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Le calvaire des Sissokho : Par mégarde ou zèle?   
18/04/2006


La société TRANSAC sise en face du Ministère du Commerce, a été l’objet d’un cambriolage. Un ordinateur portable contenant des données dites importantes y aurait été dérobé dans le courant du mois de janvier.
Le commissariat de police de Ksar II dont les locaux se trouvent à la socogim PS se saisit de l’affaire. Les investigations menées, établissent selon les policiers, qu’un appel téléphonique aurait été effectué à partir du téléphone fixe de ladite société vers le numéro 655.22.33, manifestement un numéro de téléphone portable. Ce cellulaire aurait composé et appelé un autre numéro de téléphone portable. C’est ainsi que la police oriente ses recherches vers l’identification du propriétaire du deuxième numéro. Pour ce faire, un policier du même commissariat répondant au nom de Ndiawar Dicko (ressortissant de Kaédi) appelle ce deuxième numéro et tombe sur une femme au bout du fil.
Il cherche à l’identifier et ce, pendant près d’un mois. La femme s’appelle Dieynaba Abou Konaté. Elle réside à Djeol, village situé à 18 km de Kaédi. Elle est mariée au nommé Ibrahima Bâ dit Hamou. Ce dernier, instituteur de son état servait à Nouadhibou jusqu’à son départ pour la France où il a immigré depuis trois ans.


Hamou était venu en vacances au début du mois de janvier 2006 et est retourné en France à la fin du mois de février. Pendant son séjour, il fait un abonnement à Mauritel et à son départ laisse le téléphone à son épouse. Ndiawar avait commencé ses appels pendant que Hamou était encore là. D’ailleurs ceci avait créé quelques problèmes entre Hamou et son épouse. Il avait fini par avoir des soupçons sur les fréquentations de son épouse. D’où des scènes de ménage ayant débouchées sur une brouille.

Dieynaba face à "l’inspecteur Colombo"
Excédée par les appels répétés, Dieynaba saisit Amadou Soukandou Bâ, cousin de son mari. Ce dernier rappelle le numéro et demande l’identité de son correspondant en sommant ce dernier d’arrêter ses appels en direction de Dieynaba.
Ndiawar en profite pour lui demander son identité. Il lui déclare le plus tranquillement du monde qu’il s’appelle Amadou Soukandou Bâ et qu’il réside à Djeol. Aussitôt, le procureur de la République du district de Nouakchott (qui a démissionné depuis) délivre un mandat d’arrêt. Deux policiers dont Ndiawar quittent Nouakchott et se rendent à Djeol où ils localisent la maison de Dieynaba avec l’aide de la Gendarmerie locale. Ils l’embarquent ainsi que son père Abou Konaté qui sera débarqué à Kaédi et à bord d’une voiture banalisée.
Ils prennent la route. Direction: Nouakchott. Une fois dans la capitale, elle est conduite au Commissariat du Ksar II après être passée à Mauritel où le listing des appels émis et reçus sera effectué. Dieynaba sera soumise à un interrogatoire. On lui demande les noms des amis de son mari. Elle décline quelques identités : Abou Sissokho, Bouyagui Sissokho et Ali Sissokho. Les policiers lui intime l’ordre de les conduire au domicile de ces derniers.
C’est ainsi que le jeudi 06 avril vers 21 heures alors que la famille Sissokho est dans son salon à Basra, quelqu’un frappe à la porte d’entrée. Abou, l’aîné de la famille sort pour ouvrir. Quelques minutes après, il appelle son frère cadet Ali. Ce dernier sort à son tour et découvre une voiture de la police et des agents qui l’attendent. Bouyagui le plus jeune est également concerné. Leur mère, assise en face de la porte n’a eu que le temps de crier : " la police emmène vos frères ! ".
Les policiers les embarquent sans ménagement et foncent vers le commissariat de la Socogim. Avant de monter à bord, Ali tenait à connaître le motif de leur arrestation. L’un des flics lui dira : " les hommes s’expliquent au commissariat ".

