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Immigration : Les vérités qui font mal à l’Occident   
07/06/2006

De New York à Washington, du Texas à la Californie en passant par Paris, Madrid, Londres ou Milan, les immigrants africains devraient envoyer plus de 70 milliards de dollars en 2006 à leurs familles restées au pays. Un record. Cette réalité qui annonce le réveil du bon «sauvage» fait trembler l’Occident dont la réaction est d’agiter des peurs.
D’abord le «sauvage cannibale», ensuite «le bruit et l’odeur», puis «sida», maintenant «immigration clandestine et insécurité». Et demain, que vont-ils brandir pour éviter le métissage du monde?



La question de l’immigration africaine -disons le comme ça, car celle des habitants d’Amérique Latine ou d’Asie ne défraie pas toujours la chronique des médias occidentaux- soulève davantage des passions sur des questions évidentes que par rapport à celles, essentielles occultées par le débat.
Qu’on essaie de justifier, par une froide sévérité d’une prose janséniste, la lutte acharnée et répressive contre l’immigration pour des raisons de repli identitaire, de racisme, d’hypocrisie et d’égoïsme, passerait encore. Mais qu’on bassine les esprits avec des préjugés sécuritaire, ou de souveraineté nationale à voter des lois contre l’immigration ; ça ne passe pas!
La rhétorique et la gesticulation employées par les théoriciens de l’immigration zéro ou de l’immigration choisie en disent long sur leur fond de pensée. Ces gens agitent des peurs, en taxant les africains de clandestins, «qui s’inviteraient à la table des riches occidentaux».
Dans leur aveuglement, l’immigration devient ainsi clandestine. Il en est ainsi, parce que l’Europe et l’Amérique se barricadent. Ces ultra racistes conservateurs défendent ni plus ni moins, le développement séparé des continents comme d’autres, à leur époque préconisaient le développement séparé des races. Mais se posent-ils seulement des questions sur l’origine et le fondement de la richesse de l’Occident ? On peut faire fi même des préjudices de l’histoire des rapports entre les continents -le commerce triangulaire, la colonisation, les deux guerres mondiales- et aborder le présent avec sérénité et sans convoquer outre mesure, le passé.
Aujourd’hui, tout le monde s’accorde sur le fait que l’immigration africaine vers l’Occident trouve une explication essentiellement économique. Les exilés politiques, les réfugiés africains de guerres civiles, touchent faiblement les pays de l’Occident.
Souvent, dans les débats médiatisés, la confusion des analyses entre les causes et Les manifestations est patente. Résultats ? L’Occident botte en touche, en stigmatisant les proies faciles des politiques économiques inégalitaires entre l’Afrique et ses partenaires.
De ce point de vue, quel est le nouveau deal que l’Occident propose à l’Afrique «sous développée», après lui avoir arrachée les bras pour se construire, se reconstruire et s’enrichir?
Piller ses matières grises et la mettre à genoux en décrétant unilatéralement «immigration choisie». Une injustice perceptible dans ce concept «bête et méchant» comme dans les propos dégoulinant de cynisme et de perfidie d’un afro pessimiste et «négrophobe» : «l’Afrique est riche mais les Africains sont pauvres». Un raccourci facile qui occulte mal, le fait que les africains sont spoliés de leurs matières premières dont les prix fluctuent suivant le bon vouloir des marchés occidentaux. «Tant que le commerce international n’est pas juste et équitable, il ne faudrait pas que les pays riches s’étonnent de voir des vagues d’immigrants africains chercher à regagner l’Occident.» N’est-ce pas, un apparent «juste» retour des choses?
Après avoir dévasté la faune et la flore du «sauvage» continent noir, «Visage pâle» peut souffrir quand même d’inviter le nègre «Samba» à souper. Malgré le mépris, les insultes et les mauvais traitements dont ils constamment l’objet exutoire, les immigrants sont devenus une force économique, qui déclenche du coup, une «paranoïa blanche» généralisée.
Au secours, le «péril noir» débarque!
La «vraie» vérité sur l’immigration
