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Meurtres d’Aleg : Les meurtriers presumés extradés    
17/01/2008

Qui a tiré sur les touristes ? Comment les trois présumés meurtriers  ont-ils fait pour quitter le territoire national ? Où sont-ils allés? Ont-ils agi de leur chef ou avaient-ils des commanditaires ? Où est leur troisième complice non retrouvé? Comment s’explique leur aisance matérielle visible à travers l’achat de véhicule et leur descente dans un hôtel 5 étoiles ? Qui avaient-ils contactés au cours de leur cavale? Comment ont-ils été arrêtés ? Des questions auxquelles l’enquête doit pouvoir apporter  des réponses.



Deux des trois assassins présumés arrêtés à  Bissau après une cavale de près de trois semaines, ont été extradés la soirée du 12 janvier  vers la Mauritanie. L’avion militaire mauritanien les transportant s’est posé le 12 janvier à 21h45 (GMT) à l’aéroport de Nouakchott, où une commission sécuritaire  les attendait afin de les auditionner  dans  des locaux de la sûreté d’Etat. Les deux assassins présumés, ainsi que trois autres mauritaniens soupçonnés de complicité extradés par le même vol, ont été aussitôt pris en charge par  la sûreté d’Etat pour une enquête préliminaire, avant d’être déférés ultérieurement devant la justice.
L’arrestation de deux des trois assassins présumés  relance l’enquête, au moment où  le troisième tueur présumé Maarouf Ould Haiba est toujours en fuite. Selon une source proche de l’enquête, il s’est séparé de ses complices au Sénégal, au tout début de la cavale, juste après l’attaque qui serait une «tentative d’enlèvement qui a mal tourné».
D’autres informations font état d’une blessure à la main de l’un des trois agresseurs, provoquée par le recul du  kalachnikov, lors des tirs. Les deux présumés coupables  ont, depuis Bissau, revendiqué leur appartenance à la Branche d’Al-Qaïda au Maghreb; mais le meurtre du 24 décembre à Aleg n’a pas pour autant été revendiqué par Al-Qaïda. Certains observateurs parlent déjà  d’ «acte isolé et crapuleux ».

L’itinéraire d’une longue cavale
De la Mauritanie, où ils sont soupçonnés d’avoir tué quatre touristes français le 24 décembre, à la Guinée-Bissau, où ils ont été arrêtés vendredi, la cavale de deux des trois assassins présumés a duré plus de deux semaines.
Lundi 24 décembre, un groupe de cinq touristes français déjeunent au bord de la route, près d’Aleg.
Ils sont attaqués par trois hommes armés. Quatre touristes meurent sur le coup. Le cinquième est grièvement blessé. Les trois tueurs partent le 24 décembre par la route vers le Sud et traversent en pirogue, au niveau de Boghé, le fleuve Sénégal, qui matérialise la frontière entre la Mauritanie et le Sénégal.
Selon une source proche de l’enquête à Dakar, les tueurs présumés ont  dans un premier temps voulu se rendre au Mali voisin, mais le dispositif mis en place par la gendarmerie sénégalaise les a dissuadés d’emprunter cette route.
Ils se sont donc dirigés vers Richard-Toll, Saint-Louis puis Dakar.
Ils arrivent à Dakar à bord d’un taxi-brousse pour se rendre chez un de leurs amis à Yoff, un quartier populaire dans la banlieue de Dakar.
Ils y sont restés quatre nuits avant de prendre la route pour la Gambie, petit pays anglophone enclavé dans le Sénégal.
Pourquoi ne pas avoir arrêté les deux suspects au Sénégal, notamment dans le quartier de yoff, dans la banlieue de Dakar, où ils avaient été repérés et où ils ont passé quatre nuits?
"Ils ne disposaient pas de base au Sénégal, ils se cachaient donc dans des zones urbaines très peuplées où les interventions étaient difficiles", a indiqué dimanche 13 janvier l’ambassadeur de France au Sénégal Jean-Christophe Rufin.
Selon lui, intervenir dans ces conditions "aurait impliqué des risques importants"et laisser filer les deux suspects à travers la Gambie, la Casamance (sud du Sénégal) et jusqu’en Guinée-bissau pouvait en outre permettre de remonter un éventuel réseau de complices.
Après Dakar, les tueurs présumés ont pris la route de la Gambie pour chercher refuge chez des Mauritaniens. On leur avait donné le nom d’un responsable islamique, mais ils n’ont pas retrouvé cette personne, selon la police bissau-guinéenne.
"On leur a dit que ce responsable islamique, qui est également un homme d’affaires, était en voyage en Guinée-Bissau", a indiqué la police bissau-guinéenne. Ils ont donc pris de nouveau la route, traversé la Casamance (sud du Sénégal) puis sont entrés en Guinée-Bissau.
Arrivés mardi 8 janvier dans la capitale, Bissau, ils logent au Bissau Palace Hôtel, un hôtel cinq étoiles, près de l’aéroport. Il se seraient fait passer pour des hommes d’affaires et ne sont pas sortis de l’hôtel, attendant peut-être un contact ou des instructions.
Ils voulaient ensuite rejoindre Conakry, capitale de la Guinée, d’où ils comptaient prendre l’avion pour l’Algérie.
Les deux hommes ont été reconnus sur présentation de photos et arrêtés dans la nuit de jeudi à vendredi 11 janvier  à leur hôtel. Ils  n’ont opposé aucune résistance.
Les recherches se poursuivent pour retrouver le troisième tueur présumé mais les enquêteurs n’ont pu déterminer où il était ni à partir de quel moment il  se serait séparé de ses complices et les raisons qui l’ont poussé à agir de la sorte.
 
