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La fin du Ribat (Vème partie) : Le déclin des Mourabitounes    
14/03/2007

Les traditions rapportent que la fondation par les Tajakanet de la mystérieuse cité de Tinigui a été l’une des conséquences du désastre subi par les Almoravides.D après Ibn Hamidoun (Moctar) «le quart de l’armée des Almoravides était constitué de la tribu des Tajakanet». Cette appellation a été déformée par les sources en employant le terme Tilikanet lequel évoque le nom du commandant almoravide Moudrik Attilkany appartenant à la tribu précitée. C’est du moins, ce qui semble résulter des indications apportées par Ahmed ibnou Khaled Annassiry dans son célèbre livre : Al Istiqsa fi Akhbar Al Ma Ghrib Al Aghssa.



D’ailleurs, l’illustre Ibn Khaldoun cite cette filiation au sujet de la conquête du Maghreb central (en 472 H – 1079 ap. JC ) en précisant que «le commandant de l’armée de Youssef ben Tachfin était Mazdeli ibnou Tilikan ibnou Mohamed, ben Wergout (tergout) appartenant à l’une des branches de Lemtouna » .
Il est bien permis de penser que les sources parlent du même commandant.
La chute des Almoravides fut suivie d’une série d’insurrections contre le nouveau pouvoir Almohade dont la première manifestation apparut à travers ‘‘ la révolte du Sahraoui’’ dont l’instigateur est connu sous le nom de «Ould Sahrawiya» qui veut littéralement le fils de la Saharienne.
Le dirigeant de la révolution sahraouie a porté l’étendard des Almoravides et a réussi, en leur nom, à rassembler tous les opposants et autres ennemis des Almohades.
Ce commandant almoravide, qui fut aussi courageux que dérangeant, était le petit fils de Youssef ben Tachfine . (Son père est Mohamed ben Abu Bakr ben Youssef ben Tachfine et sa mère est une sahraouie) et on lui attribua, conforment à un usage établi chez les Almoravides, un surnom qui le rattache à sa filiation maternelle.
Suite à la mort de l’émir Brahim ben Tachfine lors du blocus de Marrakech, le fils de la sahraouie, estimant que le pouvoir lui revient de droit en tant qu’unique héritier légitime de ben Tachfine , s’est, d’emblée, proposé pour assumer la tache émirale. C’est, d’ailleurs, pour cette raison, que la monnaie fut frappée en son nom dans le territoire de Ceuta où il se trouvait au moment de son auto proclamation.
Le fils de la sahraouie a organisé une forte résistance à Iszoul situé dans le territoire de Dukkala avant de fuir avec les chefs de ce territoire en direction du Sousse. De même, tous les cavaliers de cette révolte ont pris la fuite devant l’avancée dévastatrice du Roi almohade Abdel Moumen lequel a fini par écraser les gens de Dukala dont les femmes ont été capturés et vendues.
C’est dans ces terribles conditions que le révolutionnaire saharien réussit à échapper et à s’enfuir vers le grand désert.
A l’instar de ce rebelle, d’autres Almoravides se sont, par la suite, révoltés contre les Almohades et certaines sources vont jusqu ’à plus de trente insurrections qui ont été déclenchées au sud et aux confins du Sahara.
Parmi ces révoltes, il conviendrait de signaler celle des Jezoula laquelle fut dirigée, en 548 H-1153 ap. JC, par un certain Abu Bakr ben Omar lequel fut rapidement tué par les Almohades.
Juste après cette insurrection ce fut au tour des habitants de Assrir situé au territoire des Lamta et des actuels Tekna de se révolter sous l’impulsion de Ak Anky Al lamty . Mais tout comme la précédente, cette tentative de renverser le nouvel ordre Almohade n’a pas pu aboutir.
D’ailleurs, les Almohades ont selon les mêmes sources qui traitent de la résistance almoravide maté la révolte du redoutable sultan des Lemtouna, Mohamed Ahogar lequel opposa, dans le Wad Noun, Territoire des actuels Tekna, une farouche résistance aux armées Almohades.
Il est fort probable que cette révolte aie eu un lien avec les Sanhadja du Sahara dans la mesure où le nom de son instigateur indique qu’il originaire du Hoggar dans lequel se trouvent les tribus Iyou Lemden (ilemten) qui ont conservé les traditions almoravides.
D’ailleurs l’une des couches sociales composée des dignitaires de ces tribus s’appelle ilemten ou ilomit en référence aux liens familiaux avec les lamta. Ces indications sont, en tout cas, conformes aux récits des sources relatives aux révoltes almoravides qui ont été animées par de nombreux lamta.
Ces révoltes déclenchées dans le cadre d’une forte résistance que les Almoravides ont opposé au nouveau pouvoir Almohade se sont poursuivies durant un demi siècle sous l’impulsion de nombreux guides révolutionnaires dont le plus célèbre est, sans doute, Ibn ou Ghanniya.
Ce nom, porté au service d’un long combat par les membres d’une famille ainsi que par les descendants de celle-ci a été attribué à une révolution qui va à partir des îles Baléares se propager dans l’Afrique du Nord avant de se terminer par une fuite vers le désert des Sanhadja.

Hamahou Allah 0uld Salem
Professeur à l’Université de Nouakchott, lauréat du prix Chinghuit 2006
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(A suivre)


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