Au Maroc, l’Etat semble avoir pris la mesure de l’importance de l’argent des expatriés marocains dans l’économie des familles. C’est dans ce sens qu’une structure d’accueil, de l’argent, et de l’investissement des marocains résidant à l’étranger (MRE) a été mise sur pied. De même, le Sénégal a innové, en créant un Ministère des Sénégalais de l’Extérieur, chargé de coordonner toutes les questions qui touchent la diaspora en rapport avec les préoccupations de la collectivité nationale. En Mauritanie, les autorités publiques semblent ignorer royalement, ou bien négliger à l’insu de leur propre gré -si ce n’est de la peur- le poids et l’apport économiques de nos compatriotes immigrants dans l’économie informelle.
L’envoi d’argent des immigrants cumulant souvent deux à trois emplois et gagnant près de 15.000 euros par an en moyenne est devenu partout un sujet majeur de préoccupations pour les pouvoirs publics de plusieurs pays africains. Sous d’autres cieux, les expatriés sont chouchoutés à travers des orientations, des conseils, en vue d’un investissement dans des projets communautaires de développement ou des secteurs porteurs d’emplois et de richesses.
En juin 2005, ce dossier avait fait l’objet d’une journée de réflexion par le G8 en Russie.
Est-ce, un examen de conscience, un aveu d’échec où plutôt une seconde «Conférence de Berlin » pour endiguer cette dynamique de développement échappant à l’économie capitaliste mondialisée? Toujours est-il qu’aujourd’hui, «les nations les plus riches du globe ne consacrent que 52 milliards par an à l’aide au développement.» C’est dire si les transferts privés des immigrants comptent beaucoup pour les pays les plus pauvres.
En Mauritanie, l’impact économique est encore mineur. En fait, les transferts des expatriés sont parcellaires. Selon les statistiques disponibles à travers des institutions comme «Western Union» ou «Money Gram», chaque envoi de Mauritanien ne dépasse ou dépasse rarement 300$. Cet argent est destiné en général aux familles, et non à des projets publics, ou à une activité génératrice de revenus, encore moins à la création d’entreprise. Selon toujours ces mêmes institutions, le Guidimagha serait la région la plus dynamique dans cet envoi par les immigrants. Si l’impact économique est évident pour les familles, les structures étatiques n’en bénéficieraient que faiblement.
Par contre, dans les pays de la sous-région, des institutions financières, ainsi que certaines administrations publiques, ont senti le filon. Actuellement, elles cherchent à exercer une pression pour réduire les coûts des transferts et à persuader les grandes banques de s’occuper de ce marché.
Le coût est énorme sur le plan social. A l’ère de la mondialisation, les familles ont fait de l’immigration un élément majeur de leur stratégie de survie. Maintenant en Afrique, un adulte sur trois, reçoit de l’argent de l’étranger. Récemment une étude a mesuré combien d’argent les Mauritaniens envoient dans leurs régions d’origine. Les résultats sont surprenants sur le plan social : enrichissement des chefs de familles qui néanmoins thésaurisent plus de 80% des transferts. D’où un impact communautaire nul et inexistant.
Par ailleurs, l’immigration hante les nuits des conservateurs et défenseurs de la pureté de la race et certains démographes occidentaux du fait de la forte fécondité des femmes africaines, conjuguée à la progression du métissage et du faible taux de natalité chez les blancs essentiellement en Europe. Tous ces facteurs combinés auront pour contrecoup, la disparition déjà annoncée pour 2060 et probable de plusieurs peuples européens comme les Allemands, les Italiens ou les Danois.
En parallèle, pour contenir et freiner l’élan économique des pays émergeants, s’appuyant sur la dynamique de leurs populations, des économistes «oracles modernes», nostalgiques de l’européocentrisme brandissent le faux «totem» d’une présumée surpopulation de l’Afrique.
Ils devraient méditer cette pensée de Mao Tsétoung : « Un homme est une bouche à nourrir, mais deux bras pour travailler»
Par El Hadj Cissé dit Popèye


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