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Ce dont on a besoin, une tonalité religieuse plus ou moins enfouie dans le tréfonds de l’âme   
04/10/2014

À la lecture de ce témoignage* poignant, beaucoup d’idées me sont venues à l’esprit, énormément de sentiments m’ont traversé l’âme, me troublant parfois, m’amusant rarement, et me plongeant souvent dans le tréfonds de mon Être.



Ces déchirements, ces émotions et réflexions me rappelant le caractère universel de ces drames personnels, difficiles et douloureux, mais significatifs et souvent féconds, que tout le monde traverse, quel que soit le sexe, la race ou le statut social de l’individu.
 
Dans ma méditation, je notais la sincérité du texte et la force du message moral qu’il véhicule… Ces deux caractères me laissaient entrevoir une profondeur de l’âme et une foi enracinée, qui habiteraient son auteur. Pour avoir l’esprit net, je l’interrogeai tout de suite: « Êtes-vous croyante ? », lui lançai-je brusquement, par face book.  Pas de surprise : « Oui, je me suis convertie à l’Islam, officiellement depuis  le 17 décembre 2005 », répondit  Maryam Brodowski, rapidement.
 
 Fort de cette information, "pourquoi ne pas tenter un coup? ", me dis-je : m’en servir comme clé pour pénétrer dans cet écrit. Elle va permettre au musulman que je suis, le croyant saharien, traditionnellement nourri aux mamelles du soufisme,  de dénicher l’un des secrets mystiques qui auraient certainement fait la force de cette militante. Cette femme battante, et, pourtant, fragile et pleine de douceur, qui a vécu terriblement de drames, de privations… avec tant d’amertumes et de colères, mais, paradoxalement, avec beaucoup de bonté aussi.
Comme elle, nous connaissons tous des drames personnels profonds. Restés enfouis en nous, ou sortis en surface, ils  nous façonnent inévitablement, nous bâtissent, nous rendent plus forts ; ou au contraire, ils nous affaiblissent, nous détruisent par moment, et parfois nous réduisent à néant… Mais au final, nous en sommes la résultante. La qualité du produit qui en sort, en l’occurrence nous-mêmes, se mesure à la façon dont tout un chacun exprime son drame, le rend lisible, pour partager son expérience avec les autres.
 
Vu sous cet angle, « ce dont on a besoin » est une belle œuvre.
Elle donne un éclairage sur la vie, sur la condition humaine, tout aussi profond qu’utile pour les gens. Elle sou tend une générosité de cœur, qui en fait une réponse à appel au secours, une forme « d’intervention humanitaire », qui s’adresse à tous ceux qui sont en difficulté, leur proposant des voies de sortie. Ce côté utilitaire fait de cette synthèse philosophique, tirée du vécu, une sorte de « retour d’expérience », un « A3 » (Analysis After Action), comme disent les militaires, français ou américains, rare dans son genre.
 
 Quant à l’aspect esthétique, Boileau serait certainement très satisfait en lisant ce texte. Il y trouvera une belle illustration pour les normes de production littéraires, qu’il avait définies, il y’a plus de trois siècles, et qui restent toujours en vigueur : « Ce qui se conçoit bien ; s’énonce clairement ;  et les mots pour le dire viennent aisément ».
Par rapport à cette facilité de conception, d’énonciation et d’expression, requises par le poète français, Maryam fait ici montre d’un talent remarquable. Elle décrit ce drame, pénible à supporter, difficile à écouter… dans un langage agréable à lire, à siroter comme une boisson délicieuse. Dans son style d’auteur tragique, décrivant ses propres peines, elle ne se prive pas de nous montrer les merveilles de la vie, ce qui  nous donne du plaisir et nous fait survoler et surpasser le caractère dramatique pourtant bien présent dans la narration.
 
