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L’origine des Maures (III eme Partie):Par Dr Hamahou Allah Ould Salem, Professeur d’Histoire à l’Université de Nouakchott, lauréat du Prix Chinguitti 2006   
16/11/2006

Pour être plus précise, la périodisation de l’Histoire du pays devrait être fondée sur l’observation des profondes mutations qui ont affecté le mode de vie et le cadre naturel de celui-ci. Dans cette optique, il est possible d’étudier, suivant des siècles, les circuits de production.



Il est, également, permis de recenser les mutations structurelles qui ont intégré le mode de vie des maures durant les périodes médiévale, moderne et contemporaine. Il est, en outre, intéressant d’étudier, toujours dans la même perspective, les mouvements migratoires et les déplacements collectifs d’un territoire à un autre.
 Il convient de souligner  que les sources de la préhistoire ainsi que celles de l’Histoire ancienne se limitent aux indices archéologiques et autres données dont l’exploitation relève  de l’histoire naturelle ou de l’archéologie préhistorique.
S’agissant de la période médiévale des sources écrites sont disponibles, du moins en ce qui concerne le premier temps des Sanhadja .Ces sources résultent, essentiellement, des écrits des géographes et voyageurs arabes ainsi que des fouilles archéologiques effectuées dans les anciennes citées : Koumbi Saleh, Aoudaghost, situées à l’Est de la Mauritanie actuelle.
 Par contre pour  le second temps des Sanhadja , nos sources sont assez rares, dispersées et même, parfois , silencieuses. Sur cette période  opaque qui s’étend de la fin de l’Etat almoravide jusqu’au XV eme  siècle , des  données  intéressantes  sont , cependant, fournies par l’histoire de Tombouctou, celle de Wadane et de Walata ainsi que par les Portugais.   Les «histoires» moderne et contemporaine, sont, quant à elles,  marquées par l’apparition du document politique  utilisé, surtout, par les Emirats et les chefferies Hassane .
 De même, durant ces deux périodes, il y’a eu dans les cités et les campements, un remarquable développement du  document civil qui sert à dater les transactions  et les événements sociaux. C’est à ce genre de pratiques, qu’il convient de rattacher les chroniques qui mémorisent les sécheresses, les famines, les faits de guerre et les biographies des notables.
Parmi, les historiens, les plus en vue, de ces deux périodes, on peut citer Ahmed ibnou Al Haj Arragady Al kounty ( m.1717) qui serait le premier historien connu du pays .On peut,  également, mentionner Mohamed Salah ibnou Abdel Wahab Annassyri (m.1854). Il convient, enfin, de signaler que les chroniques des cités et les travaux des jurisconsultes ( Fatwas et consultations) constituent une précieuse source pour  reconstituer la vie quotidienne des gens et pour cerner les  mutations structurelles qui se sont produites, à travers les siècles, dans la pensée,  dans la vie sociale ainsi que dans le mode de vie.
Toujours est-il que l’un des effets les plus manifestes de l’Histoire moderne  aura été la recomposition de la société maure suivant une stratification qui fixe des fonctions spécifiques selon les catégories sociales.
 Ainsi, l’organisation traditionnelle de la société maure héritée du  temps des Hassanes est  structurée de la manière suivante :
Les Hassane (ou Arabes)  forment une «couche» qui dans la hiérarchie sociale des Maures occupe la plus haute position, on les appelle Ahl Showka  qui signifie littéralement «gens à épine» et qui fait allusion à la force de caractère  qui sied à leur mode de vie. Celui-ci est, généralement, basé sur les rezous et sur la guerre. Ils vivaient, essentiellement, des redevances (Magharim) imposées aux tributaires et des taxes (Aghfar) qu’ils percevaient sur le commerce des caravanes exercé par les  tribus Zwayas.  Les hassanes sont , pour la plupart d’entre eux, issus des tribus arabes Beni Hassane qui, à la faveur de la migration hilalienne, en Mauritanie dés le XIV eme siècle.  D’autres Hassanes sont, cependant, issus des tribus Sanhadja qui ont su garder un esprit d’indépendance et une vocation guerrière.
