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La ghettoïsation culturelle   
24/04/2006


Avenue J.F Kennedy, les librairies et les vendeurs de journaux abondent dans cette artère principale de la ville. De l’autre côté de la ville, dans un des quartiers périphériques, à Basra, l’avenue est beaucoup plus déserte, et seules quelques boutiques commerçantes sont éparpillées dans cette longue avenue en face de la maison des jeunes. La culture y est absente, le fossé est abyssal, par rapport aux avenues du centre.
Ce schisme met mieux en avant les disparités de plus en plus nettes qui apparaissent aux abords de la capitale. On a vu la pénurie de l’eau les toucher il y a à peine un mois, ce qui avait alors amené les livreurs d’eau à monter le prix du baril de 200 litres, à 600 ouguiyas ! La hausse des prix des matières de première nécessité met en péril l’équilibre déjà fragile des portefeuilles de beaucoup des foyers qui y vivent.
" La seule fenêtre d’information et de culture que nous pouvons offrir à nos enfants réside dans la télévision " déplore Boubacar, professeur dans un collège de Nouakchott, résidant à Basra. " Malheureusement, le potentiel faible de consommation de produits de seconde nécessité (culture et loisirs) des couches sociales qui habitent ces quartiers, fait qu’ils ne sont pas ciblés par les journaux et libraires " rajoute-t-il.
En fait, au-delà de la culture, on assiste à un phénomène de ghettoïsation qui touche les zones sub-urbaines de Nouakchott, dans le processus constant d’agrandissement de la ville. La corrélation d’une telle densification de la population, est la paupérisation accrue d’une grande partie de celle-ci, qui est naturellement isolée par le mécanisme simple et universel de l’exode rural qui se parque aux abords des villes. Ainsi, le centre continue une évolution, marquée par la diversité de sa population (étrangers, noirs, riches, couches moyennes, maures, occidentaux), alors que stagnent les zones périphériques à la structure sociale mono ethnique dans une grande partie (noire à 85% à Basra, ou maure à 65% à El Mina) et relativement pauvre.

Entre les rappeurs et les islamistes : Redonner une âme culturelle
La ghettoïsation culturelle que l’on constate, est donc principalement due à la pauvreté des foyers, qui pensent naturellement en premier lieu à remplir la douzaine d’estomacs qui vivent sous chaque toit en moyenne. Mais beaucoup des jeunes qui y vivent sont relativement conscients de ces entraves posées à leurs esprits. " Nous ne pouvons nous contenter de manger, travailler et bêler comme des chèvres pour un rien.
On veut être intégré à la vision de notre avenir, par les politiques, les milieux d’affaires, et comment y parvenir si on n’est même pas au courant de ce qui se passe chez nous ou ailleurs ? " clame énervé "Blast", jeune rappeur de 20 ans, d’El Mina. Son cri sonne comme une mobilisation contre une ghettoïsation de plus en plus marquée de leurs conditions, sociale et culturelle. Dans ce cadre, le rap entre autres, apparaît comme un palliatif (moindre, mais c’est déjà ça ndlr) au manque d’ouverture sur la culture en général et l’information en particulier. Un autre moyen de lire le monde, de le dénoncer ou de l’approuver trouve un écho chez les islamistes de plus en plus présents dans ces quartiers. Ils sont à mille lieues des rappeurs de ces zones, mais tous ont en commun de vouloir se libérer des chaînes mécaniques des ghettos.
Par Mamoudou Lamine Kane
mamoudoukane@hotmail.com


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