Les ex-otages autrichiens racontent leur captivité : La polémique reprend entre la presse algérienne et malienne   
05/11/2008

Les ex-otages autrichiens Wolfgang Ebner et Andrea Kloiber, libérés la semaine dernière au Mali, ont raconté mercredi 5 novembre leurs huit mois de détention au Sahara mercredi au cours d’une conférence de presse à Salzbourg et dans un entretien à la télévision publique ORF, précisant qu’ils n’avaient eu que du pain et de l’eau pendant cinq mois.



"Pendant cinq mois, nous n’avons eu que du pain et de l’eau. Alors qu’au début, quand tout le monde pensait que la situation n’allait pas durer, nous avions trois repas par jour avec de la viande, des pâtes, du riz", s’est souvenu Wolfgang Ebner, 51 ans, amaigri par l’épreuve. Sa compagne, plus réservée, a décrit les conditions de vie éprouvantes dans le désert et son isolement au sein du groupe en raison de son statut de femme non mariée. "Il ne faut surtout pas compter les jours dans ce genre de situation", a conseillé Wolfgang Ebner. Andrea Kloiber, 44 ans, a tenu, elle, un journal pendant les 252 jours de captivité. Les deux Salzbourgeois, deux randonneurs du désert, avaient été enlevés fin février en Tunisie. Une opération revendiquée par la branche d’Al-Qaïda au Maghreb. Chaque soir, les ex-otages recevaient un cours de Coran et sur la société islamique. "On l’a fait pour passer le temps, mais je ne suis pas intéressé par la religion", a précisé Wolfgang Ebner, indiquant aussi qu’ils pouvaient communiquer en anglais avec quelques ravisseurs, en espagnol avec d’autres ou du moins comprendre un peu de français et d’arabe. Il a confirmé que dans le groupe de ravisseurs se relayant pour les surveiller, comprenant notamment de jeunes Nigériens et des Sahraouis, figurait un des preneurs d’otages d’un groupe de touristes allemands et autrichiens en 2003 au Sahara. Il a passé un message de sympathie de ce ravisseur à un ex-otage de ce groupe.

 

          Presse malienne et algérienne:

         La polémique reprend


Au milieu du mois d’octobre 2008 «la Nouvelle République» un quotidien algérien  et «Aurore» (un journal malien)  avaient  couvert sur fond de vives polémiques  une rencontre à Alger consacrée à la lutte contre le terrorisme,  entre le chef d’Etat major de l’Armée algérienne et des hauts gradés de l’Armée malienne(voir notre lien : http://www.journaltahalil.com/detail.php?id=1645&categ=3.

 Début novembre 2008,  la libération des otages autrichiens va être encore l’occasion pour la reprise de la polémique entre la presse malienne et algérienne.Cette fois, entre deux autres organes de presse des deux pays : le quotidien algérien «Liberté» et le journal malien «L’Indépendant ».

 

Le journal Algérien «LIBERTE» tire sur le Mali

 

Titre: Alors que la Libye a payé 5 millions d’euros pour les otages autrichiens : Quand le Mali négocie avec le GSPC


