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Hodh El Gharbi : Non assistance à population en danger!   
02/05/2006

La région du Hodh El Gharbi dans l’Est de la Mauritanie. On est dans les localités de Baghdad, Medbougou, Kervi, Touil, Ain Farba…à plus de 1000 kilomètres de Nouakchott, la Capitale. Ici, ce qui frappe tout de suite le visiteur, est l’absence de l’Etat, qui ne se manifeste que sporadiquement (campagne électorale oblige).
Des structures, des infrastructures de santé ou d’éducation, quand elles existent, sont en états avancés de délabrement, et distants de plusieurs lieux. Pourtant, c’est dans ces "no man’s land" que des bonnes volontés nationales, avec l’appui du Kreditanstalt fur Wiederaufbau (KFW), une ONG allemande, ont lancé un projet de construction de 16 postes de santé dans cette wilaya du Hodh El Gharbi. Mais quelques mois après le démarrage des travaux, le grand espoir suscité par cette initiative, fond déjà comme du beurre sous le soleil, à l’annonce du retrait de KFW dont la participation s’élève à 90% du financement.



Les populations sont aujourd’hui dans la désolation et le désespoir.

La wilaya du Hodh El Gharbi, est l’une des régions mauritaniennes les plus pauvres et les plus oubliées par les autorités de Nouakchott. Là, partout, les conditions climatiques et de vie sont difficiles. Exécrables parfois. Aussi bien à Aioun, la capitale régionale, qu’à quelques 40 kilomètres de là, à Vouj, un village d’éleveurs maures, le désert, constamment présent, agresse la vie.
Il faut faire face aux tempêtes de sable, à la visibilité réduite, à la chaleur aux allures d’enfer, au manque d’eau. Et surtout rien! Mais rien, pour se protéger contre les intempéries, hormis quelques arbustes sauvages. A la vue de ces lieux désolés, on ne peut s’empêcher de se demander comment ces populations locales, "laissées pour compte" de la nation mauritanienne, sont-elles arrivées à tenir le coup, jusqu’à présent ?
La réponse semble être : l’espoir.
" Depuis quelques mois, je constate que les pouvoirs publics commencent à s’intéresser davantage aux villages du Hodh El Gharbi. D’ailleurs, ici, la construction d’un poste de santé moderne répondant aux normes de l’OMS, avait convaincu les habitants que les choses changeaient à Nouakchott, avant d’observer plus tard, l’arrêt des travaux " nous dit Aruna Abdoul, infirmier d’Etat à Oumoul Lahyadh.
En effet, cela fait bien des semaines, que des rumeurs de retrait de KFW, couraient dans les 16 localités abritant les nouveaux postes de santé que les populations appelaient auparavant, de tous leurs voeux. Alertée par certains élus locaux, préoccupés par le sort de leurs concitoyens, notre équipe s’est rendue sur place pour constater de visu, la situation, surtout avant la venue du président du CMJD.
Sur place, le constat est amer. A Rezzame, situé à 42 kilomètres de Kobéni par exemple, le seul poste de santé existant tient en un hangar. Ce village de plus de 3000 habitants ne bénéficie d’aucune structure de santé réglementaire. Mohamed Ould Bouzzouma, originaire de la ville d’Atar est le seul infirmier qui a pu tenir dans le coin, au-delà d’une année. "Vous voyez vous-même, je n’ai qu’une petite case en banco qui tient office à la fois de salle de consultations, de salle de soins, salle de triage et d’accouchement" fulmine-t-il. Le bonhomme semble au bord des nerfs. Il confiera aussi ses difficultés à conserver les médicaments, les vaccins à cause de l’extrême chaleur et à la rupture de la chaîne de froid dont souffre son bâtiment.

