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''Attention à la crise humanitaire et sécuritaire au Sahel''   
07/12/2020

TRIBUNE. Beaucoup de facteurs sont en train de se croiser au Sahel. Il convient d’en prendre conscience pour prévenir les risques d’une catastrophe qui se dessine. Par Ibrahim Assane Mayaki*



Lorsque nous évoquons l’espace sahélien, c’est très souvent à travers le prisme sécuritaire et militaire. Aujourd’hui, cette crise revêt plus que jamais un caractère multidimensionnel, qui recouvre aussi bien des aspects de défaillance en termes de gouvernance locale, de catastrophe humanitaire, de désastre environnemental sans compter les conséquences liées à la pandémie du Covid-19 qui ont contraint plus de 2,7 millions de personnes à fuir leurs foyers selon le HCR, l’agence des Nations unies pour les réfugiés. Le piège serait donc de s’enfermer dans une perspective purement militaire.

Si l’insécurité est une problématique majeure pour le Sahel aujourd’hui, nous avons trop tendance à oublier que dans le fameux « continuum sécurité-développement », le pilier du développement est tout aussi important pour espérer répondre à des besoins immédiats et sur le long terme. À en croire le rapport 2019 des Nations unies sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde, le nombre de personnes sous-alimentées dans la région du Sahel a augmenté de 13,1 millions en 11 ans. Ce fléau n’épargne pas nos enfants dont 1,3 million d’entre eux âgés de moins de cinq ans souffraient de malnutrition aiguë en 2018, soit une hausse de 50 % par rapport à 2017.

Vue du village de Bani, au Burkina Faso, dans la province du Namentenga. La sécurité, alimentaire et des hommes, doit être assurée contre toutes tentatives de déstabilisation.   © PHILIPPE ROY / Philippe ROY / Aurimages via AFP


On peut également ajouter les trois pays du Sahel central – le Burkina Faso, le Mali et le Niger – qui verront leur population cumulée augmenter de 2 millions par an actuellement à 3 millions par an d’ici 2040. Par ailleurs, le manque de moyens de tous ordres se cumulant à l’insécurité, des centaines d’établissements scolaires ont dû fermer dans les pays de la sous-région, mettant à la porte des écoles des élèves dont l’éducation, et donc l’avenir, se retrouve irrémédiablement entravée.

En 2018, les dépenses militaires des pays du G5 Sahel ont atteint 1,4 milliard de dollars, un chiffre historiquement élevé. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), les dépenses militaires du Mali ont quadruplé entre 2013 et 2018, et plus que doublé pour le Niger dans le même temps. Face à la menace que représentent les différents groupes armés, les pays sahéliens consacrent une part toujours plus importante de leurs budgets à des dépenses de sécurité. Les États sahéliens sont donc contraints à des arbitrages budgétaires, coupant dans les dépenses visant à éradiquer les causes économiques et sociales des crises qui les frappent. Cet effet d’éviction s’est déjà fait ressentir dans les budgets des États consacrés à la santé, à l’éducation et d’autres dépenses sociales.

 

Définir des priorités à impact pérenne
La gouvernance, le développement humain, la construction et la rénovation des infrastructures doivent redevenir des priorités pour les États sahéliens et leurs partenaires internationaux. Sans amélioration de l’accès aux services sociaux de base et sans réelles perspectives économiques pour les habitants des régions sous tension, il est illusoire de vouloir casser la dynamique de violence et de misère. Il faut sortir du cercle vicieux où les dépenses de sécurité deviennent si élevées qu’elles obèrent des budgets ayant le plus d’impact sur le long terme pour reconstruire le vivre ensemble. Et pour cela, il nous faut commencer en premier lieu par regagner la confiance des populations avec qui le lien est brisé.

L’impératif sécuritaire ne doit pas nous faire oublier l’exigence de services publics et sociaux de qualité auxquels ont droit l’ensemble des citoyens de la région. Les menaces des groupes armés et terroristes ne doivent pas être un prétexte au « tout sécuritaire » faisant passer à la trappe des projets intégrés indispensables pour permettre à des espaces de se développer. Les politiques de sécurité et de développement doivent être menées de front, et aucune des deux ne doit être négligée, sans quoi nous ne sortirons jamais de la dangereuse spirale dans laquelle s’enfonce le Sahel.


* Dr Ibrahim Mayaki est secrétaire exécutif de l’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD)



 Le Point.fr


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