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Histoire : Le pouvoir des hommes voilés (du VII eme au XI eme siècles),   
14/12/2006

L’évolution politique du territoire des  Hommes voilés ou «Al moutalathemoun »   a été le produit d’une accumulation de plusieurs expériences qui ont contribué à la formation des confédérations tribales dont la plus connue reste, sans doute, celle qui a été constituée par les tribus «Nbita» -Al Anbat- les quelles  fondèrent  un royaume dénommé «Awkar»  avec Aoudaghosth comme capitale   au Sud-est de l’actuelle Mauritanie.



Les  nombreuses tribus des «enturbannés»,  qui se sont  rassemblées sous forme de diverses confédérations et dans des territoires bien délimités, ont donné, à cette haute époque, naissance au peuple Sanhadja.

Les hommes  voilés ou le peuple Sanhadja : origines et organisation

Il est communément  admis que les Sanhadja ont été appelés  «les hommes voilés» à fin de les distinguer de leurs cousins aux  têtes nues et qui, à la même époque, résidaient à l’extrême  Nord du  Grand Sahara. On ne sait pas grand-chose  sur la première adoption du voile, ni d’ailleurs, sur sa véritable signification mais on sait qu’il a été unanimement, considéré comme le symbole du peuple Sanhadja et des territoires sahariens de celui-ci.
A ce  sujet  Al Bakri ( Cordoue – 1057)  rapporte que «tous les membres des tribus du Sahara portent un voile pour se couvrir entièrement  au niveau de la tête et du visage à tel point que seules les orbites des yeux restent apparentes. Ils gardent en permanence ce  voile et ne l’enlèvent sous aucun prétexte. Il leur serait, d’ailleurs, impossible d’identifier celui , parmi eux,  qui se dévoile même parmi ses plus proches . De même, au cours des combats si l’un des leurs  tués se dévoile, il ne pourrait être identifié qu’après que son voile soit remis à sa place. Ce voile est devenu partie intégrante de leur corps ( Alzamou lahoum min jouloudihoum ) . Pour ces gens, tous ceux qui ne portent pas ce voile sont désignés par une expression qui signifie, dans leur langue, «bouches de mouches».
Plus précise a été la description faite par Ibnou Khaldoun ( mort en 1406) lequel , malgré  le fait qu’il aie vécu à une époque assez postérieure au temps des hommes voilés et celle de leur Etat, a écrit , à leur sujet, ce qui suit : «cette classe des Sanhadja des Moutelethimoun ( les Hommes voilés) qui résident derrière les sables sahariens du Sud, Ils ont été, depuis des temps inconnus, bien avant la conquête (islamique),  éloignés dans ces domaines. Ainsi, ils ont adopté la vie au désert, en remplacement de celle des campagnes,  et ils ont trouvé  une entière satisfaction dans ce nouvel environnement. De même, ils ont abandonné les plaines fertiles et se sont contentés du lait de leur bétail ainsi que de la viande de celui-ci.  Poussés  par une allergie  à l’essor citadin et par un désir de solitude, ils ont opté pour un mode de vie sauvage qui leur permet de conserver leur fierté  et les met à l’abri du sentiment de défaite et d’humiliation. Ils ont investi les environs du rif et occupé le territoire qui se situe entre le pays des berbères et celui des noirs en constituant un rempart. Ils ont adopté le voile qui est devenu pour eux un symbole et un signe distinctif par rapport aux autres nations ».
Il convient de souligner que la désignation Sanhadja équivaut à une arabisation du terme Amazigh  «Iznaguen» lesquels forment avec les Masmouda ( Masmouden) ainsi que les Zenâta ( Iznaten), les principales confédérations tribales des Amazigh du Grand Maghreb.
Il résulte des recherches effectuées par Soudghi Ali Aziacou, que l’origine des noms attribuées à ces principales confédérations ne  découle pas de leur filiation mais plutôt de leur mode de vie. Dans ce sens, il estime que le concept berbère  «Iznaguen» ( Sanhadja )  est composé de «IZN» qui signifie tentes en cuir et «IGN» qui veut dire razzieurs ( ou qui désignent ceux qui lancent des assauts).   La composition du concept se fait suivant la formule IZN+IGN  qui a subi  l’amplification  caractéristique  des dialectes  des Sanhadja, lesquels,  prononcent, en particulier, la lettre Z de manière assez accentuée.  Le mot «Iznaguen» peut donc signifier  «les tentes des gens qui font des assauts». Ce genre d’activités est, en tout cas, bien fréquent chez les nomades du Sahara.
Dans un autre sens, le terme  «IZN»  voudrait dire envoyer et «IGN»  serait employé pour désigner «une troupe  informelle d’hommes  qui se rassemblent de manière improvisée à fin de déclencher une  opération de guerre dans un but de pillage».
Il semble que le mode de vie était particulièrement difficile pour les pasteurs Sanhadja du Sahara ce qui a eu pour effet de susciter leur intérêt pour le commerce, pour l’organisation des caravanes ainsi que  pour la maîtrise des utilités qui avaient une importance  pour  leurs voisins noirs.
 Parmi les tribus Sanhadja du VII eme siècle , les plus connues, il conviendrait de citer les Lemtouna, les Messouffa  et les Gdala .
Les Lemtouna ( Yalemdhen) se regroupaient au centre, tout en se rapprochant de la zone Sud qui se situe aux limites du Soudan. C’était avant que les Lemtouna se  déplacent , à l’époque des conquêtes almoravides , vers la montagne Adrar qui  a été, par la suite,  appelé  Jabal Lamtouna ( montagne des Lamtouna). Les Lamtouna sont connus au Nord, notamment dans la région du Sousse ( Maroc) sous l’appellation Lamta ( lemtan, Iyoulemdhen).
Les Messouffa  ( Imassoufen) se sont, quant à eux, dispersés  tout au long du Sahara,, au niveau des passages situés dans l’axe  Sijilmassa-Ghana. L’unique cité qu’ils avaient fondaient à Wad Draa s’appelait tyoumetin  et se situait à cinq jours de marche  de Sijilmassa. 
Les  Gdala ( Igdalen), se sont dirigés vers le Nord en occupant  le littoral atlantique  et ont, en particulier,  assuré une mainmise sur la saline d’ Aoulil qui ravitaillait le Soudan depuis une haute époque. Il parait que le nom des Gdala dérive de l’expression  Agdhel , en usage  dans le langage des Sanhadja,  et qui  signifie protecteur ou gardien ce qui donne une indication sur le fait qu’ils assuraient la protection des caravanes . L’appellation pourrait, également, être dérivée du terme Agdal  qui signifie la fortification ce qui donnerait à Gdala le sens de «la fortifiée», «la gardée» ou «l’interdite».
 Il se peut, aussi, que les Gdala dont le nom se prononce, parfois par le terme jdala soient une branche des Gétules qui font partie des anciens peuples Amazigh qui résidaient dans l’Afrique du Nord. Ce qui, d’ailleurs, pourrait expliquer leur différence avec les autres tribus Sanhadja  notamment les Lemtouna et les Messouffa avec lesquels, ils étaient engagés dans un conflit.
  Ce  conflit  n’a, cependant, jamais empêché ses protagonistes  à renouer des multiples alliances qui ont, dans certains cas, favorisé la création d’entités étatiques. Ces  alliances mécaniques, enfouies dans le temps, devaient, d’ailleurs, trouver dans la conquête islamique une bonne occasion de s’accentuer.

