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La fin du Ribat: Le déclin des Mourabitounes (1ere partie), Par Hamahou Allah 0uld Salem Professeur à l’Université de Nouakchott   
11/02/2007

Le concept du Ribat soulève une difficulté d’interprétation. Il est généralement admis que cette notion dont dérive l’appellation des Mourabitounes (Almoravides) en référence à une fortification qui aurait été édifiée au bord de la mer ou prés des confins du Sahara et à l’intérieur de laquelle ces moines du désert exerçaient des activités cultuelles et mystiques. Mais l’unique fondement d’une telle interprétation résulte du fait que la même expression a été employée par Ibnou Zar’e (m.1325) dans son récit relatif à la retraite que Ibnou Yacine effectua en compagnie d’un groupe d’adeptes prés du fleuve ou de l’océan.



Bien que dénuée de tout fondement, cette vision d’un Ribat-fortification a été adoptée, avec un style distingué, par l’illustre Ibnou Khaldoun lequel fut le premier à avoir donné au récit précité une stupéfiante crédibilité. Quoi qu’il en soit, les historiens modernes ont classé l’opinion qui considère que les Mourabitounes (Almoravides) signifie ’’gens du Ribat’’. La preuve irréfutable de l’inexistence physique de ce ribat a été apportée par les fouilles archéologiques qui ont été effectuée dans l’île de Tidra et qui n’ont trouvé aucun indice susceptible de confirmer la thèse de Ibnou Zar’e .Les recherches les plus récentes qui ont porté sur la question du Ribat et sur les origines de ce concept semblent , plutôt, suivre l’avis d’Al Bakri pour lequel, l’expression se rapporte , dans l’esprit des Almoravides, à la guerre sainte (djihad) ainsi qu’ aux forces impliquées dans cette guerre. Dans ce cadre, le chercheur Mories Faryas a , brillamment , démontré que le concept Ribat dérive , en fait, du sens coranique originel du terme lequel n’a aucun lien avec les infrastructures fortifiées qui sont apparues , ultérieurement, sous la même appellation. Il convient, donc, de rappeler qu’à l’origine le terme Ribat est intiment lié au Djihad. A la base de ce lien se trouve l’idée de regrouper les chevaux en vue de préparer la guerre ou celle d’organiser les combattants dans le même but.  Une pareille tradition aurait été, à notre sens, transmise telle qu’elle à Ibnou Yacine par ses premiers Maîtres et, en particulier, par Wegag. Ibnou Zellou Al Lamty.

Ribat conceptuel ou physique ?

Il est en tout cas, admis que Wegag , nom berbère qui équivaut en arabe à Ibnou Talib était , bien avant l’apparition des Almoravides, parmi les disciples de Ibnou Teyssibt, qui furent , à Agmat,engagés dans un mouvement de djihad contre les Barghwatas. C’est ainsi que Wegag aurait acquis la tradition de Al Mourabata qui était liée au djihad précité et qui s’était enrichie, profondément, des savoirs qu’il avait recueillis auprès de Abu Umran Al Fassi.
Cette expérience a, d’ailleurs, permis à Wegag de fonder un ribat dénommé ’’maison des murabitounes’’. Il se peut que cette fondation ait constitué la forme la plus achevée des traditions ’’murabata ’’ dans le pays du Maghreb. Compte tenu de ce qui précède, il est permis de penser que l’expression Mourabitounes désigne, en fait, l’ensemble des enseignements liés à la prédication de la vérité ( Dawatou al Haq) qui constituait un slogan pour les adeptes du mouvement. L’idée d’un Ribat conceptuel nous parait plus fondée que celle d’un Ribat physique ( école ou fortification) qui n’a jamais été démontré. Cela dit, il faut signaler que la cité de Ar teneny (Terenny, actuellement) située à l’Est de l’actuelle Mauritanie a connu l’un des plus anciens Ribat, dont l’historicité n’est pas contestée, des Almoravides. De même l’usage de l’expression qui se trouve, assez souvent, dans les sources médiévales et à travers les récits locaux, semble viser un trait distinctif des tribus ayant porté l’étendard de la prédication par opposition aux tribus ayant réfuté cette nouvelle prédication dés sa prime apparition au Nord. Les premiers Mourabitounes objet de l’usage en question seraient , exclusivement, les Lemtouna qui se sont distingués dans la formation du mouvement almoravide, par rapport aux autres tribus, notamment les Messoufa , qui ont été impliquées dans la prédication inaugurale. La raison de cette distinction accordée aux Lemtouna, précurseurs de l’Islam almoravide, découle du rôle d’avant-garde qu’ils ont joué aussi bien dans le commandement de l’aile militaire de la prédication que dans l’exercice du pouvoir au Nord puis au Sud. D’ailleurs, comme le souligne Sidi Mohamed Al Khalifa Al Kounty (m.1826) dans son livre intitulé ’’Al Ghallawia’’ dans lequel il évoque les Emirats lemtouna au Sahara du XIV eme siècle le terme lemtouna restera, bien après l’effondrement de l’état central des Almoravides et durant long temps, accolé à l’ensemble des tribus mourabitounes. Toujours est-il que la fin de ce ribat qui correspond au-delà de la chute du premier Etat almoravide au Sahara des Hommes voilés, à un déclin d’un élan unificateur animé par un mode de pensée rigoureusement djihadien, s’est traduite par une recomposition du paysage politique Sanhadja qui devrait, plus tard, aboutir à la guerre entre les Lemtouna et les Hassanes.

(A suivre)


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