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AMDH/Equality Now : Des efforts soutenus pour éradiquer la pratique de l’excision   
02/08/2017

La pratique de l’excision en Mauritanie et dans certaines contrées de l’intérieur notamment dans les régions du Brakna, du Guidimakha et du Gorgol, a toujours demeuré une énigmatique question. Les pouvoirs publics et les ONG luttent toujours pour mettre fin ...



... à ce phénomène. C’est dans ce cadre que l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH) en partenariat avec l’ONG Manda-Equality Now, travaillent depuis presque 5 mois pour éradiquer cette pratique, en s’appuyant sur les mécanismes juridiques mis en place par les pouvoirs publics.

Le projet «Amélioration de la protection juridique des filles contre les pratiques traditionnelles nuisibles en l’occurrence les mutilations génitales féminines à travers l’utilisation de la loi et des mécanismes juridiques » vise à «disposer d’un état des lieux sur l’ampleur du phénomène dans les trois (3) régions ou wilayas à savoir le Guidimakha, le Gorgol et le Brakna  et sur les textes en vigueur pour protéger les victimes, faire le point des contraintes et des  défis liés à l’application des textes  en vue, d’en extraire les besoins d’interventions spécifiques pouvant permettre d’éradiquer ce fléau ».

C’est dans ce cadre, que l’AMDH a effectué du 22 au 27 juillet dernier, une mission de sensibilisation sur le terrain pour s’imprégner de l’état des lieux dans certains villages de Sélibaby et de Kaédi. Dans le village de Boroudji situé à 18 km de Sélibaby et relevant de la commune de Gouraye, l’équipe de l’AMDH a organisé une séance de sensibilisation animée par Mr Ba Amadou Bocar, chef d’antenne basée dans cette ville. Soixante quatre (64) femmes ont pris part à cette rencontre.

Dans son exposé devant les populations venues nombreuses assister à la séance de sensibilisation pour l’abandon de l’excision, Mr Ba, a d’emblée défini la notion des Mutilations Génitales Féminines (MGF), souligné les différentes formes d’excision, les conséquences immédiates et à long termes, les contres arguments religieux ou sociaux. Il a insisté sur les conventions de protection de l’Enfant (Ordonnance 2005-015), la Convention pour l’Elimination de toutes les formes de Discrimination à l’égard des Femmes (CEDEF) ratifiées par la Mauritanie.

Après son intervention, Mr Adama Siré Sow, imam du village et personne ressource, est revenu sur l’aspect religieux de la question en évoquant la position de l’islam en particulier en s’appuyant sur les différents rites malékite et hambalite qui considèrent  l’excision comme un acte honorifique pour les filles. Pour le rite Chaaféiste, l’excision est exigée pour les filles et la circoncision pour les garçons, a-t-il dit. Tandis que pour les hambalites, seule la circoncision est exigée pour les garçons. Revenant sur les spécialistes du droit musulman, le marabout a précisé que certains rejettent totalement la pratique de l’excision tandis que d’autres vont recommander l’excision comme une sunna et non une obligation. En définitive, il a recommandé l’abandon de cette pratique, compte tenu de son caractère nuisible.

Au cours de cette séance de sensibilisation, Mme Fatimata Thiam, assistante psycho-sociale de l’AMDH s’est entretenue avec une quarantaine de femmes au sujet de cette lancinante question de l’excision dans le village de Boroudji. Il en ressort de ces entretiens une prise de conscience généralisée de ces femmes qui ont soutenu que depuis qu’elles ont été sensibilisées par l’antenne AMDH de Sélibaby, elles ont décidé d’abandonner définitivement la pratique de l’excision qui, jadis, était un fait culturel très ancré dans leur tradition. Parmi ces femmes, deux exciseuses ont fait des révélations dans l’anonymat qu’elles faisaient cette pratique par ignorance mais que désormais, elles enterreront leurs outils d’excision. « Nous l’avons fait par ignorance. Maintenant que nous sommes sensibilisées sur les méfaits nuisibles et les conséquences juridiques, plus jamais ça» ont-elles soutenu. Il faut dire que les différentes séances de sensibilisations organisées par Mr Ba Amadou Bocar, chef d’antenne AMDH à Sélibaby et grâce à son expérience sur la question appuyé par le crédit et la confiance que lui vouent ces populations du Guidimakha, la pratique de l’excision dans beaucoup de villages de cette région sera remise aux calendes grecques.
Des témoignages n’ont pas manqué sur des cas critiques d’excision aboutissant à une mort d’enfant dans certaines localités à l’insu des pouvoirs publics.

