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Le FMI veut un système de protection sociale à la place des subventions   
06/05/2011

Au terme d’un séjour de deux semaines en Mauritanie, une mission de revue du FMI conduite par M. Amine Mati a rencontré la presse nationale et internationale, jeudi 5 mai, dans les locaux de la Banque Centrale de Mauritanie (BCM). En présence de...



...MM. Sid’Ahmed Ould Raiss Gouverneur de la BCM et Thiam Diombar Ministre des Finances, le chef de la délégation du FMI (qui avait été reçu par le président Mohamed Ould Abdel Aziz et s’était entretenu par la suite avec des acteurs économiques, des parlementaires, des diplomates, des syndicats et des responsables de la société civile), a présenté les résultats de sa mission, soulignant que les indicateurs macro-économiques sont «satisfaisants» avec un solde de la balance de paiement qui s’est amélioré (en 2010) par rapport à 2009.


«Peut être pas autant que l’on aurait pu supposer, mais cela se comprend en raison des importations des produits alimentaires et pétroliers» a-t-il expliqué. Selon lui, le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) s’est chiffré en 2010 à 5,2%, celui de l’inflation contenu à 6,1 % et les réserves de change ont atteint 287 millions de Dollars Américains, soit 2, 1 mois d’importations.

M. Mati a mis en exergue des sources de préoccupation, notamment, le chômage qui «reste quand même élevé» et le défi important pour 2011 avec l’envolée des prix des produits pétroliers.

 

Evoquant les mesures prises par le gouvernement mauritanien pour essayer d’atténuer les effets de l’envolée des prix (opération solidarité 2011), le responsable du FMI a estimé que les dépenses sur ce plan restent «appropriées à court terme vu le besoin de maintenir la cohésion sociale» mais ne sont pas «soutenables à long terme» en raison du fait qu’elles soient additionnelles et dans leur grande partie, des « subventions généralisées».


Les discussions menées avec le gouvernement mauritanien ont donc porté -a-t-on appris- sur les moyens de diminuer l’impact du renchérissement des prix sur les populations pauvres et vulnérables à travers le remplacement progressif des subventions avec «peut être» des transferts en espèce.

L’idée étant que des systèmes de protection sociale efficace soient mis en place.


Pour 2011, les discussions ont porté sur les politiques budgétaires notamment une politique monétaire prudente, l’approfondissement des reformes structurelles au niveau des entreprises publique et dans la fonction publique, ainsi que l’amélioration du secteur privé.


Le ministre mauritanien des Finances M. Thiam Diombar a estimé de son coté que le gouvernement mauritanien a atteint tous les objectifs qu’il s’était assigné au départ au terme de la mission de revue qui a examiné les résultats de l’année 2010 et ceux du premier trimestre de 2011 .

«Nous pouvons dire que les résultats sont excellents sur le plan macro-économique , le taux de croissance est positif, l’inflation est maitrisée» a-t-il dit . Et de poursuivre : «Nous avons initié un ensemble de reformes au niveau du Budget, de la BCM et du Ministère des Affaires économiques en vue de booster la croissance, car pour lutter efficacement contre le chômage et la pauvreté, il n y a pas mieux, que d’assurer une bonne croissance, saine et vigoureuse».


M. Sid Ahmed Ould Raiss a en outre révélé à la presse que le but de la mission de revue du FMI est également de vérifier l’exactitude des chiffres relatifs à l’économie mauritanienne ajoutant que la rencontre avec la presse donne l’opportunité de l’en informer, ainsi que sur les perspectives de l’économie mauritanienne.
Il a indiqué que malgré une conjoncture internationale difficile et une hausse vertigineuse des prix des produits alimentaires et pétroliers, les grands équilibres macro-économiques ont été atteints, l’inflation a été maitrisée et les réserves de change sont considérables, comme l’ont attesté les représentants des institutions internationales.


M.Ould Raiss -plutôt inspiré lors de la conférence de presse- a reconnu que l’économie mauritanienne fait face a deux défis majeurs : le chômage et la pauvreté soulignant à cet effet que le gouvernement a engagé des politiques visant à en atténuer les impacts .


Pour lutter contre le chômage le gouvernement a opté pour la création des opportunités pour l’auto-emploi pour ceux qui ont des potentialités ainsi que la formation en plus de la résorption au chômage des cadres qui atteint un taux de 32%.


