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Démenti timide aux graves révélations d’un espion sénégalais   
31/08/2014

Boubacar Diagana et Ciré Ba deux intellectuels negro-mauritaniens,  anciens dirigeants des Forces de Libération des Africains de Mauritanie (FLAM) ont réagi début août 2014 au  livre: "Pour l’honneur de la Gendarmerie sénégalaise" du  Colonel Abdoulaye Aziz Ndaw...



...ex-responsable de la Direction de la Documentation et de la Sécurité Extérieure (DDSE-contre espionnage sénégalais)  dans lequel il affirme, avoir  dans le sillage des événements de 1989 «fait  faire quelques coups de main par les refugiés Mauritaniens et organiser quelques razzias de bétail qui firent comprendre aux Mauritaniens  que ce sera coup pour coup» en vue, précise-t-il,  de  contrer la politique de «beydanisation» ainsi que «l’aide et le  soutien» à la rébellion casamançaise entamés par le Gouvernement mauritanien.
Il y a lieu de dire ici  que ces «coups de mains et razzias»  ont quant même couté la vie entre 1989 et 1992 à de nombreux Mauritaniens dont les parents peuvent aujourd’hui demander  des comptes au Colonel Ndaw.
Boubacar Diagana, ancien SG et Ciré Ba, ancien Porte-parole des FLAM au Sénégal,  ont co-signé une tribune dans laquelle ils ont indiqué que le Sénégal les avait accueillis et protégés, qu’ils lui ont  en de nombreuses circonstances, témoigné de leur reconnaissance,  mais qu’ils ne sauraient porter le chapeau que l’auteur du livre veut faire porter aux réfugiés mauritaniens.
Ils ont, hélas, reconnu avoir eu des "contacts civils, militaires et politiques jusqu’au très haut niveau de l’Etat, notamment avec Jean Collin, Ministre de l’Intérieur au moment du déclenchement du conflit de 1989".
«Si nous avions épousé l’idée fortement suggérée en 1989 de la division de la Mauritanie, fondée sur le décret du 8 décembre 1933, selon lequel, la frontière entre les deux pays se situerait sur la rive droite, des moyens conséquents auraient peut être été mis à notre disposition »,  ont-ils déclaré ,  laissant entendre que le Sénégal au-delà de l’instrumentalisation des évènements de 1989 et de la «question nationale» avait également  des prétentions territoriales sur notre pays . 
Manquait plus que ça!
La réaction des nos deux  éminents intellectuels a cependant été très timide,  avouons-le.
Décidément, il n’y a pas seulement que des Mauritaniens qui ont des relations controversées,  avec les  Marocains, Algériens, Saoudiens, Libyens et Irakiens…
Nos amis sénégalais avaient, semble-t-il, leurs amis, parmi nous.
IOMS


Ci-dessous,  la réaction de nos compatriotes
Pour l’honneur : réponse au Colonel Abdoulaye Aziz NDaw
Dans un ouvrage publié sous le titre "Pour l’honneur de la gendarmerie sénégalaise" Tome 1, le sens d’un engagement, publié chez l’Harmattan, paru en juillet 2014, le Colonel NDaw, notamment en son chapitre 9 (Officier de renseignement), écrit ceci en pages 101 et 102 :
"Après la Gambie, la DDSE s’intéressera à la Mauritanie pour contrer la politique de beydanisation entreprise depuis les barrages sur le fleuve dont le paroxysme fut atteint avec les évènements de 1989.
Il était temps de prendre les taureaux par les cornes et donner au gouvernement une étude progressive sur les relations entre les deux pays et établir une stratégie de sortie de crise.
Mon ami et frère Pape Farba SARR, patron de la Division Etudes et Prospectives, grâce à l’appui de tous les services et sous mon impulsion fit produire un excellent document qui aboutira à la reprise maîtrisée des relations diplomatiques entre le Sénégal et la Mauritanie.
Cette étude nous permit de contrer à temps la politique d’aide et de soutien à la rébellion casamançaise entamée par le gouvernement mauritanien pour nous déstabiliser. Je fis faire quelques coups de main par les refugiés mauritaniens et organiser quelques razzias de bétail qui firent comprendre aux interlocuteurs que ce sera coup pour coup.
