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Dans le désert Mauritanien: L'archéologue, la caravane et le désert   
14/06/2020

Il prend l’air sérieux et ajuste son chèche une fois sur sa monture. Un coup de bâton sur l’arrière-train du dromadaire, un "hue" de circonstance et la caravane se met en marche.



 Sans un regard en arrière - on est déjà en retard -, le Français Thierry Tillet, 68 ans dont 47 à sillonner le désert saharien, commence avec trois chameliers une nouvelle méharée exploratrice à la tête d’un convoi de neuf dromadaires.

Trois cents kilomètres de Tichitt à Oualata, deux perles du Sahara mauritanien, au pas lent des hauts mammifères progressant en file indienne dans un paysage tantôt sablonneux, tantôt rocailleux.

L’objectif est autant archéologique - cartographier les sites rencontrés - que baudelairien: voyager pour partir, s’échapper, "le coeur léger semblable aux ballons" comme dit le poète.

Tillet est l’un des derniers de ces explorateurs européens à avoir sillonné le désert saharien depuis la fin du XIXe siècle.

Pour cette expédition montée avant l’épidémie de Covid-19, Ghabidine, comme l’a renommé un ami touareg, emmène pour la première fois des journalistes "pour que ce savoir atteigne le grand public".

Sur son dromadaire dodelinant, court bâton en main, en vieux tee-shirt troué et sandales usées, ses cheveux blancs ébouriffés comme sa barbe de quelques jours pourraient presque faire oublier qu’il fait autorité dans le domaine.

Longtemps directeur de recherche au laboratoire d’anthropologie et de préhistoire des pays de la Méditerranée occidentale du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) à Aix-en-Provence et à l’université de Grenoble en France, il a enseigné l’archéologie une vingtaine d’années à N’Djamena, Niamey, Bamako.

S’il ne rapporte aucun objet du Sahara - "il ne s’agit pas d’emporter ce qu’on trouve" -, il a documenté des civilisations néolithiques, dirigé l’inventaire des sites archéologiques maliens ou encore découvert un squelette de dinosaure dans le Ténéré nigérien.

"Mais parfois, de petits éclats d’outils découverts renferment plus d’informations qu’un dinosaure même si c’est moins spectaculaire", dit celui qui a dirigé plusieurs thèses de doctorants sur la sous-région.

Archéologue, il est "aussi botaniste, ethnologue, historien, géologue on fait de tout quand on est au milieu du désert!" Tillet veut renseigner chaque recoin et pan d’histoire de la plus grande étendue de terres arides au monde dans sa diversité.

Tout y passe: les centres religieux oubliés de confréries soufies dans le nord du Mali, les plateaux gréseux dans le nord-est du Tchad à la frontière libyenne, les peuplements sahariens préhistoriques au Niger. A chaque retour son lot de savoirs: des publications dans des ouvrages scientifiques, "quelques pierres ramenées pour la recherche", des photos d’objets néolithiques.

En ce moment, c’est un dépôt caravanier du XIe siècle perdu dans le sable mauritanien, le Ma’den Ijafen, qui le fait rêver. "C’est Théodore qui l’a découvert en 1956. Il m’a demandé d’y retourner." Trois ans qu’il le cherche sans succès ; durant le trajet, il enquêtera auprès de bergers nomades croisés.

"Théodore", c’est Théodore Monod (1902-2000), grande figure de l’exploration scientifique française au Sahara au XXe siècle. "L’un des plus grands explorateurs."

Lui n’est "pas un aventurier" ni "un casse-cou", dit-il même s’il peut être considéré ainsi quand il présente ses expéditions en France. "L’exploration porte un fantasme. Moi, je ne cherche pas à découvrir l’inconnu mais à découvrir ce qui existe! C’est ça, la vraie exploration scientifique."

Ici, les objets préhistoriques sont partout, découverts par un vent omniprésent. "Dans un climat continental, il faut souvent creuser. Ici, tout est à la surface."

Une meule par ici, une hache par là Des dizaines d’objets du néolithique gisent à même le sol, méconnaissables pour le quidam mais pas pour lui.

Sans cesse, sans prévenir ni prévoir, il tire sur la corde de son méhari pour l’arrêter quand il en aperçoit un. L’animal blatère. Lorsque le scientifique ne connaît pas, il prend des notes et les coordonnées satellitaires avec son GPS qui ne le quitte jamais.

Chez lui, dans le Périgord, dans le sud-ouest de la France, il les rapportera par des points innombrables sur une carte du Sahara, complétant inlassablement ce qu’il nomme sa "toile d’araignée": des centaines de points GPS qui sont autant une trace scientifique de ses découvertes pour l’étude des sociétés pré-historiques que des pistes pour les itinéraires des prochaines méharées.

afp


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