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Déclaration de Conscience et Résistance:INSIDIEUSE DERIVE DE LA MAURITANIE VERS LE WAHHABISME   
04/04/2008

Présenté devant le juge d’instruction, le jeune prévenu Sidi Ould Sidina, co-auteur présumé du meurtre de touristes français en Mauritanie, le 24 décembre 2007, réussit, le 2 avril 2008, à se débattre, sauter de l’enceinte du Palais de justice et échapper ainsi à ses gardiens. L’ «évasion», en compagnie de l’un de ses cousins agent de police, s’est déroulée en plein jour, à Nouakchott.



Ould Sidina - déjà jugé et libéré lors d’un procès pour des faits similaires - et son complice de lointaine origine française Ould Chabarnoux, étaient détenus à la prison de Dar Naïm, au nord de la capitale. Situé sur un terrain vague, à découvert entre deux chaines dunaires, le lieu se trouve sous la surveillance d’une unité de la garde nationale, composée de 3 éléments assis, dépenaillés, au sol, dans une tente militaire, à 200 mètres de l’entrée. Ensuite, juste devant le portail, un poste de garde de deux personne officie devant une guérite en carton-pâte ; il vérifie, une seconde fois, l’identité des visiteurs. Passent, par là, en contrepartie de cadeaux et de bakchich, des colis de cigarettes, d’aliments, de journaux, d’articles de toilette et toute sorte d’objets dont les prisonniers solliciteraient l’usage.

La prison  de Dar Naïm abrite les principaux trafiquants de drogue encore détenus et l’ensemble des prévenus islamistes. Elle n’offre, pour l’instant, aucune des garanties de sécurité requises par la qualité des "locataires".

Le lendemain, 4 avril en milieu de journée, les forces de l’ordre encerclent le quartier historique de Nouakchott, dénommé Ksar; elles y installent des barrages filtrants et interceptent les véhicules afin de vérifier leur identité et celle des passagers. L’une des voitures, une Mercédès modèle 190 sombre franchit le cordon à toute allure; le conducteur mis en demeure de s’arrêter n’obtempère pas. S’ensuit une course-poursuite  et des coups de feu tirés, par les policiers, sur les roues du véhicule suspect. Finalement, les occupants se rendent; parmi eux, l’on retrouve Ely Ould Beddy Ould Mohamed, une figure de notoriété parmi les groupes de jeunes salafistes, recherché depuis 2006. Les tirs, en plein jour dans les rues de la capitale ont accentué, au sein de la population, l’impression générale d’amateurisme et d’instabilité croissante, depuis l’attaque impunie de l’Ambassade d’Israël, par une poignée d’activistes toujours introuvables. Sur ce, L’Emir du Qatar s’empresse de quitter la capitale, sans protocole au salon d’honneur ni délégation d’accompagnement.

Pour l’instant, les premières sanctions frappent déjà les échelons subalternes tels le régisseur de la prison de Dar Naïm, le substitut du procureur général et le juge d’instruction. Or, compte tenu de la profondeur de l’influence ces milieux salafistes dans l’appareil d’Etat, notamment la justice, de telles mesures ne semblent pas de nature à convaincre l’opinion et les partenaires extérieurs, d’une réelle volonté de rupture et de réforme.

Au moment où des voix de plus en plus autorisées s’inquiètent de l’influence des salafistes sur l’appareil judiciaire de la Mauritanie, pays dont la législation pénale s’inspire littéralement de la Charia,   d’autres signent confortent l’impression que la Mauritanie devient, au sens plein du terme, un Etat Islamique, sur le modèle du Wahhabisme, avatar qualitatif dans le processus d’évolution vers la théocratie.

