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Qui était visé par l’attaque du 1er février?   
07/02/2008

Contrairement à ce qui a été écrit et annoncé par des média assez emballés,  aucune  arrestation en relation avec l’attaque de le  boite de nuit jouxtant l’ambassade d’Israël à Nouakchott n’est encore intervenue.



Les interpellations opérées depuis lors, notamment par des éléments d’élite de la Compagnie de Gendarmerie de Nouakchott rentrent plutôt dans le cadre du démantèlement des cellules jihadistes qui entretenaient des relations de proximité avec les meurtriers des touristes français à Aleg ;le 24 décembre dernier.

S’agissant de l’attaque du 1er février  tout concorde à dire que c’était la boite de nuit VIP qui était visée et non l’ambassade d’Israël en Mauritanie.
Amadou  Diallo est formel. Pour ce témoin présent au moment de  l’attaque qui a eu lieu le 1er   février après  2 H GMT du matin, les agresseurs étaient au nombre de 5  et ont plutôt  visé la boite de nuit «VIP», située à proximité de cette ambassade.

«Ils  sont venus à bord d’un Mercedes 190 bleue, ils n’étaient pas enturbannés. Ce sont des jeunes à peine pubères. Ils se sont introduits dans la cour de la boite de nuit,  ont cassé les vitres et tiré. Jusqu’à 3H40 GMT où j’étais resté au VIP,  l’ambassade d’Israël n’avait pas été attaquée, j’apercevais même le responsable israélien de la sécurité dans la rue , ainsi que les gardes mauritaniens :  ils constituaient une cible idéale»,   indique M. Diallo un ancien militaire.  Seule une cloison  sépare l’ambassade d’Israël de la boite de nuit «VIP».C’est de cette boite de nuit que des tirs auraient  donc été dirigés sur l’ambassade d’Israël probablement en riposte aux tirs des gardes mauritaniens en faction devant cette ambassade. On ne sait guère qui a tiré le premier sur l’autre. L’armée mauritanienne a bouclé le secteur depuis l’attaque et a contribué à la psychose en tirant en l’air avec une arme lourde. Trois personnes deux franco mauritaniens et une française ont été blessés sans qu’on ne sache, s’ils l’ont été par les tirs des assaillants ou des gardes de l’ambassade d’Israël, située dans une petite rue du  quartier résidentiel de Tevragh Zeïna, entourée  d’un vrai bouclier humain mauritanien,  fait de ménages, de boutiques et de restaurants.
Auto victimisation
Premier à orienter vers la piste terroriste, l’ambassadeur israélien en Mauritanie 
«Je confirme que des tirs ont visé notre ambassade, à partir de la rue. Je confirme qu’il n’y a aucun blessé ni parmi le personnel de l’ambassade ni parmi les Mauritaniens travaillant pour l’ambassade», a déclaré Boaz Bismuth l’ambassadeur d’Israél.
Une deuxième réorientation vers la piste terroriste est venue également des israéliens. 
"C’est un acte évident de terrorisme qui s’inscrit dans la longue série des attentats qui ont visé nos représentations diplomatiques à l’étranger depuis plusieurs années", a déclaré le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères Aryeh Mekel, à Jérusalem.
Il  a indiqué que son ministère allait  dépêcher à Nouakchott "des spécialistes de la sécurité" en vue d’examiner la protection de l’ambassade d’Israël.
L’attaque a eu lieu en pleine nuit, à un moment où l’ambassade d’Israël est fermée et qu’il y avait donc peu de probabilités de faire des victimes israéliennes. Ce qui n’était pas le cas pour la boite de nuit «VIP»  qui  grouillait de monde avec plus de 200 personnes dont des «Marines» américains en service en Mauritanie.
 Deuxième remarque : pas de Kamikaze avec une ceinture d’explosifs,  pas de voiture piégée, le mode opératoire d’Al Qaida était  absent dans cette attaque, à moins qu’il ne s’agisse de terroristes en herbe.

 

