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Autonomie du Sahara occidental : Trois questions à Mohamed Cherqaoui, Directeur de recherche au CNRS   
17/04/2009

Le sociologue marocain Mohamed Cherkaoui se dit pessimiste, dans un entretien recueilli le 15 avril à Madrid par l’Afp, sur un règlement du contentieux du Sahara occidental, alors que l’Onu a jugé le même jour les positions du Maroc et du Front Polisario trop antagonistes pour une reprise des pourparlers



Auteur du livre "Le Sahara, liens sociaux et enjeux stratégiques", ce directeur de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) à Paris juge "audacieuse" la proposition marocaine d’accorder une autonomie sous sa souveraineté à ce territoire, car elle risque d’attiser d’autres aspirations autonomistes au Maroc, en Algérie, voire au Niger ou au Mali.

Question: Le contentieux est-il durablement ensablé ?

Réponse: Je pense qu’il va durer très longtemps. Le Polisario n’existe que parce qu’il est porté par l’Algérie qui lui dicte son projet pour la région. En fait, il n’y a que deux propositions qui s’opposent, la marocaine (autonomie, ndlr) et l’algérienne (référendum d’autodétermination, ndlr). Je vois mal comment on pourrait faire la synthèse car je suis convaincu que l’Algérie ne lâchera jamais. Je vois mal par ailleurs les grandes puissances du conseil de sécurité de l’Onu imposer une solution, leur doctrine consistant à dire «entendez-vous et nous dirons amen». On assiste donc à une guerre froide entre les deux pays, marquée par l’armement à outrance de l’Algérie qui impose au Maroc un rééquilibrage de sa propre situation militaire, de son propre armement.

Question: Que pensez-vous de la proposition d’autonomie marocaine ?

Réponse: Elle est d’une audace politique sous-estimée. Imaginons qu’elle soit adoptée, que le Sahara occidental devienne une région largement autonome du Maroc avec tous les pouvoirs possibles sauf sur les questions d’affaires étrangères et militaires. Premièrement, d’autres régions marocaines demanderont leur autonomie, comme le Rif ou le Moyen-atlas. Mais cela ne va pas s’arrêter là, en Algérie il y a également de fortes demandes d’autonomie, en Kabylie, mais pas seulement. Il y a également le Niger, le Mali. Si l’on observe des Etats fédéraux comme les Etats-unis, l’Allemagne ou la Suisse, on voit que cela ne peut réussir que lorsque la culture démocratique est très ancrée dans l’esprit des populations. Si les conditions sont réunies, cela m’enchante, mais c’est clair, il y a des difficultés.

Question: Le référendum d’autodétermination réclamé par le Polisario est-il viable?

Réponse: Le référendum est totalement irréaliste, tout simplement parce que les deux parties ne sont pas d’accord sur la confection des listes électorales. L’Algérie n’accepte pas les listes électorales proposées par le maroc. Elle veut que les populations qui ont quitté le Sahara occidental à partir de 1956 soient incluses dans ces listes. Le Maroc se base sur le dernier recensement espagnol (l’Espagne a occupé la région jusqu’en 1975, ndlr). Or tout le monde sait qu’il y a eu depuis des déplacements de population.


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