L’affaire des deux otages autrichiens s’est bien terminée. Mais les conditions de leur libération sont toujours aussi troubles, ainsi que le rôle joué par les présidents malien et libyen.
Huit mois dans le désert et quelques coups de soleil après, Wolfgang Ebner et Andrea Kloiber ont été libérés contre une rançon. Dans le milieu des négociateurs, le paiement d’une "dîme" aux terroristes du GSPC qui ont posé quatre ultimatums sans jamais passer à l’acte, on hésite seulement sur le montant "de 3 à 5 millions d’euros". Le problème est que le gouvernement autrichien n’a jamais payé cette somme, encore moins le Mali, mais bel et bien le leader Mouammar Al-Kadhafi qui est venu à la rescousse de son ami et homologue malien, Amadou Toumani Touré.
Car dans cette sombre  histoire, les présidents libyen et malien ont joué avec le feu et les mallettes d’euros. L’implication d’Al-Kadhafi dans le dossier a commencé lorsque le leader d’extrême droite autrichien, Jorg Haider, qui s’est tué récemment en voiture, a demandé à son ami Seïf El-Islam Al-Kadhafi de l’aider à libérer les otages. Les deux hommes voyant l’opportunité dans cette affaire de récolter les lauriers politiques. Haider en augmentant sa popularité la veille d’élections et les Kadhafi toujours à la recherche de "coups médiatiques" afin de redorer le blason de Tripoli depuis la levée de l’embargo.
Al-Kadhafi met à contribution Amadou Toumani Touré (ATT), le président malien dont le nord du pays est infesté de groupuscules du GSPC qui sont aussi à l’aise que dans une colonie de vacances. Bamako bat le rappel d’Ayad Ag Ghali, consul malien à Djeddah, et met le maire de Kidal, Baba Ould Cheikh, sur le dossier. Durant des mois, ils ont été les principaux négociateurs avec le GSPC, sans aucune arme et apparemment sans craindre pour leur vie. Ils informaient les Autrichiens des revendications des terroristes et négociaient le prix de l’otage fixé à plus de 2 millions d’euros.
Malgré ses discours musclés sur le terrorisme, ATT joue un double jeu. Pour convaincre le GSPC, on rappelle aux terroristes du Sahel que la région nord du Mali n’a jamais représenté un danger pour eux, comme c’est le cas au Niger ou au Tchad où chaque incursion terroriste se casse les dents sur des armées régulières déterminées quand ce ne sont pas les tribus touaregs qui leur font la chasse. Pour Bamako, il est hors de question d’intervenir militairement et encore moins d’inquiéter ses "invités". Au mépris de toutes les conventions et les résolutions de l’Union africaine ou de l’ONU que le Mali dit prétend respecter pour lutter contre le terrorisme dans la zone sahélienne.
Cette protection alla même aux tribunaux puisque les plaintes déposées par des Maliens du Nord contre des attaques ou du racket exercés par le GSPC se sont retournées contre eux.
Des sources touaregs se sont dit plusieurs fois scandalisées par les "protections", dont bénéficient les groupes terroristes. L’armée malienne s’étant interposée à maintes reprises entre les Touaregs et les salafistes au profit de ces derniers.
De retour à Salzbourg, les otages autrichiens n’ont pas été trop bavards. Le gouvernement de Vienne avait placé tout son espoir entre les mains des Libyens qui ont servi, dans cette affaire, de financiers comme ils l’avaient précédemment fait dans l’affaire des 32 otages européens kidnappés par l’ex-"émir" du GSPC, Abderezak El-Para. Certains ont même tenté de convaincre Alger de libérer El-Para contre les otages autrichiens ! Mais le cynisme du président malien dans cette affaire a dépassé l’entendement. C’est tout l’appareil de l’État malien qui s’est mis au service d’une négociation, dont le GSPC en sort bénéficiaire car non seulement il profite des largesses territoriales d’ATT, mais également d’une rançon de plusieurs millions d’euros qui vont encore être injectés en armes et explosifs dans les maquis algériens.


MOUNIR B

LIBERTE
Source : http://www.liberte-algerie.com/edit_archive.php?id=102383


La réplique du journal Malien  «L’INDEPENDANT»


Titre: Libération des deux otages autrichiens : L’exploit d’ATT suscite l’ire d’un journal algérien

 

Alors que Maliens et Autrichiens se félicitent et se réjouissent de la libération des deux otages autrichiens, survenue en fin de semaine dernière,  c’est la colère du côté de l’Algérie où un journal de ce pays, proche du gouvernement, accuse ATT de traiter avec «les terroristes du GSPC qui sont aussi à l’aise dans le Nord-Mali que dans une  colonie de vacance». La libération des otages autrichiens, à travers l’implication personnelle du président de la   des heureux. Si les autorités maliennes et   autrichiennes se sont félicitées du dénouement heureux de la désormais affaire des deux otages, enlevés en Tunisie le 22 février dernier, puis transférés au nord du Mali, tel ne semble pas être le cas en Algérie où tout le monde n’apprécie pas l’événement de façon positive.
En effet, à la Une de sa parution d’hier, lundi 3 novembre 2008, le quotidien national d’information algérien Liberté (www.liberte-algerie.com/), un journal d’expression française, qui porte la devise : «le droit de savoir et le devoir d’informer», titrait ainsi : «Alors que la Libye a payé 5 millions d’euros pour les otages autrichiens, quand le Mali négocie avec le GSPC».
Dans cet article, ce quotidien pro gouvernemental sans se préoccuper trop de savoir ce qui s’est réellement passé dans cette affaire, se précipite d’ accuser le président Kadhafi d’avoir mis la   main à la poche pour débourser 5 millions d’euros en faveur des terroristes du GSPC, ravisseurs des deux otages européens. Ensuite, l’auteur de ce pamphlet, Mounir Boudjema, s’en prend gratuitement au président malien qu’il   accuse de «protéger les groupes terroristes» et de «jouer un double jeu malgré ses discours sur le terrorisme».
  Dans sa frénésie à vouloir coûte que coûte salir la réputation du Mali et l’exploit réussi par le président ATT dans cette affaire, notre confrère, progouvernemental algérien écrit ceci : «Bamako   bat le rappel d’Iyad Ag Ghali, consul malien à Djeddah, et met le maire de Kidal, Baba Ould Cheikh, sur le dossier…C’est tout l’appareil de l’Etat malien qui s’est mis au service d’une négociation, dont le GSPC en sort bénéficiaire car non seulement il profite des largesses  territoriales d’ATT, mais également d’une rançon de plusieurs millions d’euros qui vont encore être injectés en armes et explosifs dans les maquis algériens». «Le droit de savoir et le devoir d’informer» a certainement manqué à notre confrère qui, non seulement se plante, mais fait preuve de mauvaise foi.
En effet, l’ancien chef rebelle, Iyad Ag Aghali, n’a jamais été associé aux négociations pour la libération des otages. Depuis sa prise de fonction, il n’est pas retourné au Mali. Idem pour  le maire de Kidal, de son vrai nom Attayoub Ag   Intallah et non Baba Ould Cheikh comme l’écrit   faussement notre confrère. Du côté de l’Algérois, on a assurément l’imagination très fertile et le mensonge trop facile.