Dès lors, les deux services prirent langues au Mali et purent faire des échanges fructueux qui permirent aux Ministères des Affaires Etrangères de renouer le fil du dialogue et rétablir les relations diplomatiques."
Comme Mauritaniens, vivant au Sénégal au moment des faits relatés, nous sommes doublement concernés, et à ce titre souhaitions apporter quelques clarifications.
Fuyant la répression du Colonel Maawiya Ould Sid’Ahmed Taya, nous nous sommes réfugiés à Dakar à partir de septembre 1986. Avec nos camarades rescapés des arrestations qui ont suivi la publication du Manifeste du Négro-mauritanien opprimé, nous y avons organisé la résistance et reconstruit notre organisation, les Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM). Depuis cette date et jusqu’en 1992 avec nos départs progressifs pour la France, nous avons occupé et monopolisé l’espace médiatique sénégalais et international pour dénoncer le régime de Nouakchott et le caractère sanguinaire de la répression qu’il faisait abattre sur la communauté noire. La déportation de plusieurs dizaines de nos compatriotes noirs vers le Sénégal et le Mali a fini par crédibiliser notre combat contre le racisme d’Etat en Mauritanie. 
Le Sénégal nous a donc accueillis et protégés, ainsi que les dizaines de milliers de déportés arrivés plus tard contre leur gré sur son territoire. En de nombreuses circonstances, nous avons témoigné notre reconnaissance à l’endroit de ce pays, de personnalités ou partis politiques nous ayant soutenus au cours de cette période. Pour autant, nous ne saurions porter le chapeau que l’auteur du livre veut faire porter à des réfugiés mauritaniens, même si l’allusion manque de précision.
A ce titre, nous avions, il est vrai,  des contacts civils, militaires et politiques jusqu’au très haut niveau de l’Etat, notamment avec Jean Collin, Ministre de l’Intérieur au moment du déclenchement du conflit de 1989, avec lesquels nous entretenions des relations discrètes, fondées sur la confiance mutuelle qui ont permis à nos interlocuteurs de mieux connaitre la nature du régime qui nous avait poussés à l’exil ; tandis que s’ouvraient pour nous des portes jusque là fermées. Le secret qui entourait ces relations commande ne pas révéler de nom en dehors du numéro deux de l’Etat.
Le croisement des renseignements réunis par les services placés sous ses ordres a certainement permis au Colonel Abdoulaye Aziz NDaw d’accéder à des bribes d’informations présentées au chapitre 9 de son livre. Mais ces informations ne présentent aucun lien de cause à effet entre les éléments décrits et les évolutions politiques annoncées. Si les faits relatés sont réels, force est de constater qu’ils sont parcellaires et par conséquent rendent peu compte de la réalité dans sa globalité et sa complexité.
Nous ne connaissons pas personnellement le Colonel NDaw. Nous ne pouvons de ce fait remettre en cause ses allégations. Toutefois, nous estimons devoir témoigner pour la mémoire de nos martyrs combattants tombés à l’intérieur de la Mauritanie, et pour l’honneur de nos anciens camarades.
Nous avions eu des opportunités hautement crédibles de changer radicalement la donne en Mauritanie si nous n’avions inscrit notre lutte politique uniquement pour l’égalité et la démocratie. Si nous avions épousé l’idée fortement suggérée en 1989 de la division de la Mauritanie, fondée sur le décret du 8 décembre 1933 selon lequel la frontière entre les deux pays se situerait sur la rive droite, des moyens conséquents auraient peut être été mis à notre disposition. Force est de constater que nous n’avions pas eu tort. Car cette question frontalière, un temps posée comme préalable à toute discussion en vue de la reprise des relations diplomatiques avec la Mauritanie, fut progressivement assouplie avant d’être abandonnée.