Un espoir tué dans l’oeuf
Quelques pâtés de villages plus loin, on arrive à Treidatt. La frontière malienne est à une demi douzaine de battements d’ailes d’oiseaux. Là comme ailleurs, les problèmes restent les mêmes, sinon pires. Dans ce village les conditions sanitaires sont déplorables. La construction du nouveau poste de santé calmait les inquiétudes et réjouissait les nombreux malades qui supportent souvent très mal les épidémies de paludisme, de choléra et autres dysenterie et malnutrition en période hivernale. L’accoucheuse et l’infirmier major déplorent tous les deux, les longues files d’attentes par jour devant leur hangar, notamment durant le marché hebdomadaire.
A la vue de l’émergence du bâtiment qui abritera leur désormais lieu de travail, ils croyaient en avoir fini avec les pratiques moyenâgeuses de médecine sous vents, poussières et microbes. Leur joie fut de courte durée, d’autant plus que, contactée par nos soins, l’Entreprise de Construction et de Transport (ECT) chargée de la construction de ces nouveaux postes confirmera exactement l’arrêt de financement de KFW. Cependant, selon l’un des responsables de cette société, malgré la coupure des vivres exercée par l’organisation allemande, les travaux ont repris depuis un temps grâce à l’effort financier de la BADH dont les dirigeants veulent soutenir ce projet, pour les habitants du Hodh El Gharbi. Le Directeur Général de la banque dit ne ménager aucun pour l’aboutissement de ce chantier. Même conviction chez les responsables de ECT: "4 postes de santé sont déjà terminés et dès que nous sommes payés, la réception pourra se faire. Pour le reste des autres travaux, ce n’est qu’une question de jour, et tout sera fini".
A travers ce périple, qui a mené notre équipe à Kobeni, à Kerkare, à Hassi Ould Ahmed Bechna, les témoignages furent tous, les mêmes. Les infirmiers se plaignent de précarité, de promiscuité et de saleté des vielles cases… de la conservation des médicaments et des outils de chirurgie. Apparemment, les populations et les élus locaux ne s’y trompent pas : les nouveaux postes offrent toutes les commodités pour une bonne hospitalisation et une meilleure prise en charge sanitaire.
D’une surface moyenne de 400 mètres carrés, les locaux ont été conçus selon les indications et les normes de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sur financement à hauteur de 10% du Ministère de la Santé et des affaires sociales (MSAS) avec un maître d’ouvrage délégué confié à l’Agence Mauritanienne d’Exécution des Travaux d’Intérêt Public (AMEXTIP) nous a-t-on indiqué.
Souvent reproché de manquer d’intérêts vis-à-vis des habitants des régions de l’Est, en dehors des campagnes électorales (Analyse du retard historique des régions de l’Est de la Mauritanie, le livre essai d’Ahmed Ould Cheibany apporte bien des réponses à ce sujet ndlr), l’Etat Mauritanien est attendu au tournant par les populations pour juger de ses vraies intentions, au-delà des visites de circonstances et des effets de discours.
Dans plusieurs endroits passés en revue, des citoyens mauritaniens se considèrent davantage maliens, vu l’absence totale de structures qui leur rappellent l’existence de l’Etat. Ils parlent bamana, dialecte principal de l’autre côté de la frontière; commercent avec le franc CFA et utilisent des ustensiles ramenés d’Europe par les immigrés de ce pays.
En effet, d’un montant de plus de 200 millions d’ouguiya, ce projet faisait déjà la fierté des habitants du Hodh El Gharbi. Arrivés presque à leur fin, les joyaux risquent de subir les rigueurs du temps et les duretés du climat, si rien n’est fait. Les ouvrages ont l’avantage de proposer un confort moderne, dans ces contrées de la Mauritanie où les villages, d’accès pénibles, sont très distants les uns des autres. "Les 6 salles distinctes, les sanitaires et le logement pour infirmier qui composent les postes, permettent un bon déroulement de toutes les opérations de soins primaires et mêmes d’actions sanitaires plus compliquées, en plus d’une bonne conservation des produits pharmaceutiques." avouent les médecins interrogés.

Medbougou, au centre de tous les dangers
Medbougou est une localité située à 35 kilomètres de Kobéni, célèbre et fréquentée pour son marché hebdomadaire. Son souk reçoit chaque dimanche, plusieurs milliers de commerçants, d’éleveurs, d’agriculteurs, de démarcheurs… venus de tous les pays de l’Afrique de l’Ouest et même du Maghreb. Ainsi en accueillant régulièrement plus de 7000 personnes (le double de sa population) cette commune frontalière du Mali s’expose en même temps, à toutes sortes de maladies épidémiques et infections pathologiques.
A l’image des autres postes de santé visités dans la région, celui de Medbougou n’est pas mieux loti. Au contraire, le marché local regorge énormément de faux pharmaciens, des charlatans jouant au "docteur feel good" viennent écouler leur camelote périmée sans être inquiétés. Ould Lehbib, le chef de poste en place depuis 1998, regrette beaucoup le désengagement de l’état, au sujet de la prise en charge des questions de santé qui touchent la région. "Notre poste de santé n’est pas actuellement, suffisamment outillé pour faire face aux épidémies fréquentes de méningites et même aux dangers que représente le VIH Sida dans ce carrefour de rencontres."
Même son de cloche chez les populations représentées par le maire Mohamed Ould Ahmed Abeid et ses 8 conseillers municipaux. Mis au courant de notre arrivée, ces élus se sont mobilisés pour nous faire part de leurs inquiétudes relatives à l’interruption des activités de construction de la nouvelle structure sanitaire. "Au nom de tous les habitants de Medbougou, nous appelons les autorités gouvernementales compétentes à prendre les mesures adéquates, pour permettre au projet d’arriver à son terme, ou bien qu’un partenaire étranger reprenne la participation laissée par KFW."L’urgence d’une action concertée et d’un poste de santé moderne est surtout exigée par l’approche imminente de l’hivernage, période de toutes les épidémies" a aussi déclaré ce conseil des sages.
Au bout d’une tournée de 6 jours, notre équipe quitta cette région -aux populations de natures simples et attachantes livrées à elles mêmes, aux paysages bouleversants- avec un pincement au cœur, tout en promettant de porter les préoccupations de gens, à la connaissance des responsables de Nouakchott et de revenir à la charge, si d’ici là, rien n’aurait été fait.
Par El Hadj Popèye Cissé
Cisse25@yahoo.fr


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