 

Mauvaise foi
La mauvaise foi de ce quotidien est manifeste quand il affirme que les terroristes «profitent des largesses territoriales d’ATT». Que non !
Tous les esprits lucides savent que les difficultés que connaissent le Mali au nord du pays sont essentiellement dues au fait que Bamako ne maîtrise pas ses frontières poreuses avec reprises, dans ces mêmes colonnes, nous avons eu à accuser l’Algérie d’ouvrir grandes ses frontières et de prêter une aide logistique aux bandits armés de Kidal.
De même, nous avons salué, en son temps, c’était en juillet dernier, la volonté d’Alger et de  Bamako consistant à la mise en place de patrouilles mixtes algéro-maliennes et l’échange  d’informations et de renseignements entre les deux armées pour en finir avec le terrorisme et le banditisme armé qui sévissent dans leur espace frontalier commun.

 

Fausses accusations
 Si ATT le pouvait, le GSPC ne séjournerait certainement pas un seul jour sur notre territoire. Ce groupe islamo-terroriste se déplace librement tout au long de la frontière algéro-malienne. L’accusation portée par le journal progouvernemental algérien contre le Mali peut se retourner contre son propre pays. S’il était aussi facile de neutraliser le GSPC, pourquoi les eux-mêmes ?
Chaque jour qui passe, nous savons que ce groupe, dont la nouvelle appellation est «La branche armée d’Al Qaïda au Maghreb», frappe en plein cœur d’Alger ou d’autres villes algériennes. Où sont   donc les intrépides soldats algériens pour en   finir avec eux ?.
Quand des éléments de ce groupe terroriste   pénètrent au Mali, ils n’avertissent personne.
Idem, quand ils en sortent. Parce qu’ils  «considèrent que le territoire de Dieu n’a pas de frontière». Ce qui est sûr, c’est que le Mali n’entreprendra jamais une action qui pourrait déstabiliser le pays de Abdoulaziz Boutéflika, le plus Malien des Algériens.
La résolution de la question de Kidal est en partie entre les mains d’Alger. Quel est l’intérêt alors pour le Mali d’oeuvrer pour nuire à son voisin algérien ? En ce qui concerne la rançon payée aux ravisseurs, ATT a, pour sa part, déclaré   haut et fort : qu’«aucune somme d’argent n’a été remise à personne» de la part des autorités.  Que l’exploit d’ATT face des jaloux, c’est humain, c’est compréhensible. Mais de là à croire que le Mali démocratique, en proie lui-même à des soubresauts armés dans le Nord-Est du pays, soutienne de quelque manière que ce soit des terroristes, il y a un pas que le quotidien national d’information algérien «Liberté» a trop vite franchi.
La leçon que l’on peut tirer de cette affaire des otages autrichiens est qu’elle vient justifier,  comme s’il en était encore besoin, l’impératif, voire l’urgence d’une conférence sahélo-saharienne sur la sécurité. Pour que les Etats parlent un même langage et agissent de concert pour faire de cette zone un espace de stabilité et de développement. 


 Chahana TAKIOU
L’INDEPENDANT  du 4 novembre 2008


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