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Immigration clandestine «Réussir à tout prix !»   
16/05/2006

Pareils à des éphémères qu’attire le feu, les bras valides de l’Afrique prennent la mer et viennent s’échouer contre les grillages protégeant l’accès des îles espagnoles. Les infortunés sombrent dans les abysses de l’océan. Devant l’hémorragie, L’Europe ne comprend pas et se barricade. Quant aux candidats à l’immigration, quelques-uns expliquent leurs motivations.

Par Biri N’Diaye
youbiss@yahoo.fr



Il y a quelques années, les jeunes africains tentés par les mirages de l’Europe passaient par le Maroc. Avec la complicité de passeurs, ils s’embarquaient pour l’Espagne. Depuis que ces derniers ont établi une surveillance accrue de leurs frontières, ils sont descendus plus au sud, à Nouadhibou. Là aussi la marine mauritanienne, équipée par le gouvernement espagnol, multiplie les patrouilles en mer, et a réussi à arraisonner depuis février, une quinzaine de ces frêles embarcations avec ses occupants. Les rescapés sont pris en charge par le Croissant Rouge mauritanien. Selon Ahmedou Ould Haye, président du comité local du croissant local contacté par nos soins, quelques 1050 immigrés ont été recensés par leurs services depuis janvier 2006. «Notre domaine d’action est de l’ordre de l’humanitaire. Lorsque nous recueillons les immigrés, la première des choses est de leur fournir un kit hygiénique, des soins et éventuellement une hospitalisation, une couverture, ainsi que trois repas quotidiens».
« En ce qui concerne la nationalité de ces aventuriers» poursuit M. Haye, «le gros du lot est constitué essentiellement de sénégalais, de maliens,de ressortissants de Guinée Conakry et de Guinée Bissau, mais d’autres nationalités africaines sont envoyées sporadiquement vers le Croissant Rouge. Depuis deux semaines, le flux migratoire a fortement diminué grâce aux contrôles systématiques de la marine mauritanienne. L’Etat mauritanien, en accord avec le gouvernement espagnol, a réellement pris des mesures afin de freiner la saignée. Cela se traduit par un contrôle plus serré aux frontières terrestres, et un quadrillage quasi effectif des eaux territoriales.

En quête de considération sociale

Sebkha, marché « Thieb-thieb ». Des vendeurs ambulants vous frôlent en vous proposant des boubous, montres et téléphones portables et d’autres articles aux origines douteuses. L’air y est irrespirable à cause du ballet des voitures et âniers qui se disputent la portion de route laissée par les étals des marchands. Assis dans un coin, Nouhou Coulibaly est occupé à découper méthodiquement du carton d’emballage qu’il met devant un âne essoufflé. Cet homme de 52 ans, originaire de Nioro au Mali dit avoir roulé sa bosse un peu partout au Maghreb. En Tunisie d’abord, puis en Libye, avant d’atterrir en Mauritanie. N. Coulibaly est volontiers disert sur l’immigration qui jette beaucoup de ses concitoyens sur les chemins d’Europe. «Je vis dans un village de paysans. Chez nous, toute personne qui vit du paysannat est vue comme quelqu’un de rang inférieur. Il faut nécessairement sortir du village pour gagner l’estime des gens. Dans les familles, il n’est pas rare de voir un homme préférer un immigré à son propre fils. Les gens qui optent de vivre sur place ne jouissent d’aucune considération. Lors des réunions de familles, ils ne sont ni consultés, ni écoutés. J’ai vu des femmes en état de grossesse à qui on a refusé une assistance parce que leurs maris n’étaient pas des immigrés. Vous comprenez ? Il faut coûte que coûte avoir vu du pays pour espérer la moindre considération». A côté de lui, Il me présente un groupe de jeunes de son village, venus chercher fortune à Nouakchott. A la question de savoir s’ils étaient tentés de prendre la mer pour atteindre l’Europe, ils répondent presque en chœur par la négative. «En ce qui me concerne, je n’entreprendrai jamais une pareille aventure. Par ailleurs, tout ressortissant de mon village qui m’écoute ne le fera pas» reprend Coulibaly. Il confiera en revanche que certains jeunes de Nioro avaient gagné Nouadhibou pour aller en Espagne, mais qu’ils ont été arrêtés et renvoyés chez eux. Ils y sont toujours.
Ce secteur de Sebkha qui s’étend du marché d’El Mina à l’arrière du marché «thieb-thieb» est incontestablement le domaine des immigrés sénégalais. Ils exercent des petits métiers, et ont investi le secteur tertiaire. Abdou Gaye, 24 ans, explique qu’il a choisi de quitter son Sénégal natal, de crainte d’être la risée de sa famille. «Dans ce monde que nous vivons, les gens ne reconnaissent que ceux qui ont de l’argent. La naissance ne suffit plus pour aspirer à une place dans la société. Si tu n’en as pas, tu n’existes pas». «Comment voulez-vous que l’on construise de belles villas si on n’immigre pas? Quand on n’a pas construit de maison, on ne participe pas aux prises de décisions familiales. Ce sont ceux qui vivent en Europe ou aux Etats-Unis qui décident de ce qui se fait ou non» poursuit-il énervé. La reconnaissance sociale est donc la motivation première de ces individus, dans leur quête d’un supposé eldorado européen. Quitte à y laisser la vie.


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