La conquête islamique du Sahara 62 H ( 680 ap JC) -123 H (   739 ap JC)

Les échos de la conquête islamique  de l’Afrique du nord ont retenti dans le Sahara des Sanhadja dont les principales  confédérations tribales ont, très tôt, subi l’influence directe  de la dite conquête. Ibnou Khaldoun soutient, cependant, que l’islamisation des groupements Lemtouna et  des autres tribus Sanhadja  n’a été effective que bien après la pénétration arabe en Andalousie. Mais en dehors de cette opinion, il faut noter que Zahri  avait signalé  dans son traité de géographie  (rédigé en  1150 ap JC)  que  les Almoravides et , en particulier, la jama’a ( l’assemblée) des Lamtouna  se sont convertis à l’islam sous le règne du calife Hicham Ibnou Abdel Malik ( 724- 743 ap. JC). Cette islamisation s’est effectuée  en même temps que celle des habitants de l’oasis Wargla. Les indications les plus anciennes qui se rapportent aux  conquêtes islamiques et leurs conséquences au Sahara restent, néanmoins, celles qui découlent des récits relatifs aux campagnes de Oqba Ibnou Nafi’e dans l’extrême Sousse ( 682 ap.JC).
En règle générale, les  sources arabes retracent fidèlement l’itinéraire des différentes campagnes de Oqba .De même, ces sources  évoquent l’ accès  du grand conquérant  à l’extrême nord du territoire des Sanhadja du voile ( sanhajatou al litham) sans pour autant, lui attribuer la légendaire traversée du Sahara vers le Sud.

(A suivre)

  Hamahou Allah Ould Salem
 Professeur d’Histoire à l’Université de Nouakchott, Lauréat du prix Chinguitti 2006


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