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Hip hop festival: Nouakchott à l’heure du Rap   
28/04/2008

En perspective au premier festival Hip Hop prévu du 07 au 09 mai prochain et dont l’objectif est d’encourager une nouvelle dynamique autour de la musique à l’image des autres pays de la sous-région, nous nous sommes intéressés à la tenue de cet evenement. Son organisateur, Kane Limam dit Monza, la vingtaine, ce rappeur engagé a été, depuis son adolescence, passionné par l’écriture et la musique.



Dès l’âge de 15 ans, il a intégré le groupe African Prodige pour rejoindre le collectif Intelligentsia, puis Do Rê Mifa en 1998, année où il a connu sa première diffusion sur les ondes de Couleurs Tropicales de RFI.
Mais, c’est en 1999 que notre rappeur a créé son propre groupe « La Rue Publik ». Bachelier en 2000, il va à l’étranger poursuivre ses études où il revient avec un diplôme de technicien supérieur en téléinformatique. Son ambition, « développer une musique dans un pays où l’art et la culture souffrent de laisser-aller ». Fort d’une bonne dose d’expérience, il participe et anime plusieurs concerts dont le premier en mars 2001 fut organisé dans une école d’une banlieue de la place. « Assalamalekoum Hip Hop », nom du festival, outre le thème de l’unité qu’il abordera, se veut porteur de message ludique et sensibilisateur. A l’heure où les jeunes africains transitent en Mauritanie pour risquer les routes de l’incertitude dans des pirogues de la mort en quête d’un eldorado incertain, ce festival tirera sur les sonnettes d’alarme pour informer sur la gravité du problème. L’idée pointue du jeune, aspire concrètement à connecter Nouakchott et les autres capitales de la sous région via les artistes afin de favoriser l’échange et le développement de la culture. A cette occasion, nous l’avons approché et Monza s’est prêté à nos questions.

 

Kane Monza : «Je veux donner une place au rap dans la musique Mauritanienne»

 

Tahalil Hebdo : Présentez vous à nos lecteurs.
Kane Monza :
Je m’appelle Kane Monza qui veut dire musique originale, natif de la zone authentique en l’occurrence la Mauritanie. J’ai commencé à faire de la musique Rap depuis 1995. Mon premier Album est sorti en 2004. C’est le premier CD entièrement réalisé en Mauritanie. Dans mon parcours d’artiste j’ai fait pas mal de rencontres à l’étranger et la première compilation de l’histoire du Rap mauritanien que j’ai unitié avec le collectif de certains groupes. En 2006 j’ai fait une compilation qui est sortie en Allemagne qui s’appelle African Rebel Music avec notamment d’autres artistes mauritaniens qui y ont participé. Et en 2007 il y a eu le premier Album de mon groupe qui est la Rue Publik que je représente avec un certain Couly Man.

T.H. : Comment est venu le nom « la Rue Publik» ?
K.M. :
Vous savez dans Rue Publik il y a rue et vie privée. J’ai travaillé avec un animateur français et un jour on marchait dans la rue et on a vu écrire sur un panneau « Rue Privée ». Alors l’idée m’est venue en tête lorsque je discutais avec mon ami. Je lui ai dit : nous allons créer un groupe que nous appellerons la Rue Publik. Et nous abordons des thèmes sur le mariage forcé, la pauvreté, le thème de la paix etc.

T.H : Vous aller organiser un festival du 7 au 9 mai prochain ; comment vous est-elle venue l’idée ?
K.M. :
Par rapport à mon parcours dans le rap mauritanien j’ai eu à avoir certaines observations relatives au manque d’organisation, de structures et aux énormes difficultés que rencontrent les artistes mauritaniens. J’ai eu cette envie de vouloir structurer ce mouvement même si c’est un mouvement qui ne m’appartient. Je suis partie intégrante de ce mouvement et vu que les instances gouvernementales en charge de la culture et l’art ne s’occupent pas réellement de la musique rap, je me suis dit qu’il faut nécessairement monter des projets pour développer ce mouvement quitte à faire intervenir des artistes mauritaniens.

T.H. : Quel est l’objectif principal visé en organisant ce festival de musique Hip Hop en Mauritanie ?
K.M. :
 L’objectif principal de ce festival c’est de faire valoir la reconnaissance de la culture et surtout le Rap mauritanien parce qu’aujourd’hui quand on parle de Hip Hop de façon générale cela englobe le Rap. On parle du rap en France, aux Etats Unies et après on parlera du Sénégal qui est notre voisin alors qu’ici en Mauritanie on n’en parle pas. Nous en tout cas, en tant qu’acteurs de ce mouvement depuis 13 ans nous savons vraiment qu’il y a des talents. Je ne cite pas de noms mais il y a quand même un véritable potentiel ici qu’il faut essayer de faire valoir. Du point de vue médiatisation le Rap en souffre, la Mauritanie en souffre aussi. Nous voulons montrer la vraie image de la Mauritanie. Montrer qu’il y a une structure Hip Hop ici et qui est une réalité car il y a des artistes que le monde doit découvrir.

