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Santé: Le Ministère se moque du Hodh El Gharbi !   
22/05/2006

Pourquoi le Ministère de la Santé ne s’intéresse plus aux populations du Hodh? Il y a un moment, le Kreditanstalt fur Wiederaufbau (KFW), une ONG allemande avait lancé un projet de construction de 16 postes de santé dans cette wilaya. Malgré le retrait de KFW, les travaux arrivèrent à leur terme, grâce au soutien de bonnes volontés. Aujourd’hui, les populations attendent la réception des bâtiments, mais le MSAS joue sur la montre pour ne pas payer l’Entreprise constructrice.



Dans notre livraison du 02 mai (voir n°10 de Tahalil Hebdo) nous décrivions déjà le calvaire que vivent les populations de la wilaya du Hodh El Gharbi. La région est l’une des plus pauvres et des plus oubliées par les autorités de Nouakchott. Les conditions climatiques et de vie y sont rudes.
Dans le domaine de la santé, l’espoir naissait quand même, avec la construction de postes de santé moderne répondant aux normes de l’OMS. Mais le retrait de KFW, pourvoyeur à 90% du financement avait tempéré l’euphorie des populations. Alertés par les élus locaux, à travers nos colonnes, les responsables du Ministère de la Santé et des Affaires Sociales ne lèveront pas le plus petit doigt. Selon des confidences qui nous sont parvenues, le Ministère arguait : «avoir été épargné par notre enquête qui mettait alors la charge sur KFW».
« Ouf ! Le journaliste ne mentionne presque pas le ministère dans son article» aurait dit un responsable à la Direction Administrative et financière du MSAS. Quelques jours après, nos recherches nous apprendront que l’ONG KFW n’a pas de représentation locale à Nouakchott. Contactée, la GTZ «pierre angulaire» de la coopération allemande en Mauritanie, rejettera toutes les responsabilités sur le Ministère de la Santé. Quels sont ses griefs ? Nous ne le saurons jamais ! Personne ne veut balancer l’autre. Chacun se protège.
Nonobstant l’arrêt de financement de KFW, l’Entreprise de Construction et de Transport (ECT) chargée de la construction déclare aujourd’hui «avoir terminé les travaux grâce à l’appui financier de la BADH.» Le patron de l’Entreprise certifie même, «avoir adressé une correspondance au Ministère le 18 mai 2006, pour discuter des modalités de recouvrement de ses droits» (voir pièce à conviction). C’est ainsi qu’une réunion tripartite a été fixée pour le vendredi 19 mai, afin de trouver une solution rapide. Mais aux dernières, celle-ci a été annulée. Raison invoquée par le Ministère ? «Les responsables de l’AMEXTIPE seraient en déplacement avec le Président de la République.»
Un cynisme et une fuite de responsabilité qui ont pour corollaire de maintenir suspendue l’épée de Damoclès au dessus de la tête des populations du Hodh El Gharbi.
Sur place, le constat est davantage compliqué. Dans la région, plus de 50 000 habitants espèrent, «avant l’arrivée de l’hivernage, saison de toutes les épidémies, pouvoir bénéficier d’une structure de santé réglementaire. En effet, l’extrême chaleur et la rupture de la chaîne de froid ne favorisent pas la conservation optimale des médicaments, des vaccins et des outils de chirurgie.
Les conditions sanitaires déplorables des hangars qui tiennent lieu de postes santé ne permettent pas, loin s’en faut, une couverture sanitaire contre le paludisme, le choléra ou la dysenterie, ou bien encore, les épidémies de méningites en période hivernale.
Les accoucheuses et les infirmiers de la région dénoncent la précarité des lieux de soins, la promiscuité et la saleté des vielles cases d’opérations et d’accouchement. Souvent ils sont confrontés à de longues files d’attentes durant les jours de marché hebdomadaire. «J’ai plusieurs fois accouché des femmes sous le vent, avec la poussière et les microbes environnants» reconnaît Fatimetou, accoucheuse à Oum Lahyad, un village à la sortie d’Aïoun.

Or, avec 400 mètres carrés, les nouveaux postes sont conçus selon les indications et les normes de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Le Ministère de la Santé et des affaires sociales (MSAS) a financé à hauteur de 10% le projet, en déléguant le maître d’ouvrage à l’Agence Mauritanienne d’Exécution des Travaux d’Intérêt Public (AMEXTIPE). D’un montant de plus de 200 millions d’ouguiya, ce projet fait la fierté des habitants du Hodh El Gharbi. Prêtes à être utilisées, les structures sanitaires risquent de se dégrader avec le temps et l’indélicatesse du climat, si une sortie de crise n’est pas envisagée rapidement. Ces ouvrages présentent au moins, l’avantage de proposer un confort moderne, dans ces contrées de la Mauritanie où les villages, d’accès pénibles, sont très distants les uns des autres. «Les 6 salles distinctes, permettent un bon déroulement de toutes les opérations de soins primaires et mêmes d’actions sanitaires plus compliquées. Ils offrent également une meilleure conservation des produits pharmaceutiques.» nous avait confié un infirmier major lors de notre passage dans le Hodh El Gharbi.
L’urgence et l’exigence d’une solution concertée sont surtout dictées par la venue imminente de l’hivernage, très redouté du point de vue épidémiologique.

Par Cissé El Hadj dit Popèye
cisse25@yahoo.fr


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