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Carnet de Route : Nouakchott-Dakar, un voyage long et ennuyeux    
11/06/2008

Voyager de Nouakchott à Dakar en voiture, n’est pas chose aisée. Pour 468 kms de route, il se passe des moments difficiles ou agréables. Avec une pause qui s’impose à Rosso, où parfois on est livrés à la merci des policiers ou d’un chef de ce corps trop zélé, le voyage n’est pas de tout repos. Témoignage.



J’étais invité à Dakar à l’occasion de l’Assemblée Générale constitutive pour la création d’une Fondation des Emigrés Sénégalais (FES) qui s’est déroulée du 30 au 31 mai 2008 sur initiative des Sénégalais de l’Extérieur. Le 28 mai, je quitte Nouakchott à destination de Dakar avec une escale technique forcée à Rosso pour des formalités administratives de routine. Arrivée à Rosso à 7h30, j’attendais l’arrivée du personnel compétent de la police frontalière qui a pris d’assaut ses bureaux dès 8 heures. Je m’approche du bureau de l’inspecteur de police avec la complicité d’un ami policier que je viens de faire la connaissance, en la personne du B/C M.D pour le visa de mon ordre de mission. Les choses se passent le plus normalement du monde.
Mais auparavant, la veille de mon départ, je fus prêssé par mon directeur de publication, Isselmou Ould Moustapha pour  terminer mes papiers de l’édition en cours et prendre mon ordre de mission. «C’est toi qui m’a fait revenir, je suis en plein atelier» déclarait-il en me tendant l’ordre de mission. Sans tarder, il redémarre en me souhaitant bon voyage. Ce talentueux directeur de publication qui a fait les beaux jours de Nouakchott-Info,  est toujours égal à lui-même. J’ai pris le chemin de mon ambassade pour récupérer un autre papier, celui-ci qui s’appelle recommandation, accordé aux responsables au besoin. Mais ce ne fut pas comme chez mon directeur. Le chargé des affaires consulaires avait omis de mentionner mon nom de famille dans le libellé du texte. Nous échangeâmes quelques mots à propos. Visiblement dérangé et désolé, j’ai failli renoncer à ce papier. Mais tout finira par rentrer dans l’ordre. Néanmoins, le diplomate m’exhibe une annotation sous forme de remarque de l’ambassadeur, m’a-t-il confié. Je prends bonne note avec réserve.

Une traversée matinale
Après avoir traversé très tôt cette manche qui sépare les deux Rosso, je débarque chez mon ami, le commissaire Diallo du commissariat de police de Rosso Sénégal qui m’a chaleureusement reçu, comme d’habitude avec la plus grande considération. On échange des nouvelles de la Mauritanie et du Sénégal. J’oublie alors vite ce qui s’est passé la veille à l’ambassade. Car, je n’avais pas apprécié une telle remarque à l’encontre de ma structure associative qui pourtant, a toujours servi d’appui et d’appoint à cette représentation diplomatique au quotidien. Une trentaine de minutes a suffi au premier responsable du commissariat pour m’écouter faire la situation des ressortissants sénégalais en Mauritanie. Bref, je m’ébranle vers la gare routière où, sans tarder, j’embarque avec à bord que des Mauritaniens. Le voyage sera long et fatidique sous cette chaleur accablante. Mais, les conditions internes étaient agréables. Nous avons voyagé dans la convivialité. Après le départ, un policier nous somme de montrer nos pièces d’identité et les devises (pour les mauritaniens). Ce qui fut fait sauf le jeune Mohamed qui a déjà commencé à vendre sa devise. Ce qui n’a pas été du goût du policier qui avait menacé de le reconduire à la frontière. J’interviens en prenant fait et cause pour le jeune. J’obtiens gain de cause. Jusqu’à destination, nous avons vécu comme les membres d’une seule famille pour la simple raison que mauritaniens et sénégalais doivent vivre en symbiose. Nous descendîmes un à un avec un mot de « marhanbikoume » (merci à vous).

Dakar, ville fantôme
A Dakar, mon séjour n’était pas de tout repos. Entre les réunions enchaînées et les visites parentales sans compter les problèmes privés personnels, le temps ne me suffisait pas du tout ! Mais j’ai fait avec parfois la complicité de mes amis qui maîtrisent bien les exigences d’une ville fantôme comme Dakar, cette ville en chantier où tout est contournement avec ses autoroutes à péage, ses échangeurs etc. Malgré tout, la circulation est dense. Le séjour a été long et les problèmes à résoudre à n’en plus finir. D’ailleurs, mon séjour a coïncidé avec les préparatifs pour l’ouverture des assises nationales sur la situation socio-politique et économique du pays qui s’est tenue le dimanche 1er juin au Méridien Président. C’est parti pour 6 mois, nous dit-on. Deux camps antagonistes se battent et réclament une certaine légitimité. Le front sigil Sénégal composé de l’opposition et d’une partie de la société civile bât en brèche pour montrer sa préoccupation de la situation socio-économique du pays. Le régime en place, lui, cantonne sur sa position de boycott des assises nationales car, l’opposition n’a pas reconnu la légitimité du président Wade, une histoire qui remonte aux élections présidentielles de février 2007. Le camp présidentiel a organisé aussi une contre conférence qui a tourné en un imposant meeting populaire à la permanence du Parti Démocratique Sénégalais (PDS) pour dénoncer ce qu’il appelle « un complot contre la démocratie ». Malgré cette ferveur, Dakar a gardé son calme et sa sérénité.