T.H. : Si l’on comprend bien à travers ce premier festival Hip Hop, vous voulez faire découvrir les talents cachés du rap et au-delà de cette découverte vous souhaiteriez aussi faire découvrir aux visiteurs et/ou aux invités la vraie visage de la Mauritanie à l’instar du festival international de musiques nomades qu’on vient d’organiser récemment. Est-ce une duplication ou un festival bis?
K.M. :
Bon déjà partout dans le monde, on vous dira que le rap est une forme de cluse. Tout le monde a cette image qui est un peu malsaine du rap ou des artistes qui font du rap et moi par apport à ça je veux justement prouver le contraire parce que le rap aujourd’hui grâce à l’engagement de certains groupes, il y a des choses qui commencent à changer même au niveau de la jeunesse mauritanienne. Maintenant par rapport à votre question ce n’est pas un festival bis. Plutôt ce premier festival c’est pour dire que le Hip Hop existe et il est là. Moi je veux donner une place au rap dans la musique Mauritanienne. Je dirai que le rap mauritanien s’est imposé de lui-même.

T.H. : A travers ce festival, quel est le message que vous souhaiteriez véhiculer au profit des Mauritaniens surtout que nous sommes dans un contexte d’unité nationale.
K.M.
 : Je pense que le nom du festival est un message. Assalmalekoum Hip Hop festival c’est quand même un symbole de paix avant tout. Il y a beaucoup de tensions dans le pays. Je voudrais attirer l’attention des gens sur la nécessité d’avoir une certaine stabilité qui est synonyme de paix pour bâtir un pays fort, pour bâtir un mouvement, pour bâtir une nation et le mouvement en l’occurrence c’est toujours le hip hop c’est le mouvement pour lequel moi, je vais me battre jusqu’à la fin de mes jours.

T.H. : Organiser un festival ce n’est pas une chose aisée. Quelles sont vos sources de financement ?
K.M. :
Par apport à cette question, je dirais que tous les bailleurs de fonds que j’ai approché n’ont pas réagi mis à part M. Ahmed Ould Hamza, président de la Communauté Urbaine de Nouakchott qui m’a promis de faire quelque chose et à qui j’ai espoir connaissant la personne. Sinon, j’ai une seule source de financement et qui m’étonne beaucoup mais que j’apprécie dans une certaine mesure. C’est la Coopération Française qui m’a financé la majeure partie de mon budget. L’autre partie du budget c’est moi en personne qui me débrouille par mes modestes relations, pour trouver des choses gratuitement. Je n’oublie pas de dire que mon premier interlocuteur c’était le Ministère de la Culture et de la Communication parce qu’en tant que Mauritanien avant d’aller voir d’autres personnes, je dois m’adresser à mon département. Parce qu’il y un ministère de la Culture et ce que je fais rentre dans le cadre des activités culturelles. J’ai fait ces démarches mais jusqu’à présent j’ai eu que des promesses qui tardent à se réaliser.
T.H. : Quels sont les artistes invités ?
K.M. :
Pour les artistes invités, on a eu du mal à choisir. Mais comme c’est une grande première on a invité la majeure partie des jeunes talents mauritaniens et tant d’autres étrangers comme le groupe Daara-J du Sénégal.

T.H. : Quels sont vos projets d’avenir?
K.M. :
Quand on dit festival c’est un évènement qui va se passer chaque année. J’ai une vision à long terme de ce projet c’est-à-dire que cette année on le fera selon nos moyens avec une petite envergure mais j’espère que l’année prochaine avec la réussite de cette première édition, on aura plus de bailleurs de fonds et j’espère aussi que les mauritaniens eux-mêmes que ce soit les entreprises privées, les entreprises publiques, l’Etat en l’occurrence le ministère de tutelle s’impliqueront de façon réelle et véritable pour le succès de la deuxième édition.

T.H. : Quel message lancez-vous à l’endroit des jeunes de votre pays ?
K.M. :
C’est aux jeunes d’aujourd’hui de choisir le bon chemin qu’ils veulent. S’ils ne savent pas comment le choisir, il faut alors repenser vraiment et réellement à leur origine c’est-à-dire l’Afrique. Ceux qui veulent partir en Europe n’ont qu’à savoir qu’il existe bien des possibilités en Afrique. Il suffit de se battre et non braver la mer à la recherche de l’impossible eldorado européen.
Propos recueillis par Ibou Badiane


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