S’agissant de la lutte contre la pauvreté le Gouverneur de la BCM a évoqué l’approbation du cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) souhaitant qu’il soit plus efficient dans sa nouvelle version.


Abordant la situation financière il a déclaré qu’elle est «excellente» avec une politique monétaire prudente qui vise l’augmentation des réserves de change, donne de meilleures allocations au privé, en plus de la baisse des taux d’intérêt.


«Les perspectives sont prometteuses grâce à la hausse des cours des produits miniers. Nous poursuivrons donc la maitrise de l’inflation et tablons pour 2011 sur une amélioration (par rapport à 2010) des réserves de change de l’ordre de 107 millions de dollars. Ce qui correspondrait à 2,7 mois d’importations» a-t-il conclu dans son exposé préliminaire.


Par la suite le chef de la mission du FMI, le gouverneur de la BCM et le ministre des finances ont répondu aux questions des journalistes ayant trait à la flambée des devises par rapport à l’ouguiya, à l’éventuelle prime de bon élève du FMI qui doit être accordée à la Mauritanie, ainsi qu’à l’embellie annoncée au niveau macro-économique avec des «indicateurs au vert» malgré une situation sociale au «rouge» et à l’affaire des 132 milliards de 2005 et celle des 50 millions de Dollars avancés en avril 2008 à la Sominex .

 

Les responsables ont également répondu à des questions relatives à la crédibilité des nouveaux chiffres, à la dépendance de l’économie mauritanienne des activités minières, au financement du CSLP, à la mobilisation des ressources promises lors de la table ronde de Bruxelles, à la nature des mesures préconisées pour remplacer la subvention de certains produits alimentaires ainsi qu’à la pression fiscale et à l’émission en novembre 2010 d’un billet de 5000 UM.

Répondant aux interrogeations de  cette excellente mitraille journalistique, le Chef de mission du FMI a indiqué : «La prime de bon élève c’est le décaissement une fois les performances attestées par la mission, ce qui est le cas.». 

 

Sur les contrastes entre les chiffres macro-économiques et les chiffres socio-économiques, M Mati a reconnu que le chômage est élevé. «Nous aurions souhaité que la croissance soit au delà des 5% » a-t-il dit soulignant toutefois qu’elle n’est pas totalement liée à l’activité minière. «Il y a les BTP, le secteur agricole et les industries extractives qui y contribuent» a-t-il ajouté.

 

 Concernant le taux de change, il a expliqué que la Mauritanie dépend des chocs exogènes qui influent sur son taux. A la question relative au financement du CSLP et à la mobilisation des promesses tenues à Bruxelles, il a répondu que les priorités du CSLP ont été identifiés dans le budget consolidé des investissements (BCI) mais que seulement le tiers des 3, 5 milliards de dollars promis à Bruxelles a déjà été versé. « Il faut continuer à mobiliser ces ressources » a-t-il conseillé. (Sidi Ould Tah, ente vem?) 

Sur la pression fiscale jugée inquisitoire sur les operateurs privés le Ministre des finances a répondu : «Nous avons introduit depuis quelques années plusieurs réformes, qui vont toutes dans le sens d’une simplification de l’impôt…Nous sommes passés d’un taux, pour le bénéfice industriel et commercial (BIC) de 40 à 25 %, pour l’impôt minimum forfaitaire (IMF), qui est un acompte du BIC, de 4 à 2.5 %, d’une déductibilité de l’IMF de 25 % à 100 %, d’un plancher d’assujettissement pour le chiffre d’affaires de 6 à 30 millions d’Um. Malgré toutes ces concessions, ces facilités, les entreprises ne voulaient se déclarer au fisc. Et de poursuivre : «Tout ce que nous avons fait, c’est une application stricte de la règlementation».


Dans sa réponse aux questions le gouverneur de la BCM a indiqué comprendre les attentes liées à l’impact social des chiffres macro-économiques expliquant à cet effet le ciblage des plus pauvres dans le programme de solidarité 2011. Mais cela a-t-il dit, n’empêche pas ceux qui ne sont pas pauvres de  ressentir la hausse des prix. «Nous continuerons à nous battre pour une croissance beaucoup plus soutenue afin que chaque mauritanien en ressente les effets» a-t-il promis.