Les Zawayas ( ou Tolbas) constituent  la seconde «couche» dans la hiérarchie sociale. Les Zawayas sont des tribus, généralement, pacifiques ayant une inclinaison pour le Savoir et la religion. Les membres de cette «classe» assument  les fonctions de l’imamat (au sens de  la guidance de la prière), de la judicature, de la consultation ( Foutya), de l’enseignement et se chargeaient, également, de l’organisation des caravanes du pèlerinage . En outre, ils  exercent  des activités d’ordre économique tels que le commerce, l’élevage et le forage des puits. Dans leur majorité, les Zawayas, sont issus des  tribus almoravides ( mourabitounes) mais  certaines tribus Zawayas appartiennent aux Arabes venus au Sahara, sur plusieurs ages , en provenance d’autres territoires.
Al lahma  (Aznagas) forme la troisième «couche». Le  concept «Lahma» dérive du mot «al istilham» évoqué par Ibnou Khaldoun et implique  une intégration et une ’annexion. Cette «classe» comprend  les collectivités vaincues. Dans sa majorité, elle est d’origine Sanhadja. Il convient, d’ailleurs, de signaler qu’ à l’origine le terme  Az naga  désignait les Sanhadja.  Mais une partie de  la Lahma , appelés Aznaga, est formée par des Arabes  Hassanes qui ont été  vaincus et soumis à la suite des combats qui les ont opposés à leurs «cousins» .
As Sunn’a ( M’alminin)  sont une «couche» dont les membres exercent l’artisanat et dont  les membres sont d’origines différentes  elle comprend des arabes, des Sanhadja, des Noirs ( soudane) et d’autres . En raison de son rôle commercial et économique, cette couche est plutôt liée aux Zawayas.
 Les Igawen ( en arabe Mouganoun) s’occupent de la musique et de la chanson, certains d’eux viennent de l’Andalousie, ils sont, en majorité , d’origine touareg ou soudanaise ( noire) , ils sont, organiquement, liés avec Ahl Showka, (les Hassanes).
Les Haratines : «couche» dont les membres ont une couleur qui  à tendance  au brun foncé voire à la noirceur. Les Haratines font partie de la société beydane arabe  comptent , dans leurs rangs, de nombreux Mawalis ou affranchis . Le concept Haratine dérive de l’expression «Ahardhan» qui qualifie un métissage produit de la liaison entre un  berbère et une  négresse.  Les vrais ancêtres des Ha ratines  sont les habitants des anciennes oasis. Ce sont des  berbères liés aux Noirs qui appartiennent au peuple des Gara mantes  ( Agh Roumman) et qui vécurent dans la Libye  romaine avant de se disperser dans le Sahara pour échapper à la pression des Romains ou  pour se rapprocher des mines d’or . Une partie  des «nouveaux» haratines est issu des collectivités négro-africaines qui se sont arabisées et ont intégré la société beydane arabe, à l’instar des berbères arabisés.
Les Abid (ou  esclaves), issus de la traite négrière  transaharienne   qui faisait partie du commerce caravanier et qui s’est accentuée durant les guerres menées au XIXeme siècle  par Al Haj Omar Al Fouty contre les Royaumes Bambaras  païens  ainsi que d’autres  collectivités soudanaises.

A elle, seule cette organisation sociale des Maures, dont les séquelles sont encore vives, renseigne sur la constitution de la société mauritanienne qui s’est réalisée à partir d’une antique structure autochtone. Des mutations profondes ont façonné cette structure, particulièrement, durant le temps des Almoravides et celui  des Hassanes.

  Les autochtones
Parmi  les habitants du pays, les plus célèbres, les tribus Sanhadja ont envahi, dés le IIIeme siècle de l’ère chrétienne,  le territoire avec d’autres tribus berbères en provenance de l’Afrique du Nord. Ces tribus ont, donc, occupé le Sahara  suite à une  migration dont les débuts remontent aux anciens temps, bien avant  ère chrétienne L’avancée des Sanhadja a repoussé d’autres collectivités  ayant des liens avec celles du néolithique.  Le dessèchement progressif des lacs avait conduit ces collectivités  à se réfugier dans hautes et basses vallées des étendues aquatiques ainsi que  dans celles des oueds des régions montagneuses.
 La disette devait, par la suite, contraindre  ces anciens habitants à s’organiser dans des villages dont les activités se sont multipliées avec l’arrivée des nouvelles collectivités. 

 ( A suivre)


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