Commissaire ou juge "Porphyre" ?
Arrivés au commissariat, les trois frères sont séparés et placés chacun dans une cellule. L’interrogatoire commença. Les policiers leur demandent s’ils connaissent un nommé Ibrahima Bâ. Lorsque la question fut posée à Ali, il répond: "Ibrahima Débou Bâ? Oui, je le connais." C’est l’ami d’enfance de mon frère aîné et nous étions ensemble à la Faculté des Sciences Economiques ".
Quelques minutes passent, on leur signifie qu’ils sont l’objet de soupçons du fait de leurs relations avec Hamou. A ce moment précis, Abou, l’un des frères, explique aux policiers que leur frangin Bouyagui Sissokho n’est pas ami à Hamou mais qu’en revanche, un de leur cousin qui répond aux mêmes nom et prénom, se trouve être proche de Hamou. D’ailleurs ajoute-t-il, c’est chez ce dernier qu’il habitait lors de son séjour à Nouakchott.
Aussitôt Abou appelle le grand Bouyagui, qui se présenta au commissariat. Le petit Bouyagui fut libéré.
Le développement de l’interrogatoire dévoilera qu’en arrivant de la France, Hamou avait débarqué à Dakar puis regagna Djeol. Ensuite il voyagera de Djeol vers Nouakchott dans le courant du mois de février. Avant ses vacances, il avait appelé Bouyagui Sissokho et lui avait demandé de lui communiquer le taux de change de l’Euro. Ce dernier en le rappelant, tomba sur sa femme à qui il dit ces mots : " Dis à ton mari que j’ai obtenu ce qu’il me demandait " (faisant allusion au taux de change). Les appels de Hamou devaient être probablement écoutés car cette phrase se révèlera capitale dans l’enquête).
Les enquêteurs demanderont à Dieynaba si elle confirme ces mots émis par Bouyagui. Elle répondit à l’affirmative. Bouyagui interrogé aussi, répètera les mêmes mots et confirmera les avoir bien prononcés. Les policiers demandèrent à Dieynaba si son mari lui envoyait de l’argent depuis la France. Bien évidemment : 10.000 UM chaque mois. A la question de savoir : qu’est-ce que son mari a ramené de Nouakchott ? Elle déclara avoir vu quelque chose de blanc dans la valise de celui-ci.
Voilà trois faits que brandiront les enquêteurs pour affirmer, d’abord que la phrase de Bouyagui faisait allusion à l’ordinateur volé. Ensuite : les 10.000 UM que Hamou a envoyé à sa femme proviennent de la vente de l’ordinateur. Enfin : la chose blanche aperçue dans la valise ne serait en fait que l’ordinateur.
Est-ce du béton comme arguments? Il fallait faire porter le chapeau à quelqu’un et on ne trouva rien de mieux que cet échafaudage ubuesque.
Par ailleurs, cette affaire rocambolesque fera davantage de vagues. Baboye Sall et Harouna Diallo, deux cousins de Dieynaba Konaté seront également arrêtés à Djeol et conduits à Nouakchott ainsi qu’un chauffeur de camion qui travaillait à Djeol. Ali Sissokho, après avoir passé la nuit du jeudi 06 avril au commissariat, a été relâché le vendredi 07 suite à l’intervention de son directeur qui s’est investi personnellement et a mobilisé toutes ses relations jusqu’au plus haut niveau. Quant à Abou et Bouyagui, ils sont jetés derrière les grilles comme de vulgaires malfrats au milieu des urines et des excréments. Que dire de Dieynaba, mise aux arrêts pendant une dizaine de jours malgré un certificat médical attestant qu’elle est en début de grossesse ?

Frangins Sissokho ou frères "Dalton"?
Abou Sissokho est un artisan qui vit de son métier. Ali son frère cadet, est directeur commercial et de recouvrement à Mauritanie Leasing, une institution financière. Il est connu et reconnu pour sa probité morale et son honnêteté. Depuis cette histoire, son travail a connu d’incessantes perturbations et devant les instances qui s’accumulent, son patron lui a conseillé d’entamer des poursuites judiciaires pour le préjudice qu’il a subi. Quant au petit Bouyagui, il est responsable de groupe d’appui aux programmes au PNUD. Le grand Bouyagui, lui, est ouvrier de son état.
Pendant une dizaine de jours, le commissariat de Socogim a connu une atmosphère inédite. Les abords immédiats étaient investis d’hommes et de femmes qui attendaient la libération des présumés innocents de Djeol. Oïga Abdoulaye, ancien directeur général de la CNSS, et ancien membre du bureau exécutif du PRDS, oncle des frères Sissokho, coordonnait la "résistance". Tout ce que le Gorgol compte comme personnalités a défilé au commissariat.
Enfin de compte, à l’issue d’une garde à vue d’une dizaine de jours, les suspects ont été déférés au parquet du tribunal le vendredi 14 avril. Le nouveau procureur de la République Ben Amar Ould Veten, a renvoyé l’affaire au lundi 17 avril car l’instruction du dossier souffre de manquements gravissimes. En l’occurrence l’absence de la plainte de Aziz Ould El Mamy, patron de la TRANSAC. A la lumière de cette affaire, des constats s’imposent : comment concevoir qu’un appel ait été émis à partir du téléphone fixe des bureaux cambriolés ? Un cambrioleur prendrait-il ce risque ? Paradoxal ! Pourquoi avoir orienté les recherches sur le numéro de Hamou plutôt que sur le 655.22.33, vers qui est parti le premier appel du fixe ? Pourquoi cette garde a vue de 10 jours contraires aux 72 heures réglementaires ? Pourquoi cet acharnement du commissaire à vouloir extorquer des aveux ? Pourquoi Hamou Bâ qui gagne très bien sa vie en France viendrait se procurer un ordinateur, volé de surcroît, à Nouakchott? La liste des éléments troublants est longue.
Avant cette soirée du 06 avril, aucun d’eux n’a eu maille à partir avec la police ou la justice. En attendant la comparution des frères, un flot de questions reste en suspens
Par Biri Ndiaye


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