Incertitude sur le nombre des agresseurs

Un autre témoin Aly Fall  a avancé une autre version. Il a indiqué qu’ «un groupe de six hommes portant des boubous et enturbannés sont descendus d’un véhicule, se sont dirigés à pied vers un restaurant à proximité de l’ambassade».
 «Ils ont dit à haute voix en arabe «allons-y» puis ont crié «Allahou  Akbar» et ont tiré sur l’ambassade. Les gardes mauritaniens de l’ambassade ont immédiatement riposté et les assaillants se sont rapidement retirés».
Dans une troisième version,  le nombre des agresseurs  a été revu à la baisse par le Wali de Nouakchott Mohamed Lemine Ould Moulay Zeine qui a indiqué qu’ils  «seraient au nombre de trois » et  qu’ils ont  laissé sur place les deux armes utilisées et deux grenades.
Enfin pour orienter davantage les esprits sur Al Qaida & Co un centre américain de surveillance de sites internet islamistes, IntelCenter a rapporté que
le numéro 2 d’Al-Qaïda, Ayman Al-Zawahiri, avait appelé il y a moins d’un an (le 13 février 2007)  les Mauritaniens à attaquer l’ambassade israélienne à Nouakchott. La télévision Al-Jazeera  a rapporté le 3 février 2008 que le réseau Al-Qaïda a revendiqué l’attaque contre l’ambassade d’Israël en Mauritanie. Les observateurs restent cependant sceptiques et planchent de plus en plus sur une attaque  qui visait une boite de nuit considérée dans l’esprit  des salafistes-jihadistes comme un site de «débauche et de perversion».
Le 4 février  la Branche d’Al-Qaïda au Maghreb  Islamique (BAQMI) aurait appelé ses partisans à s’en prendre aux juifs et aux chrétiens et à leurs intérêts en Afrique du nord, dans un communiqué mis en ligne et revendiquant l’attaque menée contre l’ambassade d’Israël en Mauritanie. Dans le communiqué publié sur des sites islamistes, la BAQMI  invite les islamistes nord-africains à "s’en prendre aux intérêts des juifs et des chrétiens et à leurs communautés au Maghreb Islamique". Il les appelle aussi à "obliger leurs gouvernements à la solde (de l’occident) à rompre leurs relations diplomatiques et commerciales avec Israël, selon le communiqué signé du chef de la BAQMI, Abou Mossaab Abdel Wedoud, mais dont l’authenticité ne peut être confirmée. Affirmant que les "lions de la BAQMI "se sont préparés et ont aiguisé leurs sabres pour nettoyer la terre d’Islam des juifs, des chrétiens et de leurs agents", le communiqué, intitulé "Nous voilà Gaza", indique que l’attaque contre l’ambassade d’Israël à Nouakchott n’est qu’un début". "Cette conquête bénie (...) contre les locaux de l’ambassade israélienne à Nouakchott" a été menée en soutien aux palestiniens de la bande de Gaza, confrontés à "un blocus injuste, à la tyrannie et à des scènes douloureuses suivies avec un silence intolérable par les pays occidentaux et une complicité honteuse (...) des gouvernants musulmans". L’attaque a fait "un nombre indéterminé" de victimes "parmi les juifs et leurs gardes", affirme le groupe, ajoutant que l’ambassadeur d’Israël à Nouakchott devrait "s’attendre au pire". "Ne te réjouis pas trop d’avoir échappé cette fois " à l’attaque car il y a encore d’autres flèches" pour de nouvelles attaques, écrit-il.
Le chef du Mossad, le service des renseignements israéliens, a confirmé lundi 4 février  qu’ Al-Qaïda avait commis l’attaque de la nuit de jeudi à vendredi contre l’ambassade d’Israël à Nouackhott. Méir Dagan a attribué à Al Qaïda la responsabilité de cette attaque soulignant que "c’était bien l’ambassade d’Israël qui était visée", a révélé l’AFP  citant de source parlementaire après une intervention du chef du Mossad devant la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset.

Une déclaration  bidon 
En réaction à la double attaque perpétrée contre une boite de nuit et l’ambassade d’Israël en Mauritanie Aziz Ould Dahi, ministre de la fonction publique et de la modernisation de l’administration Porte parole du Gouvernement vraiment dépassé sur ce dossier et sur d’autres, a rendu public l’après midi du 1er février, une déclaration qui ne sied guère à la circonstance.
Dans ce texte laconique publié par la très insignifiante   Agence  Mauritanienne d’Information le Porte parole du Gouvernement a indiqué sur un ton laconique :"Ce matin, 1er février, à 2H 20, des inconnus ont ouvert le feu en direction de l’Ambassade d’Israël en Mauritanie".
"Les éléments de sécurité en faction sur les lieux, ont immédiatement riposté, obligeant les assaillants à prendre la fuite" poursuit la déclaration.
 «Le Gouvernement mauritanien, condamne cet acte criminel et réaffirme sa détermination à poursuivre ses auteurs et à les traduire devant la justice», a conclu le Porte-parole du Gouvernement. Ce communiqué n’a guère  répondu aux multiples questions   restées en suspens : le nombre des assaillants, la provenance des armes abandonnées,  la voiture utilisée, l’évolution de l’enquête et les mesures prises pour éviter la répétition de ce genre d’incidents graves. Toutes ces questions ont été occultées dans cette première sortie du Gouvernement. Evidement il ne faut pas compter sur  l’Agence Mauritanienne d’Information et son encadrement rédactionnel moribond (surtout  au niveau des rédacteurs en chefs du Département Agence) pour comprendre quoi que ce soit.

 

Des relations décriées
De plus en plus de voix s’élèvent en Mauritanie pour demander la rupture des relations diplomatiques  établies en 1999 avec Israël sous le régime du président Ould Taya.
Dimanche 27 janvier, le président de l’Assemblée nationale Messaoud Ould Boulkheir avait appelé à "reconsidérer les relations honteuses"avec Israël, accentuant ainsi la pression sur les autorités.  C’est la première fois qu’un responsable mauritanien demande, officiellement et à ce niveau du pouvoir, de "reconsidérer" ces relations. Le président de l’Assemblée, est la troisième personnalité de l’Etat après le chef de l’Etat et le président du Sénat.  "Gaza est endolorie par les massacres de ses fils et par le bouclage, ce qui requiert des députés et du peuple mauritanien de demander au gouvernement de reconsidérer les relations honteuses avec une entité qui tue nos frères, qui occupe leurs terres et les maintient sous le bouclage", a déclaré le Président de l’Assemblée nationale.  Pourtant fin décembre, l’Assemblée nationale avait rejeté un amendement de l’opposition demandant la fermeture de l’ambassade de Mauritanie en Israël. Le 21 janvier, quelques milliers d’étudiants mauritaniens avaient manifesté à Nouakchott pour protester contre le blocus imposé à la bande de Gaza par Israël.
Le président mauritanien, Sidi Ould Cheikh Abdellahi, a affirmé avant  son élection en mars 2007 qu’il comptait ouvrir un "débat populaire et donner le dernier mot au peuple mauritanien" sur le maintien ou non de relations diplomatiques avec Israël. Ce débat attend toujours !
Synthèse IOM


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