Qui sont-ils ?

Deux des trois assassins présumés des touristes français tués à Aleg  sont considérés par les autorités mauritaniennes comme proches d’Al-Qaïda.


- Sidi Ould Sidna, alias «Abou Jendel» est né en 1987 à Nouakchott. Il fut  militaire de formation et  avait  servi dans les rangs du BASEP. Il avait été arrêté en novembre 2006 pour appartenance au GSPC devenu Branche d’Al Qaida au Maghreb Islamique.
Selon la sûreté de l’Etat  il a notamment au Nord du Mali, subi des entraînements militaires dans les maquis de branche d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique.
Il était notamment chargé du recrutement de jeunes mauritaniens qui devaient aller faire le Djihad.
Ould Sidna avait été jugé et acquitté par la cour criminelle de Nouakchott  en juillet 2007 mais était resté sous le coup d’une inculpation pour tentative d’évasion de la prison civile de Nouakchott lors du procès.
- Mohamed Ould Chabarnou, alias «Abou Mouslim» est  né en 1981 à Nouakchott. Il n’a jamais été jugé mais  fut plusieurs fois interpellé dont la dernière remonte à seulement trois mois. Il a alors été placé en garde à vue pendant un mois avant d’être relâché sans être présenté à la justice.
Selon la sûreté de l’Etat  il entretenait  eu des relations avec le GSPC et avait reçu des entraînements militaires dans ses camps.
- Maarouf Ould Haiba, le troisième assassin présumé, qui est toujours en fuite, aurait récemment été recruté par les jihadistes. Il fut  militaire lui aussi. Il avait servi dans les rangs de la Marine Nationale.  Il est   poursuivi pour le vol d’une voiture appartenant à une ressortissante  russe résidant en Mauritanie.
Il aurait vendu la voiture en utilisant des papiers au nom de son épouse, qui est actuellement sous contrôle judiciaire dans le cadre de cette affaire.
"La Guinée-Bissau va payer très cher d’avoir maltraité les combattants de Dieu", a déclaré à la presse Sidi Ould Sidna, l’un des meurtriers présumés, avant de monter à bord de l’avion militaire mauritanien affrété pour l’expulsion.

Qui les a arrêtés ?
C’est l’enquête preleminaire menée à Aleg par la Gendarmerie Nationale puis les commissions d’enquêtes  nationales qui ont  permis d’identifier et de fournir les photos des meurtriers présumés, une journée à peine, après le crime d’Aleg. Après leur fuite en dehors du pays leur arrestation en Guinée Bissau  a été le fruit d’une collaboration des services de sécurité de Mauritanie,  du Sénégal et de la Guinée Buissau avec les  agents des services de renseignements français.
Selon la presse française l’opération a été entamée le 24 décembre et menée en Mauritanie, au Sénégal et en Guinée-Bissau par des "équipes" de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).
Des policiers français, pourvus de l’habilitation de police judiciaire, ont également été associés à l’opération.
C’est ainsi que les  assassins présumés des quatre Français ont été arrêtés dans la nuit de jeudi à vendredi au Bissau Palace Hôtel, un hôtel cinq étoiles, près de l’aéroport de Bissau.
Selon un responsable de la police bissau-guinéenne, les deux Mauritaniens, assassins présumés des quatre Français et présentés comme des proches de la Branche d’Al-Qaïda au Maghreb (Baqmi), ont avoué aux enquêteurs avoir tiré sur les cinq Français, en tuant quatre, déclarant n’avoir "aucun remord" d’avoir tué des "infidèles et des alliés des Américains".
A noter cependant que Yall Zakaria le ministre mauritanien  de l’Intérieur  tout en refusant dans l’édition du Journal Français «le Monde» du 15 janvier d’indiquer l’origine de l’information qui a permis, selon lui, aux Mauritaniens de retrouver  les deux membres du commando installés dans un hôtel de Bissau affirmait : "On avait le tuyau vingt-quatre heures avant l’arrestation. On l’a tout de suite partagé sur place avec nos collègues des services secrets français".