Grosso modo, les femmes du village de Boroudji, dans la commune de Gouraye, conscientes des conséquences néfastes et nuisibles de l’excision et celles juridiques sur les pratiquantes de ce phénomène, ont décidé, de l’abandonner définitivement. 


Weendou Séno, davantage de la sensibilisation …
A Weendou Séno, village situé à 63 km de Sélibaby relevant de la commune d’Ajar, 700 habitants en majorité de femmes dont la plupart sont jeunes (entre 15 et 30 ans), la pratique de l’excision demeure encore. Les vieilles femmes n’étant pas nombreuses mais constituent le socle de cette pratique de mutilation génitale féminine (MGF), le phénomène persiste. La séance de sensibilisation a été animée par Mr Ba Amadou Bocar, chef d’antenne AMDH de Sélibaby, assisté de Hawa Amadou Ba et de Faty Housseinou Ba, toutes deux des relais de l’antenne AMDH.

D’abord, Mr Ba a tenu à faire un bref rappel des différentes formes des MGF en Mauritanie et leur fondement. Après avoir écouté les femmes sur cet aspect, il est revenu sur les fondements religieux et sociaux tout en mettant l’accent sur le caractère nuisible et les conséquences néfastes de cette pratique. Il a ensuite abordé les mécanismes juridiques (CEDEF, la constitution mauritanienne en son article 80 qui stipule qu’il est interdit à toute amputation d’organe humain sauf pour des besoins thérapeutiques, les conventions sur les droits de la femme et de l’Enfant), pour dire que la Mauritanie a ratifié des textes qui protègent contre ces pratiques de nature à violer les droits de l’Enfant. Il a cité l’article 12 de l’Ordonnance 015-2005 du 05 décembre 2005, portant protection de l’enfant, pour ainsi dire que la coordination de l’ADMH au Guidimagha est prête à accompagner devant l’administration et les juridictions les victimes de cette pratique, jadis acceptée par les communautés qui s’appuyaient sur les considérations culturelles.

Les participants à la séance ont remercié l’AMDH pour son engagement auprès des populations pour ainsi dire qu’elles abandonnent cette pratique sans fondement religieux.
Soixante dix (70) femmes avaient pris part à cette séance organisée au village du marabout Chérif Mamadou Amadou Sow, qui lui aussi a expliqué la position de l’Islam par rapport à cette pratique nuisible à la santé des femmes et de l’Enfant.
Une vingtaine de femmes excisées et les exciseuses ont, après avoir compris les méfaits sur la santé de la Mère et de l’Enfant, émis des regrets et fait des révélations sur certaines maladies contractées par la plupart des femmes victimes.


Wadjo Bokké abandonne l’excision
Dans le village de Wadjo Bokké, situé à 18km de la ville de Kaédi, près de 1000 habitants vivent dans cette localité d’éleveurs-agriculteurs peulhs. La pratique de l’excision est en passe d’être abandonnée, selon les témoignages de certaines femmes jadis sous le jong de la tradition.
Près de vingt (20) femmes avaient pris part à cette séance de sensibilisation présidée par Mme Rougui Ndiaye, animatrice à l’antenne AMDH de Kaédi. Après avoir campé la séance en mettant l’accent sur les mécanismes juridiques, Mme Rougui s’est entretenue longuement avec Mme Fatimata Mamadou Diallo, responsable des femmes pour jauger sa compréhension par rapport aux sensibilisations antérieures. Cette dernière a exposé des cas d’excisions qui ont engendré des complications, dont un jugé très sérieux survenu dans le village de Djéol à 80km de Kaédi. Ces cas, ajoutés aux autres conséquences sur la santé de l’enfant et de la femme mariée, ont conduit à une prise de conscience générale sur les effets nuisibles de la pratique de l’excision chez la petite fille.

En dépit des considérations culturelles, et grâce aux différentes sensibilisations faites par les membres de l’antenne de Kaédi, les femmes ont souligné que l’excision ne se pratique plus depuis quelques années dans le village. Tout compte fait, les femmes ont soutenu que désormais, plus d’excision de la petite fille dans ce village.
Il faut dire que les efforts fournis par l’AMDH avec l’appui d’Equality Now ont abouti à ces résultats même s’il reste encore à faire dans quelques localités à cause toujours du poids des traditions et de certaines considérations sociétales.
I.Badiane



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