Sur la question de la dépréciation du taux de change M Ould Raiss a rappelé qu’une monnaie comme le Dollar a perdu ces 10 dernières années plus de 70 % de sa valeur , évoquant à ce sujet, les « dévaluations compétitives » adoptées par plusieurs pays pour encourager leurs exportations et leur équilibre extérieur. Il a reconnu néanmoins la relation quasi-passionnelle des mauritaniens avec le taux de change. « Les mauritaniens veulent avoir une monnaie forte pour acheter moins cher, mais à court terme, c’est mauvais pour le pays. C’est ce qui explique que nous avons été confrontés ces dernières années à des faux chiffres, à des balances explosées, parce que nous avons longtemps vécus au dessus de nos moyens» a-t-il dit .

 

Et de préciser : «Notre monnaie s’est bien dépréciée mais pour des raisons objectives et rationnelles, je dirais même qu’on a eu une dépréciation de 5% en 2010». «Mais je me réjouis qu’un pays comme la Mauritanie puisse préserver son pouvoir d’achat, son équilibre macro-économique et avoir un taux de change des plus stables».


Sur la question des 132 milliards (qui comprennent des dépenses extrabudgétaires) le Gouverneur de la BCM a expliqué qu’ils ont fait l’objet d’une convention supervisée par le FMI en 2005. En vertu de cette convention il y a un intérêt qui est facturé sur le trésor et une part qui est totalement stérilisée parce qu’elle n’avait pas de contrepartie comme beaucoup d’argent émis à l’époque, a-t-on appris.


«Il s’agissait de pertes de change qui n’ont jamais été prises en charge, qui ont été facturées à l’Etat, car le taux de change était fixe à l’époque et il n y avait nulle part où imputer ces différentiels, appelés ainsi à être épongés progressivement» a dit le gouverneur de la BCM.


«J’ai vu sur la presse une polémique sur la Sonimex . Il est légitime de s’interroger sur les dépenses de quelque nature qu’elles soient et d’interroger les managers qui ont obligation d’audition de compte. Mais dans le cadre de cette affaire la BCM n’est pas concernée elle est prémunie contre le risque et elle a agi en professionnel», a déclaré M Ould Raiss au sujet 50 millions de dollars avancés à la Sonimex soulignant qu’il s’agissait d’une ligne de crédit qui devait être mise en place avec la BID pour faire face à une hausse des prix des produits alimentaires sur le marché international et éviter par la même occasion de puiser dans les réserves face à un choc exogène .

 

«La BCM avait avancé 50 millions de dollars à la Sonimex, mais la ligne de crédit prevue n’a pas été mise en place par la BID. Toujours est-il que les autorités monétaires de l’époque s’étaient prémunies contre ce risque en se faisant délivrer une garantie du ministère des Finances» a-t-il précisé.


«La BCM dispose donc d’une garantie et peut à tout moment demander le paiement au ministère des Finances, lequel, peut se retourner sur la Sonimex, c’est pour cela , que la BCM n’a pas jugé utile jusqu’à présent d’engager une quelconque procédure parce qu’elle n’en a pas besoin» a-t-il clarifié.


Sur la question de «FCI» le Gouverneur de la BCM a apporté la précision suivante : «La BCM a effectivement avancé une traite de 560 Millions d’UM à la société de financement FCI dans le cadre de l’affaire de la Sonimex. Nous sommes en train de négocier avec FCI qui s’engage sur un échéancier précis pour rembourser avant la fin de l’année 2011».


Abordant l’affaire de la BACIM-BANK le gouverneur a indiqué : «La BCM a avancé une pension à cette banque en difficulté et reprise par un investisseur étranger. Il s’agit d’une operation normale pour une institution monétaire. La BACIM BANK n’a jamais dit qu’elle ne paiera pas cette créance, exigible, la fin de l’année 2012».


Enfin, sur la question de l’émission d’un billet de 5000 UM et son incidence éventuelle sur l’inflation, le Gouverneur s’est montré rassurant : «Ce billet n’a pas impacté l’inflation qui a été maitrisée. L’objectif était d’introduire plus de célérité dans les grosses transactions et de réduire les couts d’impression. Le coût d’impression d’un billet de 5000 UM est le même que celui d’un billet de 1000 UM.»
Cr/ IOM

 


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