La Guinée Bissau demande assistance
La Guinée-Bissau, où cinq  membres présumés d’Al Qaïda ont été arrêtés la semaine dernière, a réclamé lundi 14 janvier une aide de la communauté internationale pour  combattre le terrorisme et la criminalité.  Les suspects sont soupçonnés d’être liés au meurtre de quatre touristes français le 24 décembre en mauritanie.  L’un d’eux, en embarquant dans l’avion qui l’extradait  vers la Mauritanie, a lancé que la Guinée-bissau "paierait pour ce qu’elle a fait".  Le Premier ministre Martinho Dafa Cabi a déclaré au  quotidien portugais Correio de Manha que son pays était peu armé  pour lutter contre l’activisme radical ou le trafic de drogue.  "Nous sommes inquiets parce que nous n’avons ni les fonds, ni les capacités techniques ou humaines de contrôler les  arrivées et les départs des ressortissants étrangers, par mer,  terre ou air", a-t-il dit.
La Guinée-bissau compte près de 90 îles inhabitées le long  de ses 350 km de côtes sur l’océan atlantique parsemées de  nombreuses rivières et de marais à mangroves.  "Nous seuls n’avons pas les capacités de résoudre le  problème du terrorisme, du trafic de drogue et du trafic d’êtres  humains", a ajouté Cabi.  "Il est nécessaire que la communauté internationale agisse dans l’urgence pour aider notre pays à résoudre tous ces  problèmes, qui n’affectent pas seulement la Guinée-bissau. Le petit pays d’Afrique de l’ouest a déjà réclamé à plusieurs reprises une aide internationale pour lutter contre  les trafiquants de cocaïne qui utilisent son territoire comme  point de transit pour leurs livraisons vers le marché européen.

La Mauritanie félicite la Guinée Bissau, la France félicite  le Sénégal
Le gouvernement mauritanien s’est félicité dimanche 13 janvier de l’arrestation et du transfert de deux des trois assassins présumés de touristes français extradés de Guinée-bissau où ils avaient été arrêtés la veille.  "Le gouvernement mauritanien se félicite de l’arrestation et du transfert par le gouvernement frère de Guinée-bissau (...) de deux des trois auteurs présumés de l’assassinat", indique le ministère des affaires étrangères dans un communiqué.
La Mauritanie a également souhaité féliciter "les services de sécurité des pays frères et amis qui ont apporté pleinement leur collaboration dans cette action".  Le gouvernement mauritanien "tient en particulier à adresser ses vifs remerciements au gouvernement frère de Guinée-bissau pour l’aide et l’assistance apportée dans cette affaire".  Le communiqué précise que "les prévenus ont été remis à la justice et seront entendus et transférés devant les juridictions compétentes (et qu’ils) répondront de leurs actes dans le respect du droit, y compris des garanties offertes par la loi".
De  son coté la France a souligné le 13 janvier  l’aide "très efficace" du Sénégal dans les recherches ayant abouti à l’arrestation vendredi en Guinée-bissau de deux des trois assassins présumés de touristes français a indiqué l’ambassadeur de France au sénégal.
"Le Sénégal est extrêmement efficace en matière de recherche anti-terroriste. Le Sénégal n’est pas un pays sanctuaire ou d’appui pour les terroristes", a déclaré Jean-Christophe Rufin ambassadeur de France au Sénégal.
"Le Sénégal s’est impliqué tout de suite. Dès le lendemain matin (après l’attaque le 24 décembre), il y a eu la mise en place d’un énorme système de recherche ordonné par le président Abdoulaye Wade", a souligné l’ambassadeur.
"Il y a eu un déploiement de forces considérable sur toute la frontière (entre la Mauritanie et le Sénégal) de la gendarmerie, des forces spéciales et des services de renseignement sénégalais. La France a fourni un appui, dans le domaine du transport, pour permettre un déploiement plus rapide, a-t-il ajouté.

Synthèse IOM


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