Dans mon cas de croyant, peut-être un peu mystique, diriez-vous, cet exercice de style, aussi naturel, aisé que réussi, dont elle fait preuve pour l’occasion, me pousse à me demander, s’il ne s’agirait pas tout simplement d’une émanation du Ciel. Rien ne m’empêche en effet d’imaginer que l’auteur, croyante elle aussi, aurait bien été entendue par son Créateur quand elle priait, dans son fort intérieur, peut-être sans s’en rendre compteýý**:
   .. ÑóÈöø ÇÔúÑóÍú áöí ÕóÏúÑöí .. æóíóÓöøÑú áöí ÃóãúÑöí .. æóÇÍúáõáú ÚõÞúÏóÉð ãöäú áöÓóÇäöí .. íóÝúÞóåõæÇ Þóæúáöí .(ÕÏÞ Çááå ÇáÚÙíã)
 
Elle ne se rendait pas non plus compte des sollicitations discrètes émanant de sa foi, encore enfouie, en répondant toujours favorablement au souhait de son père, plusieurs années, ou même des décennies durant, avant qu’elle n’adopte l’islam. Elle l’obéissait, en se soumettant à la volonté insupportable de cette mère trop écrasante, omniprésente, une « toute puissance » ; qu’elle respectait malgré le géant fossé qui les sépare. Elle avoue avec une certaine fierté l’avoir fait : « Bien sur je dus lui faire beaucoup de concessions et ayant promis à mon père de ne jamais la laisser seule je veillais sur elle jusqu’à son dernier souffle ».
 Cette soumission et ce respect,  volontaires et plus ou mins joyeux, en dépit du drame, des pressions et des traumatismes psychologiques, qui se cachent derrière, seraient- ils des signes prémonitoires d’une religiosité cachée en elle, qu’elle ne saisissait pas encore? On pourrait le supposer, ou en tout cas, y voir des prédispositions, sachant que le devoir d’obéir aux Deux parents et d’être aimable avec eux constitue l’une des prescriptions essentielles du Saint Coran***:
 æóÇÎúÝöÖú áóåõãóÇ ÌóäóÇÍó ÇáÐøõáøö ãöäó ÇáÑøóÍúãóÉö (ÕÏÞ Çááå ÇáÚÙíã)     
 
Aujourd’hui, et avec le recul, Myriam est consciente de ce devoir de pardon vis-à-vis d’eux, que lui impose par ailleurs sa nouvelle religion ý****:
æóÞõá ÑøóÈøö ÇÑúÍóãúåõãóÇ ßóãóÇ ÑóÈøóíóÇäöí ÕóÛöíÑÇð. ( ÕÏÞ Çááå ÇáÚÙíã)                                                                   
Symboliquement, ce pardon, elle l’a déjà donné. Elle l’écrit, décrivant la dernière fois où elle fit ses adieux à celle qui l’a mise au monde, qui la faisait tant souffrir et qu’elle ne verra plus jamais: «  Le soir de sa mort après lui avoir fermé les yeux,  je quittais l’hôpital (…) ».
 C’était sept ans avant que Maryam ne devienne musulmane.
 
Actuellement, elle est installée dans une situation bien différente, qui lui plait manifestement. Elle peut prier Allah, le Tout Puissant, pour la maintenir dans son bonheur et sa tranquillité, c’est-à-dire : conduire ses pas sur la nouvelle voie qu’elle s’est tracée ý*****:
  æóÞõá ÑøóÈøö ÃóäÒöáúäöí ãõäÒóáðÇ ãøõÈóÇÑóßðÇ æóÃóäÊó ÎóíúÑõ ÇáúãõäÒöáöíäó    ( ÕÏÞ Çááå ÇáÚÙíã)
 
Répétons avec elle et pour nous tous : « amen, amen ».
 
 
El Boukhary Mohamed Mouemel
Mars 2014
 
 
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* https://cridem.org/C_Info.php?article=633363
**« (…) Seigneur, fais cesser l’angoisse qui me serre le cœur ! [26] Facilite ma tâche ! [27] Délie ma langue et débarrasse-la de toute ambiguïté, [28] afin qu’on comprenne ce que je dis ! », Sourate 20 : Ta-Ha, Øå , Versets 26 à 28 .
***« (…) et par miséricorde, abaisse pour eux l’aile de l’humilité, Sourate 17 : AL-ISRA ÇáÅÓÑÇÁ  (LE VOYAGE NOCTURNE), verset 24
**** «Ô mon Seigneur, fais-leur, à tous deux, miséricorde comme ils m’ont élevé tout petit».Sourate 17 : AL-ISRA ÇáÅÓÑÇÁ  (LE VOYAGE NOCTURNE), verset 24
 *****« (…) Seigneur, fais-moi débarquer d’un débarquement béni. Tu es Celui qui procure le meilleur débarquement».Sourate 23 :  Al Mu’Minun ÇáãÄãäæä ( Les croyants), verset 9.


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