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Guinée: L’armée tire sur la foule, au moins 128 morts    
28/09/2009

Au moins 128 personnes ont été tuées lors de la répression, lundi à Conakry, d’une manifestation de l’opposition par les forces de sécurité, a affirmé mardi le parti de l’opposant guinéen Sydia Touré dans un communiqué. "A la suite de la manifestation (...), on compte déjà 70 morts à l’hôpital Ignace Deen et 58 à l’hôpital Donka"...



...selon ce communiqué du parti de M. Touré, l’Union des forces républicaines (UFR, opposition). "De plus, des militaires ont été vus en train de ramasser des corps dans les rues pour les emmener au camp Alpha Yaya Diallo, siège de la junte, probablement pour éviter un comptage précis du nombre de tués qui révèlerait l’ampleur du massacre", selon le parti d’opposition, dont le président a lui-même été blessé à la tête. "Mais les crimes de l’armée guinéenne ne s’arrêtent pas là: des femmes ont été violées par la garde prétorienne de Dadis Camara (chef de la junte) aux abords du stade où la foule s’était donnée rendez-vous", poursuit l’UFR. "D’après des sources sur place, les autorités auraient tendu un piège au peuple massivement rassemblé: l’armée a attendu que le stade soit rempli pour y entrer à son tour et tirer sur la foule", ajoute le parti de M. Touré. "Etant donné que la manifestation était normalement interdite, les Guinéens s’attendaient plutôt à ce que les autorités ferment le stade pour empêcher quiconque d’y pénétrer". "Il s’agit donc sans aucun doute d’un assassinat avec préméditation, d’autant plus que l’ordre public n’était en rien menacé: les contestataires manifestaient pacifiquement", souligne le parti d’opposition.

Condamnation internationale

La communauté internationale a condamné, d’une seule voix, la mort de plus de 80 personnes en Guinée lors de la dispersion par les forces de l’ordre d’un rassemblement organisé lundi dans la capitale Conakry par des opposants hostiles aux autorités militaires au pouvoir dans le pays depuis dix mois. Cette répression a été fermement dénoncée mardi par la Commission de l’Union Africaine (UA) qui a "exigé la libération immédiate des personnes arrêtées", notamment les dirigeants des partis politiques et leurs sympathisants. L’UA a en outre exprimé "sa grave préoccupation" face à la situation qui prévaut en Guinée, notamment la dispersion par la force du rassemblement pacifique organisé par le Forum des Forces vives (opposition) au Stade du 28 septembre, à Conakry. La commission de l’UA a insisté également sur la nécessité de traduire en justice les responsables de ces violences appelant instamment aux autorités de fait de "respecter la liberté d’expression, de rassemblement et d’organisation des partis politiques, comme elles s’y sont engagées à plusieurs reprises". Elle relève "de graves incertitudes et reculs dans le processus de retour à l’ordre constitutionnel en Guinée, notamment par rapport aux engagements pris par le Président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD, au pouvoir)", le capitaine Moussa Dadis Camara qui a pris le pouvoir par la force au lendemain du décès du président Lansana Conté. Le 18 septembre dernier, le Conseil de paix et de sécurité de l’UA avait donné un mois aux membres du CNDD pour s’engager par écrit à ne pas se porter candidats aux prochains scrutins, sous peine de sanctions. Le capitaine Dadis Camara avait promis au lendemain de la prise du pouvoir que "ni le Président, ni les membres du CNDD ni le Premier ministre ne se présenteraient aux élections présidentielles" de janvier prochain. Cependant, plusieurs parties prêtent actuellement au président du CNDD l’intention de vouloir se présenter à la présidentielle. Cette éventuelle candidature à la présidentielle des membres du CNDD est à l’origine du rassemblement de protestation organisé lundi par les opposants. L’intervention violente des forces de l’ordre contre les manifestants à Conakry a également suscité une vive réaction aux Nations unies. Le secrétaire général M. Ban Ki-moon a déploré l’usage excessif de la force contre des manifestants et appelé les forces de sécurité à "la retenue et à respecter l’état de droit, y compris le respect des droits humains fondamentaux", a indiqué son service de presse. M. Ban s’est dit en outre "choqué par les pertes en vies humaines, le nombre élevé de blessés et la destruction de biens, suite à l’usage excessif de la force", selon la même source.
En outre, le secrétaire général de l’Onu a "encouragé toutes les parties en Guinée à s’engager dans un processus de transition consensuel et pacifique par le biais de la tenue rapide d’élections crédibles et transparentes" et appelé toutes les parties à "coopérer pleinement avec le Groupe international de contact sur la Guinée". La même condamnation a été exprimée par le diplomate en chef de l’Union européenne (UE), M. Javier Solana, qui a réclamé la "libération immédiate" des leaders de l’opposition arrêtés par les autorités militaires au pouvoir.. M. Solana a également appelé à "faire preuve du maximum de retenue et assurer une transition pacifique et démocratique" tandis que le commissaire européen à l’aide au développement, Karel De Gucht, a pour sa part indiqué être "en état de choc et profondément attristé par les événements terribles" en Guinée. L’UE avait décidé fin juillet de placer la Guinée sous surveillance pendant deux ans et de maintenir le gel de son aide au développement en attendant un retour à l’Etat de droit après la prise de pouvoir de décembre par les militaires. Les derniers développements intervenus en Guinée ont également provoqué une vive inquiétude des Etats-Unis qui ont, de leur côté, appelé les autorités au pouvoir à "faire preuve de modération, et à assurer la sécurité des Guinéens et des étrangers", a indiqué un responsable du département d’Etat. Washington a également exhorté les autorités à "conduire une enquête crédible et, si les faits l’exigent, à punir les responsables de cet usage excessif de la force", lundi contre les opposants, selon la même source. Pour sa part, la France a condamné avec la plus grande fermeté la répression violente exercée par l’armée guinéenne au cours de la manifestation de l’opposition en Guinée, et appelé les militaires à réaffirmer leur volonté de rendre le pouvoir aux civils le plus rapidement possible en organisant les élections et en n’y participant pas, selon le secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie Alain Joyandet. Les violences survenues lundi en Guinée ont également été dénoncées par la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et l’organisation guinéenne des droits de l’Homme (OGDH), son organisation membre en Guinée-Conakry. Celles-ci ont fermement condamné la violente répression survenue lundi dans la capitale guinéenne et appelé la communauté internationale à réagir fermement face aux graves exactions de la junte militaire du Conseil national pour la défense de la démocratie (CNDD) dirigé par Dadis Camara depuis le 23 décembre 2008 , date du décès du président Lansana Conté des suites d’une longue maladie.

 


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