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En Mauritanie, le président Ghazouani sort de l’ombre d’Aziz et affirme son pouvoir   
04/12/2019

Depuis sa prise de fonctions, en août, le nouveau chef de l’Etat prend soin de s’émanciper, pas à pas et en douceur, de son prédécesseur.
Par Christophe Châtelot - Le Monde



On ne voyait qu’elle, cette chaise vide. Un siège tapissé de velours rouge, comme les dizaines d’autres installés sur la tribune officielle dressée, jeudi 28 novembre, dans la ville d’Akjoujt (centre-ouest) prête à célébrer le 59e anniversaire de l’indépendance de la Mauritanie. Initialement, Mohamed Ould Abdel Aziz aurait dû s’y asseoir. Mais comme il semble se sentir à l’étroit dans son costume d’ex-président (2009-2019) qu’il a dû revêtir le 1er août, au soir de l’investiture de son successeur, il ne s’est pas montré en tribune.

Tous les Mauritaniens ont remarqué son absence, se demandant s’il fallait y voir l’expression de sa mauvaise humeur ou si on lui avait discrètement recommandé de ne pas venir. On ne voyait donc que cet espace vide… jusqu’à ce qu’il soit comblé par le président du Conseil constitutionnel. Tout un symbole alors que, depuis son élection, le nouveau chef de l’Etat, Mohamed Ould Ghazouani, multiplie les gestes d’ouverture en direction de l’opposition et les promesses de respecter un Etat de droit malmené jusqu’alors.

Selon un proche du nouveau président, cet épisode marque « la fin d’une illusion ». « Ça clarifie la situation, ajoute notre source. Le vrai chef c’est Ghazouani, qui n’est pas le Dmitri Medvedev local d’un Vladimir Poutine mauritanien ! » La question faisait jaser tout Nouakchott, et cela ne datait pas de ces derniers jours. Elle flottait dans l’air depuis l’annonce de l’investiture du candidat Ghazouani à la présidence, début 2019. Elle était portée par la proximité existant entre les deux généraux, forgée dans le succès de deux putschs militaires conduits main dans la main ces quinze dernières années.



Pas d’attaques publiques


Le taiseux Ghazouani avait jusqu’alors vécu dans l’ombre du sanguin Aziz. Il a occupé successivement les postes de chef d’état-major des armées puis de ministre de la défense, fonctions hautement stratégiques dans ce pays sahélien (frontalier du Mali) ébranlé par des attaques terroristes à la fin des années 2000. Pour l’opposition, il ne faisait donc aucun doute qu’il ne serait qu’une marionnette manipulée par son ancien chef. Les signaux envoyés par le nouveau président depuis son investiture entretenaient le doute. Issu d’une prestigieuse famille maraboutique, adepte du dialogue et du compromis, il a pris soin de ne pas heurter son prédécesseur, notamment dans le choix des nominations lors de la constitution de son équipe : pas de nettoyage par le vide, mais un savant dosage de nouveaux et de quelques anciens.



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