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Le pouvoir des hommes voilés (III eme partie) : Les Sanhadja de la tribu à l’Etat (VII eme au XI eme siècles)   
02/01/2007

Le conquête de Oqba a, sans doute, secoué l’équilibre de l’ordre Sanhadja . Le territoire des hommes voilés, lesquels ont découvert la nouvelle religion à la suite de cette conquête, fut, ainsi, rattaché à la maison de l’islam (Dar al Islam) et mêlé, d’une façon ou d’une autre, aux convulsions  politiques consécutives au progrès de  l’islamisation  dans l’ Afrique du Nord.  Mais de nombreuses entités politiques fondées, ultérieurement à cette islamisation, par les Sanhadja ont évolué loin de l’influence de  l’islam conquérant.



Le Royaume de l’Awkar (Sud Est de l’actuelle Mauritanie)

Parmi ces entités, il convient de citer le royaume de l’Awkar. Cette expression qui se signifie, en parler  Hassaniya, «les grands cordons dunaires étendus» est d’origine berbère et veut dire  «abreuvoir» qui correspond  à l’appellation arabe «Hodh» laquelle désigne une région située au Sud Est de l’actuelle Mauritanie. La capitale de ce royaume, fondé par les hommes voilés, fut Aoudaghost qui signifie «la sudiste». Ces Sanhadja du désert étaient dirigés par la tribu de An Bita ( Al Anbat). La dynastie régnante, rattachée à cette tribu, est connue sous l’appellation «Wer Tandagh» ou «Wer Tacen» que les sources des géographes arabes  ont transcrit par l’expression «Wer Tantagh». De cette dynastie descend «Terjout» qui est l’ancêtre  commun aux princes almoravides : Abu Bekr et Yahya fils de Omar et leur cousin Youssef ibnou Tajfit ( Tachfin) ainsi que les descendants de celui-ci. Il faut souligner que l’actuelle collectivité des Tendgha appartient à cette vieille dynastie dont elle a, d’ailleurs, conservé le nom.
Bien avant l’apparition du mouvement almoravide, le prospère royaume de l’Awkar a été engendré  par un regroupement de confédérations politiques dont l’influence a été considérable sur l’ensemble Sanhadja.
 Parmi les plus anciens auteurs qui citent le  royaume de l’Awkar, il convient de mentionner, d’abord, le  grand voyageur Al Yacoubi  qui parle du « territoire des Nbita et de leur base «Aughost» (Aoudaghost) dont le roi n’a aucune religion et qui razzie le territoire des noirs».  Ensuite, ce fut Assaoudy (956 ap JC)  qui rapporte que d’après Al Fezzazy (788 de l’ère chrétienne) , le nom Nbita désigne les territoires situés entre Sijilmassa et le Royaume du Ghana, ce qui correspond , à peu prés, à l’ensemble ouest du Sahara.
Les descriptions faites par les voyageurs arabes indiquent que derrière l’ambiguïté de l’appellation «Nbita» se cache l’une des plus anciennes confédérations berbères de l’Afrique de l’Ouest. A ce sujet Ibnou Khaldoun confirme que cette confédération regroupait les Messoufa, les Lemtouna et les Gdala.

L’Etat des Sanhadja et ses relations avec les Fahrides (743 – 772 ap. JC)

