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La fin du Ribat (IIIéme partie) : le déclin des Mourabitounes par Hamahou Allah Ould Salem Professeur à l’Université de Nouakchott   
27/02/2007

Attakrouy, le Toucouleur?

Selon Ibnou Adhary, Abou Bakr avait deux fils. Le premier qui s’appelait Brahim et dont «la mère nous est inconnue, avait la peau noire». Il se peut que le surnom «Attakroury» lui a été attribué en raison de sa filiation maternelle. Dans ce sens, Léon l’Africain rapporte que les ancêtres des rois du Mali se sont convertis à l’Islam durant le règne de Abou Bakr Ibnou Amir que le chroniqueur considère, par erreur, comme étant l’oncle de Youssef Ibnou Tachfin, le roi du Maghrib.



Dans la même source, il est question d’une fille d’Abou Bakr qui été donnée en mariage au roi des Mandingues, lequel venait de se soumettre à l’Islam. Il semble, donc, que la dynastie princière qui fonda le Royaume du Mali se rattachait à une filiation almoravide mais cette dynastie, qui s’est affaiblie et qui a été soumise par les Songhaï, a perdu son pouvoir et sa fortune.
Sur cette décadence qui a frappé les Almoravides et leurs descendants Ibnou Khaldoun précise que «Ceux d’entre eux, (les Mourabitounes) qui sont restés au Sahara ont renoué avec leur situation antérieure marquée par les divergences et les dissensions». Ils sont, à présent, poursuit-il «soumis au Rois soudanais aux quels ils payent un impôt foncier en contre partie d’une protection». En apparence, ce qui semble être visé par le texte de Ibnou Khaldoun ce sont les tribus Messoufa et leurs frères Touaregs qui se sont soumis au royaume du Mali, puis au royaume Songhaï qui en fut l’héritier partiel, et qui ont joué un rôle similaire à celui des tribus du Makhzen au Maroc. La preuve de cette conclusion découle du fait que Ibnou Khaldoun connaissait parfaitement la situation de la partie Est, frontalière du Bilad Assoudan, du territoire des hommes voilés.
La position que le grand historien occupait dans les cabinets Mérinides et Hafsides lui permettait, en effet, de recueillir les renseignements sur cette partie du territoire, à partir des données fournies par les missions diplomatiques qui étaient installées au Soudan. De même, l’obtention de ces renseignements était facilitée par la fluidité du chemin qui liait le Soudan au Maghreb qui passait par la région du Touat algérien à partir de laquelle des routes secondaires mènent à Telmçan, à l’Ifriqiya et autres régions du Nord.
A la même époque, un autre chemin qui conduisait en partant de l’Est de l’actuelle Mauritanie vers le Nord en passant par l’Adrar et en direction de Wad Draa (actuel Maroc) a été abandonné suite à l’effondrement de l’Etat Almoravide et à l’apparition des Arabes Maghil sur l’axe du Tafilalet-Sousse. C’est ce qui explique, en partie, le silence des sources sur la situation de la partie Nord du territoire des Sanhadja qui comprend les régions allant du Wad Draa passant par la Saguia Al Hamra jusqu’aux confins sud de l’Adrar.
Nous savons par Mohamed Mbarek Al Lamtouny (m.1873) qu’après la mort d’Abou Bakr, l’allégeance fut accordée à son fils Mohamed qui fut, par la suite, destitué.
Le successeur de celui-ci s’appelle Al Khadir Ibnou Youssef qui régna durant quarante ans. Puis vint le fils de ce dernier dénommé Otba dont le règne dura soixante ans et auquel a succédé, pour une durée de Trente ans, son fils connu par son surnom Enna. Après celui-ci l’allégeance a été accordée à Mohamed Al Bambary Al lamtouny lequel, après vingt ans de règne, démissionna suite à la défaite qu’il essuya lors d’un conflit interne.
Il semble que ce conflit a provoqué une division de l’Etat des Mourabitounes entre quatre seigneurs de guerre qui sont respectivement Beylga (duquel dériverait le terme hassanya Mabloug, toujours en usage et qui signifie Orgueilleux ou vaniteux), Ahmed ibnou Mohamed, Amar Ibnou Bady Al Bambary et Lemrabit Achfagha Al Hachimi Al Alawi Ses derniers noms figurent dans la généalogie de la tribu actuelle des Lemtouna.
Un certain lien avec l’ismaélisme chiite
Cet éclatement de l’Etat almoravide porte dans ces germes la constitution des quatre Emirats lemtouniens qui, dans un autre contexte que nous évoquerons ultérieurement, tomberont, plus tard, sous les coups répétés des Hassanes.
A présent, il faudrait noter que Al mourady (Al Hadramy) qui fut le plus grand idéologue connu du Mouvement almoravide et qui était intimement lié à l’émir Mohamed ben Yahya ben Omar avait pris le soin d’élaborer une sorte de manuel didactique destiné à enseigner aux petits princes des Mourabitounes, les fondements de la politique et pour leur indiquer les chemins qui conduisent au pouvoir.
Il se peut que la tendance machiavélique avant l’heure qui s’exprime dans ce traité politique intitulé «Al Ichara vi Adab Al Imara» aie contribué à l’aiguisement des rivalités au sein de la classe dirigeante des Mourabitounes. D’ailleurs, l’auteur, lui même, se transformera à la fin du XVII eme siècle en mythe suite au rêve fondateur d’une légitimité religieuse et politique de l’Imam Al Madjdhoub (en état d’extase mystique) dont l’œuvre contient des traditions chiites et ésotériques qui, à l’instar du concept des sept Imams, conduisent à penser à l’existence d’un certain lien avec l’Ismaélisme.
(A suivre)


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