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Trois salafistes dans la nature   
02/05/2006

Trois détenus appartenant à un groupe salafiste mauritanien se sont évadés, jeudi dernier de la prison civile de Nouakchott où ils étaient détenus depuis la mi-2005.
Hamada Ould Mohamed Lemine, El khadim Ould Semane et Sidi Ould Habott se sont évadés en plein jour aux environs de 12 GMT à l’issue des visites organisées, effectuées par la parentèle des détenus.



Les fugitifs se sont camouflés sous des "Abaya" (une sorte de tchador), apportées par une femme dans un sac et sont sortis avec les visiteurs après la fin de l’entrevue des familles, avec les détenus. Les services pénitenciers se sont rendus compte aussitôt de l’évasion, quelques minutes après et des recherches jusque-là infructueuses, ont été lancées.

A peine sortis de la prison une voiture attendait les évadés et les a embarqués pour les amener à une destination inconnue dans ce qui s’apparente à une évasion minutieusement préparée.
Parmi les fugitifs du jeudi, El khadim Ould Semane en est à sa deuxième évasion. La première remonte à mai 2003 quand il était détenu à la prison de Beila avec une quarantaine de symboles de l’islamisme mauritaniens, toutes tendances confondues.
Les trois évadés avaient été arrêtés ainsi que 19 autres salafistes en avril 2005. Ils sont accusés d’entretenir des liens avec le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC- algérien), d’avoir suivi une formation militaire dans ses camps pour mener des attaques terroristes en Mauritanie et de se préparer à aller en Irak pour combattre les troupes de la coalition internationale qui occupent l’Irak depuis mars 2003.
Rappelons que les salafistes n’ont pas bénéficié de l’amnistie proclamée en septembre 2005 par le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD), laquelle avait bénéficié à une vingtaine de dirigeants islamistes appartenant au courant plutôt modéré des frères musulmans. L’ancien régime avait commis à l’époque, l’erreur de mettre dans le même panier, islamistes modérés favorables à une structure constitutionnelle de l’Etat, prêts à participer au jeu démocratique et les salafistes, des radicaux pour lesquels, la démocratie est une apostasie. La vraie constitution dans le salafisme étant le texte sacré et la Sunna du Prophète Mohamed (PSL).
Très au fait de l’architecture de l’islamisme mauritanien, le nouveau pouvoir en place depuis le 3 août a maintenu les accusations de lien avec des organisations terroristes contre les 21 salafistes.
Une liberté provisoire leur sera même refusée, sous pression internationale dit-on au moment où les autorités déclaraient, qu’ils bénéficieront tout de même d’un procès juste et équitable. Un procès qui a finalement pris du temps, car les salafistes auront finalement bouclé plus d’une année de détention sans qu’ils ne soient jugés.
Pour l’ancien et le nouveau pouvoir, les salafistes mauritaniens sont répartis en deux groupes dont l’un est structuré et se dénomme le Groupe Mauritanien pour la Prêche et le Jihad (GMPJ, en arabe: Al Jamaa El Mouritaniya Li D’aawa Wa El Jihad)) ayant reçu des soutiens financiers d’organisations jihadistes arabes ou présentées comme telles. Le second groupe est composé de jeunes ayant fait leur baptême de feu dans les rangs du GSPC algérien.
Après l’arrestation d’un groupe de ces jeunes, le GSPC lançait le 5 juin 2005 une attaque contre le poste militaire de Lemgheiti à l’issue de laquelle, 15 soldats mauritaniens ont trouvé la mort et 17 autres ont été blessés. Le GSPC a revendiqué sur son site Internet, l’attaque de Lemgheiti, en s’en prenant au " Hamid Karzai de Mauritanie" (entendez par là, l’ex- président Maaouya) et justifié l’agression par la persécution dont sont victimes les "frères mauritaniens".
Selon les milieux de la police, les contacts avec le GSPC et notamment avec "Abderrazak le para" l’un des chefs du GSPC (qui finira par être arrêté au Tchad et livré aux autorités algériennes) ont été établis en janvier 2004 dans le désert situé au Nord Est de Bassiknou (Hodh Charghi). A la même période, on signalait des accrochages entre le GSPC, et des unités des armées malienne, algérienne et nigérienne, auxquels, des salafistes mauritaniens ont pris part.
C’est en avril 2005 qu’un groupe de salafistes mauritaniens revenus au pays, se fera arrêter, sur dénonciation d’un des leurs, les ayant précédé en Mauritanie. Un groupe d’une vingtaine de mauritaniens sont restés dans les rangs du GSPC et aucune indication n’a été donnée jusqu’à présent sur leur retour au pays. Les membres du Groupe Mauritanien pour la Prêche et le Jihad avaient déclaré aux enquêteurs en avril 2005 qu’"ils s’étaient opposés au départ des jeunes salafistes chez le GSPC et qu’ils avaient même essayé de les dissuader de le faire sous prétexte que cette organisation adopte la violence comme mode d’action."
Les salafistes revenus au pays avaient déclaré qu’ils étaient rentrés parce qu’ils ont été déçus par le GSPC, dont les éléments ont une faible instruction religieuse. Malgré ses précédents, les observateurs n’excluent pas le retour des salafistes évadés dans les camps de l’organisation terroriste algérienne.
Surtout que des contacts ont certainement pu être établis soit avec des salafistes restés en liberté tels "Ahmed Alghalghami ", le responsable de la sécurité et de la documentation de l’organisation, soit avec d’autres organisations et ce, en raison de l’amélioration des conditions de détention depuis le 3 août ,quand les détenus ont commencé à recevoir régulièrement de la visite. Dès lors ils ont pu disposer de leur téléphone portable.
Pour le moment aucune piste ne semble mener à l’arrestation des trois salafistes évadés. Tout indique qu’ils ont réussi après une évasion planifiée à sortir des mailles du filet et à se mettre à l’abri des recherches.
Isselmou Ould Moustapha



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