cultivées. Une solution que la majorité des agronomes estime réalisable. Dans les pays développés, l’agriculture intensive permet des rendements élevés (de 2 à 10 tonnes par hectare). Mais ils ne pourront plus tellement progresser, et le modèle n’est pas transférable aux pays du Sud, où les faibles rendements ont de grandes marges de progression. L’usage des produits chimiques et phytosanitaires entraîne au Nord une forte pollution, et leur prix va forcément augmenter dans les trente à quarante prochaines années, du fait de la hausse du coût du pétrole. On se dirigerait alors vers une agriculture au coût énergétique élevé, disposant de peu d’engrais et devant économiser l’eau.

L’émergence d’une agriculture moins polluante- Pour les agronomes, il faut utiliser moins de machines, d’engrais chimiques et de pesticides - que d’ailleurs les paysans pauvres peuvent rarement se payer - pour inventer une agriculture écologiquement intensive qui tire un meilleur rendement sans dégrader les écosystèmes.
Une expertise pilotée par la Banque mondiale et regroupant 800 experts internationaux est actuellement en cours et va dans ce sens. Ce travail collectif, sous l’acronyme d’IAASTD (International Assessment of Agricultural Science and Technology for Development), devrait être publié fin 2007.
Ce nouveau modèle, dénommé écoagriculture, agroécologie, ou agroforesterie, pourrait faire doubler, sans moyens conséquents, les rendements des pays du Sud, là où la nécessité est la plus criante. Il repose sur la capacité des écosystèmes à se régénérer grâce à des associations de plantes différentes, avec des successions de multiples cultures au long des années... Dans le Sahel, les rendements peuvent ainsi être doublés, en associant la culture du mil et la plantation d’acacias.
Ces pistes concrètes pour répondre au défi démographique et agricole comportent cependant un certain nombre d’inconnues. Quelle sera l’ampleur du développement des biocarburants? L’utilisation à des fins énergétiques des sols pour la culture du maïs ou de la canne à sucre pourrait concurrencer des productions alimentaires. Autre incertitude, l’amplitude du changement climatique annoncé - auquel, d’ailleurs, participe l’agriculture chimique, en émettant des gaz à effet de serre avec les tracteurs, les engrais et autres transports d’aliments d’un bout à l’autre de la planète.

Mamoudou Lamine Kane


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