Au terme de sa session, la Cour Pénale près le Tribunal de Kiffa, siégeant en première instance, a prononcé, le 24 février 2008, des peines cruelles et dégradantes, certes conformes aux prescriptions de notre norme mais en totale contradiction avec les engagements internationaux de la Mauritanie, lesquels priment, selon les standards du droit international ; les faits datent de quelques années déjà et aucun juge, sous la dictature du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya, ne se serait risqué à un tel verdict. En voici le détail :
1/ Meurtres :
- L’accusé Ahmedou Ould Rachid a été reconnu coupable ; les ayant droit de la victime lui ont accordé pardon, ainsi, est-il condamné à :

-1 an de prison ferme,
-100 coups de fouet,
-Paiement de dommages et intérêts
- L’accusé Abderrahmane Ould Abdallahi : condamné à mort,
- L’accusé Boubacar Fofana : acquitté,
- L’accusé Mohamed Lemine Ould Saleck : non justiciable car mineur
2/ Adultère, fornication, naissance d’un enfant naturel
- L’accusée Bhaida Mint Walid : reconnue coupable de Zina dont la peine correspond à 80 coups de fouets mais jugée inapplicable pour cause de handicap mental.
3/ Vol
L’accusé Moustapha Ould Sidi Mohamed : reconnu coupable et condamné à :
-rendre les biens subtilisés,
-amputation de la main droite
4/ Diffamation
L’accusé Mohamed Ramdane Ould Yaghoub dit Khouna : reconnu coupable et condamné à :
-80 coups de fouet,
-Paiement des dommages et intérêts
Depuis quelques semaines à Nouakchott, la consommation d’alcool dans les restaurants et les débits de boisson est soumise à des contrôles stricts, en dépit de la tolérance dont jouissaient les vendeurs de ce produit prohibé.
Deux magistrats d’obédience salafiste se sont illustrés par un zèle personnel à empêcher la vente des vins et autres spiritueux dans les lieux publics. Les juges n’ont jamais osé soulever avant l’avènement du régime civil en mars 2007. Leur empressent s’est accentué surtout depuis le début de l’année 2008.
Ils procèdent  ainsi : l’un d’eux, aux heures d’affluence, pénètre dans un restaurant, à l’improviste, muni d’une autorisation de perquisition qu’il s’auto attribue et signe ; il ordonne la cessation immédiate du service et se met à inspecter les tables, une à une, allant jusqu’à renifler les verres des clients, en détail, s’efforçant de vérifier, par l’odorat et l’œil, l’identité et la qualité du breuvage.
Il faut rappeler que ces praticiens de la justice ne se font pas assister par des œnologues, ni des échansons, métiers introuvables en Mauritanie.
De nombreux hôtes ont subi ces vexations et en protesté auprès de leurs ambassades ; parmi les victimes de ces intrusions, l’on compte une délégation de l’Union Européenne, dérangée, en plein dîner, au restaurant La Salamandre, à Nouakchott. Pourtant, en matière de délit alimentaire, les non-musulmans bénéficient, selon les préceptes de la Charia, d’une exemption de proscription.
Au plus fort des inspections, l’incorruptible juge d’instruction Mohamed Ould Cheikh Sidiya se rendait lui-même sur les lieux, pour y faire prévaloir la bienséance. Il sévissait en connivence avec le Procureur de la République Ben Amar Ould Veten, limogé, depuis, pour d’autres motifs.
A ce jour, les contrôles du genre se poursuivent, tandis que les restaurants, bars et boîtes de nuit visés rechignent à continuer de verser des pots-de-vin (c’est le cas de le dire) aux commissaires de police qui leur promettaient protection. Ils dénoncent, à la fois, le chantage des forces de l’ordre et l’inquisition judiciaire, source de désaffection par le chaland. 
Les boissons alcoolisées sont l’objet d’un trafic juteux auxquels se livrent des mauritaniens de « bonne famille » et des diplomates ; le produit, légalement importé par les ambassades, finit dans d’autres verres ; les hôtels bénéficient d’une licence implicite.
