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Urbanisme : La mosquée marocaine retrouve son âme   
29/04/2008

Depuis près de deux décennies, la mosquée marocaine présentait sur sa face ouest un spectacle qui affligeait bien de croyants. Ce flanc était défiguré par une rangée de boutiques où l’on négociait les céréales, mais aussi un lieu, où les ateliers de soudure métallique avaient planté leurs quartiers.



Lorsqu’on allait y prier, il fallait enjamber les bouts de ferraille et supporter le bruit assourdissant des meules. Il y’a une dizaine de jours, tous ces commerces ont été détruits mais non sans heurts. Dire qu’il y’en avait qui se « sucraient.»

Les fidèles qui fréquentaient la mosquée marocaine le savaient certes mais les passants qui passaient du côté du carrefour portant le nom de la même mosquée le savaient aussi, ce côté du lieu de culte était désespérant à voir. N’eût été le minaret de la moquée que l’on parvenait à apercevoir, il serait bien difficile de songer que la place était bien un lieu de prière. Sur le côté ouest, en partant du mur de la nouvelle maison des jeunes jusqu’à l’angle droit, cette partie était le fief des négociants en céréales. C’est ce qui explique que le coin était toujours bouché par des camions gros porteurs qui étaient en permanence en station. Le blé, le mil et les graines de haricot étaient déchargés tous les jours. En continuant sur l’axe opposé de l’angle, c’était une rangée successive de locaux où les ateliers de soudure métallique occupaient le terrain, on a du mal à imaginer que derrière le tintamarre, il y’a une mosquée. Cette plaie est longtemps demeurée ouverte jusqu’à ce que les services de la Communauté Urbaine de Nouakchott ont décidé de mettre fin à cette situation. C’était il y’a une dizaine de jours.

bras de fer
Les riverains du quartier s’étaient réveillés avec la surprise mêlée de crainte de voir le secteur bouclé par des voitures de la police. Les fonctionnaires ont intimé aux propriétaires des commerces de vider les locaux qui doivent être détruits. Ces derniers ont opposé un refus d’obtempérer arguant que les baux qui les liaient aux « Awqafs » couraient toujours. Certains avaient menacé de se coucher sous les camions pour défendre leurs propriétés. Il a fallu que le Président de la CUN en personne vienne superviser les opérations de déguerpissement et de démolition pour qu’ils se résolvent à débarrasser les lieux. Ahmed Ould Hamza en a profité pour rétablir quelques vérités que le commun des mauritaniens ignorait certainement. Il a ainsi déclaré : « ces personnes qui se disent déguerpis de force ont eu plus d’un an de délai depuis que leur bail est arrivé à terme. D’autre part il faut savoir que ces gens ne sont pas les véritables locataires signataires des contrats. Ces derniers ont acquis leurs locations à des prix tournant autour de sept mille ouguiyas et les ont sous-louées jusqu’à 70.000UM. Il est temps que tout cela cesse. Il s’agit d’un lieu de culte on ne peut plus continuer faire fonctionner ces boutiques. »
Le maire crève l’abcès
Cette sortie du Premier Magistrat de la ville de Nouakchott a eu le mérite d’asseoir l’autorité communale sur le lobbying des intérêts individuels et a éclairé la lanterne de tous ceux qui ignorent les dessous de cette affaire. En tout cas, une chose demeure évidente, on ne saura peut-être pas les véritables motifs de ceux qui ont permis cette anomalie qui n’avait que trop duré mais, il nous enseigne quand même que les chasseurs de gain doivent écouter un peu plus les voix de la morale sociale et observer plus de scrupules dans leur « affaires ». En attendant, la place laisse voir désormais un trou béant sur une surface de gravats. On peut enfin jeter un regard à la mosquée qui a retrouvé des couleurs. Déjà, des maîtres maçons marocains ont commencé à prendre les mesures des murs qui s’élèveront bientôt. On dit que les sujets de Sa Majesté le Roi Mohamed VI n’avaient jamais caché leur désapprobation au sort qui était réservé à cet édifice qu’ils avaient érigé en terre mauritanienne dans le seul but d’en faire un lieu de culte. Toutefois, on notera aussi que la présence du Centre Culturel Marocain au sein du même site reste à un degré moindre une entorse à sa vocation première. Même si culture et culte peuvent faire bon ménage. 

Biri N’Diaye 


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