Un retour fastidieux
Le 04 juin, je quitte très tôt la capitale sénégalaise dans le noir. Les coupures intempestives d’électricité ont fâché plus d’un dakarois. Les politiciens de l’opposition en ont profité pour attaquer le pouvoir. Je me sépare d’une situation stressante pour rejoindre le paisible pays des « Nar Ganar» (expression donnée aux maures mauritaniens). Arrivée vers midi à la frontière Rosso Sénégal, je me précipite pour  ne pas rater le ferry mais surtout l’enregistrement sachant qu’une pause s’imposera inéluctablement. Je repasse voir mes amis de Rosso et je fis la connaissance d’un confrère sénégalais en la personne de Bâ Mouhamedou dans le bureau du commissaire. Vite, je me débarrasse d’eux et traverse sur l’autre rive. Dans la foulée, les policiers nous accueillent avec un ton ferme et menaçant. « Vos pièces d’identité ! » demandaient-ils, furieux de nous voir comme si nous étions des personnes non grata. Par la suite, on nous informe que l’inspecteur est déjà parti pour la pause et il ne reviendra qu’à 15 heures.

L’interminable attente
A 15 heures, le bac commence sa première rotation. Jusqu’à 16 heures, notre inspecteur n’est toujours pas là pour nous viser nos papiers. Les passagers deviennent impatients et impuissants car seul le chef décidera de leur sort. Partiront, ne partiront pas. Qui sait ? Je fus conduit par un chauffeur, Lamine, qui cherchait des passagers en partance sur Nouakchott. Je prends place sous une petite khaïma de Madame Nasr qui préparait du thé pour les passagers. C’est son activité quotidienne. A 13h45 je m’en vais prendre un méchoui et une boisson en attendant de reprendre la route. Sous la tente, trois Mohamed, la cinquantaine sonnante, s’invitent à manger du riz bouilli à la viande. L’un d’eux jette un regard sur moi et m’invite à venir manger alors que je griffonnais sur du papier. « J’espère que tu n’écris pas sur nous ? » lance-t-il en hassaniya, tout souriant. « Bien sûr, répond son ami, il écrit sur toi qui mange ». Je souris en remerciant Mohamed qui a eu la gentillesse de m’inviter à partager le repas avec eux.

L’hospitalité mauritanienne toujours et partout
Madame Nasr, épouse d’un ancien gendarme, la cinquantaine aussi, s’ouvre à moi. « Tu ne manges pas le repas que j’ai préparé ? ». « Non, je viens de prendre un méchoui, c’est suffisant », répondis-je. Cette femme m’a révélé qu’elle est mère de deux filles policières et a toujours fait manger les nécessiteux dans cet endroit depuis maintenant 7 ans. « Je n’aime pas manger seule. Je partage toujours mon manger et mon thé avec les autres car pour moi, la vie est faite de partage » a-t-elle déclaré en me tendant un verre de thé alors que j’avais déjà payé deux autres avec elle. Finalement, les occupants de la tente deviennent tous comme les membres d’une seule famille. C’est l’expression d’une hospitalité légendaire qu’on a toujours trouvée en Mauritanie partout où besoin en était.

Le casse-tête des voyageurs
Après 4 heures d’attente, l’inspecteur nous a finalement libéré. Mais, il a fait une bonne trentaine de minute dans son bureau avant de nous libérer sur un coup de griffe de son bic sur le papier, le visage serré et la mine morne. « Il est toujours comme ça », rassure un habitué des lieux. « Il faut le comprendre, c’est un arabisant, il faut qu’on l’interprète les textes écrits en français », poursuit-il. Devant ce débarcadère, il n’est pas rare de voir les policiers traiter les passagers comme bon leur semble, parfois avec des propos peu amènes et péjoratifs. L’un des chauffeurs venus guetter les passagers nous a raconté l’histoire de Mansour, ce policier qui ne se faisait pas prier pour un rien et se trouve aujourd’hui au purgatoire. Son ami de dire que « c’est pourquoi, dans cette vie éphémère, il faut toujours faire attention ». Nous sommes libérés du débarcadère et hop, on s’ébranle en direction de Nouakchott à 16 heures 40.

Racket!

Arrivé au poste 18, un gendarme nous fait signe de s’arrêter. Il s’approche du véhicule et identifie les étrangers. « Donnez-moi vos pièces d’identité et suivez-moi », lance-t-il. Nous le suivons et il nous introduit dans une pièce pas très commode. Après l’enregistrement, il exige la somme de 500UM (cinq cents ouguiyas) à tout le monde. Moi, j’ai été exempté pour la simple raison certes, que j’avais mon ordre de mission mais aussi parce que j’avais mis ma carte de presse ensemble avec ma pièce d’identité. Ma surprise fut grande. Une question me vient en tête. Le chauffeur me confirme. « Ici, tout étranger de passage doit défalquer ce montant forfaitaire de 500UM. Parfois, nous, pour ne pas perdre du temps, nous demandons aux passagers de préparer chacun ce montant qu’on donne dès notre arrivée à ce poste ». Pour moi, c’est une farce. Mais un passager qui fait la navette sur cet axe me confirme tout ce que me disait le chauffeur. « J’ai toujours payé 500 UM à ce poste ».
Pourtant, durant tout le reste du trajet, nous n’avons eu droit qu’à un contrôle de pièce d’identité sur tous les postes de police jusqu’à Nouakchott. Même au poste de police du Pk 20 de Nouakchott, on ne rackette plus.

Compte rendu de  I. Badiane


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