Moins spectaculaire mais tout aussi révélateur, des hommes de loi pénètrent, de nuit, dans les petits hôtels et appartements locatifs de Nouakchott, pour y procéder au constat de liens adultères ou de fornication. Leurs agents rabatteurs de la police font subir des contrôles humiliants, aux couples installés, à des heures tardives, dans les véhicules en stationnement. En ces circonstances, un homme et une femme surpris ensemble, doivent protéger leurs honneur et sûreté, en s’acquittant d’un montant proportionnel au potentiel scandaleux. Là, encore, le zèle des magistrats prend source dans une acception moraliste et ultra répressive du sexe, axe obsessionnel dans le discours salafiste sur les mœurs et la vertu. Des sources concordantes assurent que le regain de vigilance des pouvoirs publics ne sert qu’à la surenchère du racket, au bénéfice de magistrats et de policiers.
Ainsi, avec tous les problèmes concrets de la Mauritanie d’ici-bas,  l’Etat prétend gérer l’après-vie de ses citoyens. L’objectif du retour à l’application de la Charia dans une société islamique à 99.9% dissimule bien des échecs, sur le mode de la diversion par contrefeu.  Le soudain excès d’orthodoxie anachronique eût mieux été employé à exécuter les nombreuses lois contre l’assassinat collectif, la torture, l’expropriation à visée raciste, le vol du bien de la communauté,  l’impunité de l’esclavage et le viol des jeunes filles sous couvert de mariage – d’ailleurs forcé.
Le phénomène de la prohibition active, des condamnations à la peine capitale et aux châtiments inhumains, demeure inédit depuis la régression obscurantiste sous le Colonel Mohamed Khouna Ould Haïdallah (1980-1984) ; d’ailleurs, le pays ne compte toujours pas de juge au féminin ; pire, les mauritaniennes, au prétexte de leur infériorité, continuent à y subir, par le droit, des discriminations de témoignage devant les tribunaux, de divorce, de choix du conjoint, de successions, sans oublier leur exposition au gavage à l’excision, deux abus, devenus résiduels, il est vrai.
Connu pour sa modération parce qu’issu d’une lignée maraboutique soufie, néanmoins Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, le Président démocratiquement élu, multiplie les concessions aux groupes salafistes, leur accorde un portefeuille ministériel et va jusqu’à en recevoir les figures de proue, lors d’une audience officielle. Le retour au congé hebdomadaire du vendredi et l’érection d’une mosquée dans l’enceinte du Palais accentuent l’impression d’un surcroît de religiosité démonstrative dans la direction de la cité. 
Naguère, les mauritaniens priaient, à même le sol, sous le toit universel du firmament. Leurs croyances, encore mêlées de tribalisme, de fétiches et d’esclavage, tendaient au pragmatisme, d’où une certaine aptitude à la tolérance. Aujourd’hui, elles portent l’empreinte d’un nationalisme d’essence raciale ; s’y exprime, sur le mode du délit de faciès, une nouvelle tonalité de xénophobie qui cible surtout les juifs et les chrétiens, non sans amalgame à la géopolitique conflictuelle du Moyen Orient.
Aujourd’hui, l’appareil judiciaire abrite le laboratoire le plus audacieux de cette tension graduelle au monisme. Des édiles d’une piété agressive, toutefois véreux, féodaux de mentalité, porteurs d’une idéologie de l’inégalité par la naissance et la foi, y amplifient leur influence, au détriment de la paix dans le pays et des Etats voisins. Contre rétribution, ils vendent le verdict, exonèrent, de sanction, les auteurs d’esclavage, voire s’empressent de faire libérer les trafiquants de drogue et des terroristes, même pris en flagrant délit.
Au-delà de l’indispensable clarification du rapport de la religion au pouvoir temporel en Mauritanie, il s’agit, ici, d’une affaire de sécurité régionale autant que de stabilité locale. En vertu de notre rôle d’association de la société civile, nous sonnons l’alarme. Oui, la Mauritanie de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi se trouve, par le double effet de la négligence et de l’impunité, sous influence d’un islamisme rampant. Grâce à sa discrétion, le phénomène s’amplifie à l’abri des regards et de la plus élémentaire prévention.  

Conscience et Résistance 
 Nouakchott, le 4 avril 2008


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