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Le pouvoir des hommes voilés(IIème Partie): Les Sanhadja, de la tribu à l’Etat (du VIIème au XIème siècles)   
26/12/2006

La mythique traversée du Sahara des Sanhadja du voile (Sanhajatou Al lithami) que  les poètes de l’actuelle Mauritanie ont inscrit dans la gloire, déjà immense, du Grand conquérant Oqba semble, à en croire les anciennes sources arabes, se limiter à l’extrême nord du territoire concerné.
Ainsi, Ibnou Abdel Hakam estime que Oqba a envahi le Sousse en précisant que «les gens du Sousse sont des berbères qu’on appelle Anbita et que Oqba a sillonné leur territoire sans rencontrer la moindre résistance».



Dans le même sens Ibnou Khaldoun soutient que Oqba le conquérant «a avancé jusqu’au Sousse pour faire la guerre aux Sanhadja, les gens du voile (Ahlou Alithami) lesquels étaient, à cette époque, des adeptes du paganisme. Oqba pénétra dans leur territoire jusqu’à la localité de Taroudant écrasa les attroupements des berbères et dépassa le Sousse pour combattre et razzier  les  Messouffa avant de revenir en mettant un terme à ses campagnes.».
Sur cette question, les différentes sources disponibles n’apportent pas d’autres éléments qui méritent d’être cités. En effet, malgré les résultats de certaines  récentes recherches, la conquête du Maghreb par Oqba continue, elle même, de susciter de multiples interrogations.
A ce sujet, Salah ibnou Abdel Halim, auteur d’un livre intitulé «Al Ansab» (les généalogies) évoque, avec des détails qui ne manquent pas de précision, la pénétration de Oqba au Maghrib, ses randonnées dans le territoire Haskoura, son arrivée au Sousse et son retour de ce pays.
Le récit de Ibnou Abdel Halim se fonde sur des traditions orales liées à des événements locaux. C’est, d’ailleurs, pour cette raison que  Provençal, qui l’a publié dans le premier numéro de la revue «Arabica» en 1954, estime qu’il s’agit de l’un des récits les plus proches de la réalité, les moins affectés par le mythe et par conséquent le plus crédible.
Ce débat relatif à la conquête de Oqba a été, partiellement, traité par le Chercheur émérite Ahmed Atowfik dans son illustre thèse intitulée (La société marocaine du XIXeme siècle. pages 58- 59 – 86). .
A. Atowfigh a notamment souligné «qu’il serait bien difficile de croire les récits qui font état d’une facile pénétration –effectuée en vue de propager une nouvelle religion- dans les profondeurs d’un territoire dont les passages montagneux sont quasiment inaccessibles et qui est habité par des populations aussi nombreuses que soudées».
 Dans le même ordre d’idées, l’érudit Mohamed Ould Mouloud Ould Daddah Chennafi confirme que «la collectivité Massouffa se regroupait , essentiellement,dans les confins du Sousse. Ce positionnement géographique  implique que les armées conquérantes avaient réduit la puissance des tribus du voile (qaba’ilou alithami) dans les contrées de l’extrême Nord du Sahara. Les armées de Oqba qui ont été à l’origine de cet exploit n’ont pas eu, par conséquent, besoin d’avancer en profondeur vers le Sud. Ces armées n’ont pas, en tout cas atteint les domaines des Sanhadja connus sous l’appellation Nbita » qui désignait, à cette époque, le Sahara des Mutalithimoun (les hommes voilés).
 Cette appellation, liée à l’influence du Royaume d’Aoudaghost, se trouve au cœur des récits relatifs à d’autres campagnes qui ont été déclenchées à partir du Sousse en direction du Sahara et qui auraient atteint l’embouchure du fleuve Sénégal dans l’extrême Sud-Ouest mauritanien.
La plus connue de ces campagnes serait celle qui a été évoquée par Abu Al Khatab al Azadi (mort en 762) lequel a rapporté que d’après un récit attribué à Ibnou Al faghih, le commandant arabe Al mouchteri ibnou Al Assouad avait affirmé ce qui suit: «A partir de l’extrême Sousse, j’ai razzié une vingtaine de fois le territoire de Nbita  et j’ai vu le Nil (fleuve Sénégal) qu’une dune sépare du vide béant» .