Les révélations du Colonel, outre le fait qu’elles accréditent l’hypothèse longtemps avancée par le pouvoir de Nouakchott sans jamais pouvoir y apporter la moindre preuve, d’un soutien à ses opposants, discréditent la diplomatie sénégalaise. En effet, dans un livre blanc publié par le régime du Colonel Oud Taya, la responsabilité des autorités sénégalaises est directe dans les attaques perpétrées contre les domiciles et les commerces de Mauritaniens à Dakar et sa région, pour avoir encadré et armé des nervis guidés par des éléments des FLAM, "un groupe de racistes, commandité par le Sénégal pour essayer de déstabiliser la Mauritanie en y suscitant une guerre civile", rapporté par Olivier Leservoisier dans son ouvrage « La question foncière en Mauritanie. Terres et pouvoirs dans la région du Gorgol » Editions L’Harmattan, 1994, page 230. Alors que pendant ce temps, la Mauritanie de son côté, en dépit d’un faisceau d’indices importants tendant à démontrer qu’elle soutenait la rébellion casamançaise, a systématiquement nié cet état des faits, sans jamais faiblir.
Si comme le prétend le Colonel, le Sénégal voulait montrer à la Mauritanie que se serait "coup pour coup", on peut se demander pourquoi il a alors choisi de le faire via des éléments disparates, donc incontrôlés, alors que des contacts existaient avec un groupe politico–militaire organisé et structuré. Notre branche militaire, dirigée par des officiers déportés, a courageusement, avec les moyens du bord, financés par nos militants installés en Europe et des bonnes volontés, mené plusieurs opérations à l’intérieur du territoire mauritanien uniquement sur des positions militaires nouvellement installées le long de la vallée du fleuve, sur les sites de villages dont les occupants avaient été déportés. Il y a eu des pertes de part et d’autres, des blessés et un prisonnier.
Alors, en choisissant de prendre langue aves des éléments isolés, le Colonel NDaw a porté un coup à notre cause, ainsi qu’au regard porté sur les réfugiés par les Mauritaniens des régions riveraines dont la compassion leur était de fait acquise. En effet, les éléments isolés qui menaient des razzias en territoire mauritanien, avec la bénédiction (on le tient désormais de lui même) du Colonel NDaw et de ses hommes, ramenaient du bétail des villages paisibles. Ce qui n’était pas pour apaiser les esprits.
On comprend mieux par ailleurs et avec le recul et les révélations, la particularité de quelques camps de réfugiés, celui de Dodel notamment, leur hostilité vis à vis de notre organisation au moment des faits. C’est dans ce camp qu’est né, du jour au lendemain, le Front Uni de Résistance Armée de Mauritanie (FURAM). Nous soupçonnions dès le début que ce front avait la bénédiction de certains milieux, mais étions loin d’imaginer lesquels. L’expérience de notre organisation, ainsi que son assise lui ont permis toutefois de reprendre très rapidement le dessus.
Quant à l’évolution favorable des relations diplomatiques entre les deux pays que l’auteur du livre situe au même moment, elle tient plus à la volonté de la communauté internationale, la France en particulier, dont les efforts, voire les pressions, dans ce sens avaient abouti à faire se rencontrer les deux parties qui ne pouvaient continuer à s’ignorer. Le rétablissement des relations diplomatiques a été officiellement annoncé le 23 avril 1992 et la réouverture des frontières, effective le 2 mai 1992.
L’option prise par la France de normaliser les relations entre les deux pays, allait s’accompagner de l’organisation d’une élection visant à « recycler » le Colonel Ould Taya. Cette élection a porté un autre coup terrible à notre lutte. Les tenants de son organisation arguaient que « la priorité, c’est le rétablissement des relations entre la Mauritanie et le Sénégal, l’organisation d’élections en Mauritanie". Devant nos revendications pour la convocation d’une Conférence Nationale à l’image de pays africains ayant tenté à l’époque une transition démocratique, ainsi que la disqualification du Colonel Ould Taya à participer à ces élections comme préalables, ils n’hésiteront pas à nous intimer de "rentrez dans au pays, une mauvaise élection est préférable à l’absence de démocratie ». Ould Taya élu à l’issue de ce simulacre, a été maintenu au pouvoir jusqu’au coup d’Etat du 3 août 2005.
Notre témoignage, fondé sur des faits réels et vérifiables, qui sera peut être complété par d’autres, lève toute ambiguïté quant aux allégations fantaisistes selon lesquelles le Sénégal nous aurait soutenus, distillées çà et là encore aujourd’hui en Mauritanie, dans les milieux les plus racistes prêts à en découdre.
Boubacar DIAGANA, ancien SG et Ciré BA, ancien porte-parole des FLAM au Sénégal.



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