De manière effective, les premiers contingents de la conquête islamique sont ceux qui  réussirent, en 737 après JC , à s’enfoncer dans le Sahara. La première expédition fut dirigée,  sous le règne en Afrique du Nord de Abdullah ibnou Al habhab, par  Obeidata ibnou Oqba ibnou Nafi’e  Al fahri ou , probablement , par son fils Abderahmane .
Mais c’est à partir de l’an 747 ap.JC que le Sahara des Sanhadja a été soumis  par les Fahrides sous le règne de Abderrahmane Ibnou Habib. A cette époque le Royaume des Sanhadja était dirigé par Terjout ibnou Wer Tacen ( Wer Tendagh) Ibnou Mansour ( m. 775 ap. JC) . Son successeur fut son fils Ibrahim Ibnou Terjout.
A la suite des graves événements qui ont déstabilisé le pouvoir fahride vers 757 de l’ère chrétienne, les Sanhadja ont proclamé  la sécession de leur propre Etat  tout en reconnaissant  l’autorité du califat islamique durant le règne d’autres gouvernements du Maghreb islamique.  Après Ibrahim ibnou Terjout, le royaume fut dirigé par Titlakakkin dont le nom figure dans la généalogie des rois d’Aoudaghost ainsi, d’ailleurs, que celle des ancêtres des chefs du mouvement almoravide notamment les Lemtouna.
Mais le premier dirrigeant des Sanhadja qui exerça le pouvoir, de manière indépendante, au Nord du Sahara fut Tyolitan ibnou Titlakakin  de la tribu des Lemtouna. Les sources qui font remonter la filiation de ce roi  à Massala Ibnou Mansour ibnou Wesnu Ibnou Nizar évoquent son long règne qui s’exerça, à partir de son centre d’influence situé à Aoudaghost, sur l’ensemble du Sahara ainsi que sur une vingtaine des royaumes soudanais.  Après sa mort , à l’age de 80 ans, le  pouvoir fut dévolu,en 900 ap JC ,  à son petit fils Al Athir Ibnou Batin . Son fils Tamim fut le dernier roi qui dirigea les tribus Sanhadja jusqu’à 918  ap JC date à laquelle il a été tué à la suite d’une révolte des notables dont les causes demeurent inconnues.
Il est, par contre, établi que, durant  ses périodes de puissance, le royaume des Sanhadja soumettait l’empire  du Ghana au payement des impôts . Cette imposition s’appliquait , particulièrement, à  Koumbi Salah laquelle était la seconde capitale de l’empire et qui a été fondée par l’un des ancêtres des Chérifs de Tichit dont la filiation remonte au Chérif Salah Al Akheidry descendant de Moussa Al joun de nationalité idrisside.
 Les tribus Sanhadja se sont engagées , après l’assassinat de Tamim, dans un conflit fratricide qui a duré 120 ans avant de retrouver leur unité sous le règne du prince lemtouna Abdullah ibnou Tifawout (m.1035 ap JC)  connu sous le nom de Tarchenni dont le pouvoir n’a duré, cependant, que trois ans. Il est couramment admis que son successeur fut son gendre  Yahya Ibnou Ibrahim Al Gdaly,  lequel malgré l’appellation évoquant une origine Gdala serait plutôt, de notre point de vue, un Lemtouna. Toujours est il que c’est à ce chef Sanhadja que revient le mérite d’orienter ces tribus, dont l’islam était à cette époque superficiel, vers l’islam sunnite lequel a été propagé sous l’impulsion de l’illustre prédicateur Abdullah ibnou Yacine.

Le mouvement des Almoravides 1035 -1145 ap. JC

L’intérêt d’étudier le mouvement des Almoravides se confond avec celui  qu’inspire l’histoire  de l’actuelle Mauritanie aussi bien en ce qui concerne le processus général de l’évolution de ce mouvement qu’en ce qui concerne ses conséquences.
Mais dans ce domaine, nous allons concentrer notre éclairage sur la  question du «Ribatt» ainsi que sur sa portée probatoire et conceptuelle.
Il existe, en effet,  un lien solide entre cette question du Ribatt et les problématiques des «Zawayas» ainsi que les traditions almoravides ( maraboutiques?) qui seront examinées ultérieurement. En outre, une telle approche permettrait de jeter la lumière sur les effets, à long terme, du mouvement almoravide aux niveaux culturel et social.

Les origines du mouvement almoravide

Il est communément admis que le mouvement almoravide trouve son origine effective dans le pèlerinage du leader Sanhadja Yahya Ibnou Ibrahim qui , contrairement à une opinion répandue et comme , nous l’avons souligné, était issu de la tribu des Lemtouna et non de celle des Gdala. A l’appui de cette affirmation, il convient de signaler que les notes disponibles écrites par  «Asserter», qui fut l’un des meilleurs connaisseurs  de l’histoire et de la filiation des Almoravides,  rattachent le fondateur du mouvement  à Brahim ibnou Tergout Al lamtouny.
Quoi qu’il en fut, l’illustre chef Sanhadja a, sur le chemin du retour, visité le centre universitaire «Al Kairawan» dans lequel il a eu une rencontre avec la maître du malikisme Abus oumrane Al Fassi (m. 1039 ap. JC) au cours de laquelle il sollicita, auprès du maître, les services de l’un de ses disciples qui accepterait de l’accompagner au Sahara afin d’enseigner  à ces compatriotes les devoirs religieux qu’ils ignoraient
On rapporte à ce sujet, qu’ en raison du fait que la rigueur des conditions de vie dans le territoire des Sanhadja était , à elle seule, susceptible  de décourager les éventuels candidats à une aussi rude mission, le Gand maître a orienté son visiteur vers l’un de ses disciples  nommé Weggag ibnou Zellou Al lamti qui résidait alors dans le Sousse. C’est  dans cette région de l’actuel sud marocain que  Yahya ibnou Ibrahim fit la rencontre  déterminante avec Abdullah ibnou yacine dont le nom est intimement lié à la naissance du mouvement almoravide.  
(A suivre)


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