Pour ce qui concerne le territoire des Mutalethimoun (les hommes voilés) qui correspond, en grande partie, à l’actuelle Mauritanie, il est bien permis de considérer que les campagnes du commandant arabe précité constituent l’une des plus importantes étapes de la conquête islamique. Il se peut que ces campagnes se sont déroulées sous le règne du gouverneur du Sousse Obeid Allah ibnou Ismaël ibnou Al hijab en peu avant 739 après JC.
Outre les exploits du commandant Al Mouchetri , il est établi que des campagnes dirigées par des proches descendants de Oqba ont atteint le territoire des Sanhadja. Parmi ces campagnes, il conviendrait de citer celle qui a été effectuée par Habib ibnou Obeidata ibnou Oqba et qui a atteint les environs d’Aoudaghost .
A l’issue de cette campagne, le petit fils du grand conquérant est revenu  avec des impressionnantes quantités d’or et de nombreux captifs. Il convient de noter que dans la désignation qualitative de ce fabuleux butin, les sources ne manquent pas de citer deux servantes de  la race «Agan». Ce terme berbère  dérive, semble-il, de l’expression employée par les Sanhadja pour appeler leurs voisins noirs. L’origine de l’appellation provient du mot «gnawa» duquel dérivent d’autres concepts, en usage dans le territoire des Sanhadja, comme Agni, Tagant, ignin etc, et qui renvoient souvent à la forêt, aux concentrations d’arbres et, parfois, aux lieux  habités par les Noirs comme Ghana, Guinée etc..
On rapporte, également, que les nombreux puits qui se situaient sur le chemin d’  Auodaghost ont été creusés par Abdel Rahmane ibnou Habib ibnou Obeidata ibnou Oqba lequel a, par le biais de cet investissement, facilité le mouvement des caravanes ainsi que la multiplication des activités des prédicateurs musulmans.
Il est, en tout cas, admis que les différentes campagnes, ultérieures à celles de Oqba, qui se sont déroulées dans le Sahara, ont été, principalement, dirigées contre la confédération des Sanhadja qui était, alors, dirigée par les illustres nobles lamtouna «Anbita» (Al Anbat). D’ailleurs les sources n’évoquent plus d’autres campagnes après celles qui ont abouti à la dislocation de cette puissante confédération. Faut-il penser que les habitants du Sahara ont, depuis lors, été soumis à une catégorie de gouvernement (imamat) acceptable d’un point de vue islamique et, par conséquent, capable d’assurer aux populations une protection contre l’atrocité des conquérants arabes?
Un cas de figure d’autant plus probable que des chroniqueurs de l’époque  concernée soulignent que «les Sanhadja suivaient la Sunna et qu’ils étaient en état de «djihad» contre les gens du Soudan» et que le président de leur alliance, Abdullah ibnou Tfawt était considéré parmi «les gens honorables, pieux qui vont en pèlerinage et font le djihad».
Il faut, cependant, signaler que cette allusion à un islam «sunnite» et  à une «guerre sainte» contre les  idolâtres du Soudan n’implique pas une islamisation achevée des Sanhadja pour la simple raison que le déclenchement du mouvement almoravide, survenu plus  tard chez eux, était essentiellement, une réaction à une islamité assez superficielle.
 Le «sunnisme» des Sanhadja évoqué  par les chroniqueurs des débuts de l’islamisation pourrait même, à la limite, traduire le souci de les distinguer d’autres groupements voisins soumis aux multiples cercles de prédication religieuse et rituelle qui étaient, pendant ce temps, éparpillés dans les environs du Sahara.
A partir de cet à priori, les écrits relatifs aux Sanhadja ont institué la tradition qui veut que ceux-ci soient classés parmi les «sunnites» les auteurs de ces écrits du début de l’islamisation n’ont, en tout cas, jamais  rattaché les Sanhadja du voile (Sanhajatou Alithami) aux différentes sectes et autres rites schismatiques de l’islam. (Kharidjites, Shiites, Zaydites etc.) .
 Pourtant, à la même époque, les fervents prédicateurs dissidents étaient, particulièrement actifs aux alentours du territoire des hommes voilés.
  Hamahou Allah Ould Salem
 Professeur d’Histoire à l’Université de Nouakchott, Lauréat du prix Chinguitti 2006

                                      (A suivre)


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